samedi 19 janvier 2019

Garachico…

               Voyager offre de découvrir des vérités nouvelles.

            Lors du petit déjeuner, je savoure une quinzaine de rondelles de banane, des arachides grillées non salées, cinq dattes Medjool, des cerneaux de noix de Pécan et, en alternance un jour sur deux, des noix du Brésil et des noisettes ou des cerneaux de noix et des amandes. Le ciel est bleu et le soleil brille. Après les instants matinaux sur le balcon, je poursuis la narration de la journée d’hier en m’attardant sur certains sites sur Internet, notamment à propos de feu l’hôtel « Traymore » à Atlantic City. Pour la petite histoire, plusieurs scènes du film « The King of Marvin Gardens », tourné en 1972 par Bob Rafelson, montrent les extérieurs de l’hôtel Traymor, quelques mois avant sa démolition. Durant ces pérégrinations sur la toile, je sirote une tisane digestive de Penelope.

            Nous sortons vers midi trente. La voiture a été garée hier devant chez nous grâce à la chance. Au bas de la calle Guillén à sens unique, une voiture est arrêtée au milieu de l’étroite chaussée. Nous attendons que le conducteur transporte le contenu de son coffre directement chez lui. Il nous remercie d’un signe en libérant la voie. Nous suivons le littoral, nous roulons sous l’impressionnant tunnel El Guincho et, à l’entrée du village de Garachico, nous garons l’auto sur un parking public repéré par Patrick sur Google map. Nous traversons la route pour admirer le « Roque de Garachico », une roche née des coulées de lave basaltique lors de l’éruption du Pico Viejo en 1706. La roche, devenue îlot, a été progressivement isolée du village avec le recul de la côte en raison de l'érosion marine. Nous longeons le littoral. Un vent relativement fort souffle et chahute les vagues qui se jettent sur les brise-lames et les roches volcaniques. Je porte le blouson acheté chez Zara qui coupe efficacement les assauts d’Éole.

            Nous suivons ensuite des jeunes villageois qui empruntent la calle Santa Beatriz de la Silva à l’angle du « Campo de Fútbol ». Nous prenons  à droite dans la calle San Diego et, soudain, la chance opère. Le restaurant « Tasca del Vino » entre dans notre champ de vision à l’angle des calles Francisco Martínez de Fuentes et Calvo Sotelo. Le charme opère immédiatement. La carte présente des mets végétariens. Seule deux tables sont libres sur les huit qui garnissent la salle à la captivante décoration. Nous nous installons devant le comptoir. La carte plastifiée propose les mets en espagnol, en anglais et en allemand. La jeune patronne, sympathique et souriante, à la chevelure noire, aux hanches callipyges, le visage chaussé de lunettes noires, prend notre commande. Nous optons pour des « Espárragos con salsa Roquefort », un « Surtido de setas » et pour des « Papas con Mojo ». J’ajoute du « Pan ajo » [pain à l’ail]. Durant la préparation des mets, je prends des photos de la superbe décoration, riche d’artefacts variés de l’île et d’ailleurs. Une « azada » [houe] en bois clair, admirablement polie, l’ancêtre de la charrue, est accrochée sur un des murs en pierres volcaniques qui constituent la structure de la salle où nombre de convives se régalent. La phrase « Hoy es un buen dia para sonreir », écrite à la craie blanche sur une ardoise noire encadrée de bois, suspendue au mur vers l’entrée, me fait sourire. Je comprends aisément le texte et je le traduis en anglais à une dame assise devant l’ardoise : « Aujourd'hui est un bon jour pour sourire ». Nous sourions franchement tous les deux. Une autre ardoise fleurie, autre part, souhaite : « Buen provecho ! Muchas gracias ! » [Bon appétit ! Merci beaucoup !]. De la vaisselle et des bibelots artisanaux, une guitare, des tableaux colorés, des photos du temps jadis… et bien d’autres objets confèrent chaleur et harmonie au lieu de bien-être. À ma gauche, à la table centrale, une famille asiatique avec deux enfants profite pleinement des saveurs des aliments. Le papa croise mon regard appuyé et me sourit. Je me sens proche de cette famille. Le fiston apprécie une paella. Les traditionnelles « papas » sont sur la table. La maman, qui porte un tricot crème à grosses mailles, pianote sur son smartphone de temps à autre. Le papa bavarde avec un autre client asiatique venu à sa table. En photographiant la houe, une des deux dames assises avec le monsieur qui discute avec le papa admire la monture de mes lunettes. Nous nous partageons les asperges à la sauce au roquefort, l’assortiment de champignons en sauce et les pommes de terre en robe des champs. Elles portent le nom de « papas». Elles existent à Tenerife depuis plus de quatre cents ans. Peu de temps après la découverte de l'Amérique, les quinze espèces de pommes de terre anciennes, connues sous le nom de papas antiguas débarquèrent aux Canaries. Nous savourons ces petites pommes de terre ridées à la chair blanche avec deux sauces agréables au goût, des « mojos » propres à l'archipel. Le climat et la terre volcanique de Tenerife contribuent à l’exquise saveur. Patrick accompagne son repas d’eau gazeuse. De mon côté, je l’accompagne avec les tranchettes de pain à l’ail. Mon regard s’échappe régulièrement alentour. Les tables se libèrent et se remplissent aussitôt. Le restaurant doit être réputé. La quasi-totalité des clients sont des touristes. La famille asiatique s’apprête à partir. La maman et les enfants sont déjà dehors. Patrick remarque que le papa rencontre des problèmes avec sa carte de crédit qui refuse de fonctionner sur le terminal. La patronne, compatissante et sereine, le laisse partir sans payer avec un regard résigné. Une heure glisse avec bonheur sur la trame temporelle. Au moment de régler notre addition, nous voyons revenir le papa asiatique. Il s’est débrouillé et vient payer son dû. Je suis content et admiratif. Après quatorze heures, nous sortons de ce lieu digne de Lucullus. Un couple asiatique déguste des tapas et sirote du café sur la terrasse ; la table ronde est constituée d’un demi-tonneau de vin.

