La
pluie tombe durant la nuit. Lors du petit déjeuner, Patrick alterne ses
lectures. Le sol est mouillé sur le balcon. Le ciel bleu s'empresse sur l’onde
paisible de l’océan et les nuages se concentrent sur Icod telle une armada de
voiles blafardes. En fin de matinée, un avocat et trois tamarillos sont achetés
chez Virce. Nous achetons à la boulangerie du pain de « centeno » [seigle]. Nous
déjeunons chez nous. La chair très mûre de l’avocat se révèle onctueuse ; un
délice que j’accompagne de pain et de rondelles de tamarillos. Le blog est
actualisé avec Mozilla à quatorze heures trente.
Nous
partons à pied pour découvrir un musée réputé à Santa Bárbara, un quartier haut
perché d’Icod. Nous suivons la calle Fray Cristobal Oramas qui se poursuit par
la Carretera Santa Bárbara. Des drapeaux flottent sur la calle los Guanches
devant l’Iglesia Nuestra Señora de La Candelaria. Tout au long du trajet, nos
yeux s’émerveillent des créations de la nature et des humains. Dans le livre
ouvert de la vie, tels des voyageurs témoins d’une minute de temps lors de leur
cheminement, nos yeux se posent en avançant sur des chapitres du quotidien dont
la teneur varie selon les choix et non-choix effectués par chacun tout au long
de son existence. Dans une pièce surélevée brute de béton, en probable devenir,
ouverte sur l’extérieur, une chauffeuse fatiguée en tissu rose trône parmi des
gravats. Plus avant, nous foulons un trottoir en damier rouge et blanc. Des
cars sont stationnés sur la droite, probablement en rapport avec « l’Instituto
de educación secundaria San Marcos » et du « Colegio publico Emeterio Gutierrez
Albelo », situés à proximité.
Le
poète Emeterio Gutiérrez Albelo, né à Icod au début du siècle passé, participa
avec Federico Garcia Lorca à la « Generación del 27 », un groupe littéraire
apparu dans la vie espagnole au cours de l’année 1927.
Les
couleurs variées des maisons et autres édifices, aux nuances vives ou pastel,
embellis parfois de végétation arborée, ravissent mon regard. De fines gouttes
d’eau s’échappent de temps à autre du manteau nuageux. Nous atteignons le
panneau « Santa Bárbara » planté derrière un muret en pierres ressemblant à la
partie haute d’une tourelle où se lisent les mots « Bienvenidos a Santa Bárbara
». Régulièrement, des plantations variées, parfois très étendues, souvent
aménagées par l’homme, surplombées à chaque fois d’un réservoir d’eau, se
remarquent dans le décor. Patrick me montre tout un champ de papas. Les
demeures au toit plat avec terrasse et balustrades blanches sont foisons. À un
moment donné, mon regard rencontre des ruines que j’apparente dans mon esprit à
celles vues à Pompéi. Des demeures délabrées côtoient des maisons bien
entretenues, dont certaines bénéficient d’une charmante petite véranda décorée
de plantes, d’arbustes ou de fleurs. La villa blanche « Jacobo », enjolivée de
chaînages d’angle, de tuiles et de peinture orangés, accrochée à un coteau,
étagée sur plusieurs niveaux, composée de diverses terrasses en dénivelé,
emporte ma préférence avec la « Casa los abuelos » [maison des grands-parents],
aux atours blancs et ocre abricot, à la véranda carrelée, surmontée d’un
belvédère carré.
Nous
arrivons à destination à quinze heures vingt après quelque trois kilomètres de
marche en incluant les plaisantes diversions. Les abords du musée Art Landya,
enchanteurs et luxuriants, offrent d’admirer un bananier, de probables
poinsettias rouge intense aux bractées d’envergure.
Une
légende mexicaine raconte qu’une fillette désireuse d’offrir un cadeau à Jésus
à la veille de Noël confectionna avec amour un simple bouquet de feuilles.
Quand elle le déposa près de la crèche, un miracle se produisit : les feuilles
se transformèrent en de magnifiques bractées d’un rouge vif. Depuis lors, au
moment de Noël, les poinsettias, devenus « Étoiles de Noël » se parent de leurs
plus belles couleurs.
Telle
une vigne grimpante composée de tiges ligneuses, des lianes de Pyrostegia
venusta, à la floraison remarquable et spectaculaire, aux trompettes de couleur
orange intense, escaladent et envahissent la végétation sans retenue. Nous
entrons dans le paradis des poupées. Une quadragénaire aux yeux bleus nous
accueille chaleureusement. Une fois réglés les vingt euros pour les deux
entrées, notre hôte nous invite à nous promener librement dans la propriété à
la beauté époustouflante. L’eau murmure dans un petit cours d’eau. Parmi la
végétation luxuriante, des palmiers géants, des cactus épanouis, un citronnier,
des fleurs colorées, un bassin, participent avec les pierres variées des
constructions à la magie du lieu. Nous entrons dans la maison des poupées. Nous
flottons dans l’air, nous vagabondons dans l’univers des poupées figées dans le
temps, nous sommes rêveurs devant cette créativité, nous écoutons des fables et
des contes de fées, nous glissons sur le merveilleux qui soulage des attitudes
détestables de certains humains, nous surfons sur les époques anciennes, le
romantisme s’empare de nous, nous nous étonnons des richesses de cette caverne
d’Ali Baba. Les poupées qui vivent dans un éternel présent sont libres de
l’enchaînement de la routine, libres de tout téléphone portable et ordinateur.
Le visage d’une poupée me rappelle celui de notre amie Charlotte rencontrée sur
le navire Deliziosa lors de notre tour du monde en 2012. Le Petit Prince d’Antoine
de Saint-Exupéry, aux épaulettes étoilées, se dévoile avec son ami le renard
qui nous rappelle son secret très simple : « On ne voit bien qu'avec le cœur.
L'essentiel est invisible pour les yeux ». Le Lapin blanc et Alice s’étonnent
de leur absence du pays des merveilles. L’effigie de Prue Halliwell me fait un
clin d’œil. Fifi Brindacier exprime sa joie de vivre. Huckleberry Finn me
raconte une de ses aventures. Des rois, des reines, des manants, des fées… des
poupées, fille et garçon, du monde entier expriment leurs sentiments dans une
parade fabuleuse aux splendides costumes d’époques variées. Une poupée
androgyne libre d’être elle-même me glisse à l’oreille : « Bien des humains
font de leur ego un serviteur de leur âme en surfant sur l’intolérance et le
fanatisme, d’autres font de leur ego un refuge, une fuite, un paravent de la
vie, un champ d'interdits. » Susi Eimer, Nicole Marschollek, Annette Himstedt,
Hildegard Günzel, Barbara Aalrust, Wiltrud Stein, Natalia Lebsak font partie
des nombreux artistes qui créèrent cette étonnante collection.
Nous
nous dirigeons ensuite dans la maison des ours en peluche où quelques poupées
sont en visite. Un ours roi, un ours marin et un ours bleu équilibriste, un
ours violoniste retiennent mon attention. Un ours symbolisant le passage à
l’euro disait : « It is time to say good-by ». Après plus d’une heure au pays
des poupées, nous visitons le magasin de souvenirs, nous saluons notre hôte,
qui nous permet de revenir gratuitement une autre fois, et nous prenons le
chemin du retour. Le ciel s’est dégagé et le bleu apparaît. Lors de la
descente, proche d’une esplanade en « plein ciel » agrémentée de bancs et
de bosquets, nous réalisons que la route TF5 passe sous une partie de Santa
Bárbara. L’ouvrage titanesque passe inaperçu lors de la montée. Plus bas, à
proximité de l’énigmatique pyramide orpheline d’Icod, nous entrons dans la «
Pastelería La Pirámide », réputée pour ses pâtisseries. Un escalier, bordé de
deux rampes inclinées pavées en lave, permet d’accéder à la vitrine où une
souriante jeune fille nous accueille. Nous choisissons quatre douceurs pour le
dîner. Le prix total est inférieur à quatre euros. En face du lieu de
gourmandise, des figuiers de Barbarie dévoilent quelques fruits attrayants
presque mûrs.
Plus
loin, nous passons devant la gigantesque maison rose en terrasses de la société
« Marmoles Martin Feca ». Le marbrier a installé son entreprise sous les étages
de la très large résidence aux balustrades blanches. Un peu plus loin, le
fabricant « Prefabricados Dorta » se remarque nettement par ses installations
qui permettent d’exécuter tout types de béton préfabriqué. À un moment donné,
une voiture arrive et s’arrête à notre niveau. Une dame âgée s’apprête à
descendre du véhicule. L’habitacle étant élevé, elle peine à poser le pied sur
le sol. Je m’avance pour l’aider et je lui tends la main. Un quiproquo se
manifeste ; cette méprise lui apporte de la joie. Elle me serre la main et
m’offre un sourire resplendissant tout en atteignant le sol sans mon concours.
Sa joie d’être reconnue illumine son regard. Le monsieur au volant me fait un
signe de la main ainsi que les deux personnes assises sur le banc derrière moi.