            Nous nous promenons aux alentours du restaurant qui fait partie de l’ancienne « Casa de los marqueses de la Quinta Roja », aux façades terre de Sienne et aux chaînages d’angle en lave noire, où se situe également l’hôtel « La Quinta Roja » dont j’admire le patio intérieur. La dame à l’accueil me donne la carte de  cet établissement de rêve. Le palais, dont l’origine remonte à la fin du seizième siècle, fut affecté par l’éruption volcanique de 1706. Il doit son nom à Don Cristóbal de Ponte et Llanera, premier marquis de la Quinta Roja, chevalier de l'ordre d'Alcántara, maire d'Alguacil, descendant direct de don Cristóbal de Ponte, le banquier génois fondateur de la ville. Plus loin, à proximité de l’Iglesia de Santa Ana, une statue en bronze de Simón Bolívar, dont une partie de ses ancêtres est originaire de Garachico, trône sur la plaza La libertad.

            Autre part, sur la calle el Sol, nous découvrons le restaurant « Candelaria La Cocinera » qui propose des mets végétariens, dont des lasagnes d’aubergines. Soudain, par les coulisses, nous entrons fortuitement dans le « Parque de la Puerta de Tierra » qui se révèle être un petit paradis à la végétation luxuriante riche d’espèces et de fleurs exotiques qui s'épanouissent pleinement. Le parc pittoresque, étagé sur plusieurs niveaux, étoffé de séduisants chemins, murets, escaliers et bancs en pierre, offre de franchir la porte en pierre qui donnait naguère accès à l'ancien port de Garachico, prospère et florissant. Elle fut malmenée lors de l’éruption volcanique. Le « Rincón de los poetas » [Coin pour les poètes] permet aux rêves de fleurir par les mots et de répandre leur magie sur les chemins du monde. Un buste avantageux de Cristóbal de Ponte, un homme avisé et réfléchi, et la possible ancre du navire qui l’amena sur l’île, participent à l’embellissement du parc dont l’entrée principale se fait sur la plaza Juan González de la Torre, agrémentée d’un square planté de palmiers autour d’un bassin central.

            Après la visite du parc, modeste par sa taille et resplendissant par sa diversité, nous nous dirigeons vers le « Castillo de San Miguel ». Cette ancienne forteresse militaire fut construite sur ordre de Philippe II d'Espagne pour protéger Garachico des attaques de pirates quand la cité était encore la capitale commerciale et le principal port de l'île de Tenerife. La jetée nous attire par la présence de deux œuvres intrigantes. Je pense l’espace d’un instant à celle de Trieste. Nous nous approchons des ornements de forme cubique qui semblent avoir été réalisés en marbre blanc de Carrare. Une porte, que j’apparente à celle des étoiles dans la série « Stargate », emporte ma préférence. J’embarque pour une traversée spatiale l’espace d’une photo. Les vagues se brisent sur les roches, des mouettes voltigent, une sensation atemporelle s’empare de moi lors de la contemplation de ces œuvres dépouillées, riches de leur simplicité.

            Plus tard, nous marchons dans la rue Pérez Zamora. Sur un mur blanc dont la peinture s’effrite, une carte des îles Canaries en faïence usée par le temps, où celle de Tenerife domine, entourée de blasons, invite à s’approcher. Plus avant, un chat, dont le pelage me rappelle celui de Chouppette, se prélasse sur le capot d’une voiture blanche. Nous suivons ensuite la calle Esteban de Ponte. Un heurtoir en forme de botte noire se remarque sur une porte. De superbes balcons en bois charment les regards. Des demeures joliment peintes qui côtoient des masures rappellent l’impermanence de la vie. Nous atteignons la plaza Constanza de Ponte, qui fait face à l’océan, où le « Monumento al Motín del Vino » révèle sa présence énigmatique. On peut lire sur une plaque qu’une nuit de 1666 des torrents de vin traversèrent Garachico. Nous longeons le littoral. Les vagues agitées se couvrent d'écume quand elles s’élancent sur les roches volcaniques. Nous atteignons la Marina de Garachico d’où nous pouvons photographier le tunnel El Guincho. Une imposante demeure trône au milieu des plantations de bananes qui côtoient l’Ermita de San Roque dont la construction fut liée à une épidémie de peste bubonique qui dévasta Garachico au début du dix-septième siècle.

            Nous revenons sur nos pas. Nous passons chez « Le Pâtissier », le paradis des douceurs de Garachico, exploitée par Faustina et son mari, où j’achète une part de gâteau moka à la crème au beurre et une boîte de trois barres, banane, amande et chocolat, fabriquées sur l’île par Naturjube, une entreprise familiale fondée par Juan et Benito ; jube est l’acronyme de Juan et Benito. Nous retournons tranquillement au parking. Une brume épaisse commence à couvrir les sommets qui dominent le village.

            Nous sommes de retour chez nous vers seize heures quarante-cinq. La voiture est garée en face du restaurant chinois Jardin de Oro. J’actualise le blog avant une pause où je prends plaisir à siroter un cacao au lait de riz en laissant fondre en bouche, entre les gorgées, un carreau de chocolat noir à 85%. Les photos sont chargées sur l’ordinateur. Celui de Patrick fait des siennes. Il refuse de s’allumer. Il doit démonter le boitier inférieur pour remédier au problème. J’admire ses capacités en informatique. Le blog est actualisé. La narration de la journée commence. Lors du dîner, j’effectue une sauvegarde des données de mon ordinateur. Je croque une pomme et je savoure la douceur de Garachico avec des rondelles de banane. La soirée nous offre de retourner sur le navire Star Trek Discovery où le tardigrade est libéré dans le vide cosmique…




Nous traversons la route pour admirer le « Roque de Garachico », une roche née des coulées de lave basaltique 

« Aujourd'hui est un bon jour pour sourire »

Une « azada » [houe] en bois clair, admirablement polie, l’ancêtre de la charrue

Bon appétit ! Merci beaucoup ! 

Nous nous partageons les asperges à la sauce au roquefort, l’assortiment de champignons en sauce et les pommes de terre en robe des champs. 

Un couple asiatique déguste des tapas et sirote du café sur la terrasse ; la table ronde est constituée d’un demi-tonneau de vin

l’hôtel « La Quinta Roja » dont j’admire le patio intérieur

par les coulisses, nous entrons fortuitement dans le « Parque de la Puerta de Tierra » 

la plaza Juan González de la Torre, agrémentée d’un square planté de palmiers

« Parque de la Puerta de Tierra » 

« Parque de la Puerta de Tierra » 

des ornements de forme cubique qui semblent avoir été réalisés en marbre blanc de Carrare

Patrick sur la jetée vers les œuvres en marbre blanc de Carrare

une carte des îles Canaries en faïence usée par le temps

plaza Juan González de la Torre

rue Pérez Zamora

rue Pérez Zamora

« Monumento al Motín del Vino » 

Une imposante demeure trône au milieu des plantations de bananes 

, à proximité de l’Iglesia de Santa Ana, une statue en bronze de Simón Bolívar

« Parque de la Puerta de Tierra » 

« Parque de la Puerta de Tierra » 

« Parque de la Puerta de Tierra » 

« Castillo de San Miguel ». 

Une porte, que j’apparente à celle des étoiles 

un chat, dont le pelage me rappelle celui de Chouppette

Un heurtoir en forme de botte noire 

Les vagues agitées se couvrent d'écume quand elles s’élancent sur les roches volcaniques

Nous atteignons la Marina de Garachico d’où nous pouvons photographier le tunnel El Guincho


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