Nous poursuivons notre chemin. Un peu plus bas, après le panneau indiquant
l’entrée de Santa Bárbara, nous bifurquons à droite dans la calle Tanausú pour
aller prendre des photos depuis une sorte de corniche qui devrait offrir un
superbe panorama du littoral. Sur la droite, après une centaine de mètres
parcourue, nous remarquons deux villageois qui s’activent dans leurs cultures.
Je souris à la dame en passant. Nous atteignons notre objectif. Le dôme «
Montaña de Taco », dont le cône du cratère volcanique a été transformé en
réservoir d’eau, et le « Roque de Garachico », la roche née des coulées de
lave lors de l’éruption du Pico Viejo, devenue îlot, entrent magnifiquement
dans notre champ de vision. En repassant devant le vaste potager, le villageois
nous adresse la parole depuis une parcelle en contrebas, nous montre sa houe en
levant l’outil avec lequel il vient de remuer et émietter une bonne partie de
la terre. Hélée d’un geste par son mari, la dame s’approche de nous après une
cueillette dans le verger. Elle nous offre spontanément deux fruits jaunes
vifs. Elle pianote sur mon iPhone pour écrire le nom du cadeau énigmatique : «
maracuyá ». Il s’agit d’une variété de fruit de la passion, originaire de la
Colombie et du Mexique, qui sera à déguster quand la peau deviendra bien
plissée. Je lui serre la main en remerciement. La chance, notre compagne de
bien des voyages, nous offre de vivre des situations magiques où l’émotionnel
nous procure de la joie et de l’enchantement. Je viens de serrer la main de
deux dames dans deux épisodes de vie survenus à l'improviste qui enrichissent
le cœur.
Une
quinzaine de minutes plus tard, nous arrivons chez nous, les jambes quelque peu
fourbues après un cheminement de plus de six kilomètres. Les dix-sept heures trente
s’annoncent. L’entracte est la bienvenue. Les plus de trois cents photos prises
aujourd’hui sont chargées sur l’ordinateur. Le récit de notre aventure au pays
des poupées commence… Lors du dîner, je savoure une douceur façon tiramisu et
une autre au chocolat, tout en dégustant un smoothie fraise, banane et datte.
Je termine la lecture de « La Divine Connexion » de Melvin Morse avant de
rejoindre les protagonistes de la série « Sex Education » où les premières fois,
plus ou moins contraintes, se montrent infructueuses…
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| un avocat et trois tamarillos sont achetés chez Virce |
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| Nous achetons à la boulangerie du pain de « centeno » [seigle] |
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| La chair très mûre de l’avocat se révèle onctueuse ; un délice que
j’accompagne de pain et de rondelles de tamarillos |
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| Des drapeaux flottent sur la calle los Guanches devant l’Iglesia Nuestra
Señora de La Candelaria |
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| des maisons bien entretenues, dont certaines bénéficient d’une charmante
petite véranda décorée de plantes, d’arbustes ou de fleurs |
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| La villa blanche « Jacobo », enjolivée de chaînages d’angle, de tuiles
et de peinture orangés... |
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| des lianes de Pyrostegia venusta, à la floraison remarquable et
spectaculaire, aux trompettes de couleur orange intense |
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| Nous entrons dans le paradis des poupées |
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| Huckleberry Finn me raconte une de ses aventures |
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| Le visage d’une poupée me rappelle celui de notre amie Charlotte |
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| la « Casa los abuelos » [maison des grands-parents] |
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| la « Pastelería La Pirámide », réputée pour ses pâtisseries |
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| des figuiers de Barbarie dévoilent quelques fruits attrayants presque
mûrs |
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| Régulièrement, des plantations variées, parfois très étendues, souvent
aménagées par l’homme, surplombées à chaque fois d’un réservoir d’eau, se
remarquent dans le décor |
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| nous remarquons deux villageois qui s’activent dans leurs cultures |
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| Les abords du musée Art Landya, enchanteurs et luxuriants, offrent
d’admirer un bananier |
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| de probables poinsettias rouge intense aux bractées d’envergure |
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| L’effigie de Prue Halliwell me fait un clin d’œil |
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| Le Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry, aux épaulettes étoilées, se
dévoile avec son ami le renard qui nous rappelle son secret très simple : « On
ne voit bien qu'avec le cœur. L'essentiel est invisible pour les yeux ». |
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| l’énigmatique pyramide orpheline d’Icod |
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| Le dôme « Montaña de Taco », dont le cône du cratère volcanique a été
transformé en réservoir d’eau, et le « Roque de Garachico », |
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| Le cheminement de l'après-midi... |
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