Après
le petit déjeuner, lors du yoga des yeux et la salutation au Soleil sur le
balcon, j’écoute les oiseaux qui gazouillent dans les arbres environnants. Le
blog est actualisé. Les dix heures quarante passent. Les messageries et les
blogs de Patrick sont consultés. Je m’inscris sur le site
https://granddebat.fr/, opérationnel à partir du 21 janvier, pour répondre ultérieurement
à la lettre d’Emmanuel Macron.
Nous
partons vers onze heures. Le ciel est bleu et des nuées se promènent de temps à
autre sur l’azur. Nous suivons la côte en direction de Santa Cruz de Tenerife
pour nous diriger ensuite sur la côte opposée afin de nous rendre dans le
village de Güímar où naquit Domingo Crisanto Delgado Gómez, un compositeur
espagnol du dix-neuvième siècle qui devint célèbre à Puerto Rico dans
l’archipel des Grandes Antilles. Nous arrivons à destination vers midi et
quart. Nous garons la voiture à l’ombre le long de la calle Antropólogo Thor
Heyerdahl, un navigateur norvégien devenu célèbre en 1947 à la suite de
l'expédition du Kon-Tiki. Nous allons repérer le site objet de notre venue.
Nous nous prenons chacun en photo devant l’enseigne « Pirámides de Güímar
– Parque Etnográfico ». Nous entrons brièvement dans la cafeteria où un vestige
mégalithique de l’île de Pâques trône dans le hall. Le pétroglyphe gravé sur le
torse du « moaï », une probable copie, a probablement été gravé par les
Autochtones de Rapa Nui quand ils découvrirent à l’horizon de grands navires
inconnus. Le navigateur néerlandais Jakob Roggeveen accosta sur l’île lors de
la fête de Pâques, le lundi 6 avril 1722 et il la baptisa « Paaseiland ». Avant
de devenir une possession chilienne, l’île fut occupée tour à tour par les
Espagnols et les Français.
Nous
nous rendons ensuite à pied au centre-ville pour déjeuner. À l’angle de la
calle Chacona et de la rue où la voiture est garée, un buste de Thor Heyerdahl
se dévoile sur un piédestal cubique en pierre sous l’abondante ramure d’un
arbre exotique. Sur la rue en pente, une maisonnette rose fuchsia côtoie une
masure de charme. Le nom de la ville se montre en relief sur diverses dalles du
trottoir. Nous contournons l’Iglesia de San Pedro, nous admirons l’édifice à
l’angle de l’avenida Obispo Pérez Cáceres. Édifié en 1926 avec une toiture en
terrasse, il présente des façades et des moulures blanches aux encadrements,
pilastres et chambranles saumon. Le restaurant « Chino Hong Kong » se situe sur
cette avenue, devant la plaza de las Flores. Nous flânons sur la place, autour
de la fontaine centrale, avant d’aller manger. La forme des bancs en pierre
blanche me fait penser à celle d’une gondole. Des cercles ouvragés, suspendus
aux palmiers, retiennent l’attention du photographe Patrick. Des demi-cercles
colorés, fixés sur le trottoir le long de l’avenida Obispo Perez Caceres,
donnent une note de fantaisie à la place qui semble avoir été rénovée
récemment. Une jeune femme blonde nous accueille à… Hong Kong. Nous optons
chacun pour une « sopa de verduras » et pour du « arroz frito con verduras ».
Je photographie trois des peintures sur rouleaux, soulignés d’élégants pompons,
qui décorent la salle, ainsi qu’un cadre où une fillette et un bambin chinois
ont été immortalisés sur la pellicule en 2013. J’accompagne la soupe et le riz,
aux légumes tous les deux, d’un « pan chino ». Le petit pain chinois est
luisant. Durant le repas, je savoure par gourmandise la croûte huileuse à la
saveur aigre-douce. De l’eau gazeuse « San Borondón », en possible provenance
de l’île mythique, accompagne le repas.
San
Borondón fut la huitième île des Canaries. Selon la légende, visible depuis
Tenerife, cette île légendaire apparaîtrait et disparaîtrait entre océans et
nuages près de celle d’El Hierro. Les cartographes du Moyen Âge pensaient
qu'elle s'était autrefois détachée du continent américain. L'origine de cette
île imaginaire remonte à une expédition maritime menée par Saint Brendan en
516. Un mythe raconte que le moine irlandais débarqua sur une luxuriante île de
sable noir où le soleil ne se couchait jamais et où les arbres donnaient des
fruits en abondance ; pendant longtemps, l’imaginaire populaire crut qu'il
s'agissait du Paradis.
Les
quatorze heures s’estompent quand nous cheminons vers les Pirámides de Güímar.
Le bleu azur du ciel s’offre à nous pour magnifier la découverte à venir.
L’entrée revient à douze euros cinquante par personne. La jeune femme à la
caisse nous informe qu’une courte vidéo va commencer. Nous prenons place dans
l’auditorium. J’écoute de l’oreille gauche les informations, données dans le
haut-parleur du dossier, relatives aux théories et expéditions du fameux Thor
Heyerdahl. Le parc ethnographique autour des pyramides fut fondé en 1998 par
Thor. En sortant, dans la salle des expéditions, nous admirons des maquettes
des embarcations de ses traversées océaniques. L’une des plus célèbres, le
Kon-Tiki, baptisée du nom du dieu du Soleil chez les Incas, fut construite comme
les radeaux précolombiens. Pour étoffer sa vision sur les provenances lointaines
des diverses populations des îles du Pacifique, il traversa sur son radeau,
muni d'une voile rudimentaire, avec cinq membres d’équipage, les quelque 4 000
milles marins entre le Pérou et l'archipel des Tuamotu du 28 avril au 7 août
1947.
Après
ces instants culturels, nous allons nous promener dans le parc magnifiquement
arboré. Des poules baguenaudent. Un sentier empierré fait le tour des pyramides
en escalier, édifiées avec des roches volcaniques, orientées
astronomiquement par rapport aux solstices et aux équinoxes, dont l’origine
reste un mystère. Leur âge et l’identité des bâtisseurs relèvent de
l’énigme. Les pyramides, qui auraient été découvertes à la fin des
années 1980 par les membres de la « Confédération internationale de
l'Atlantide » [la cité perdue serait engloutie près des côtes ibériques et marocaines en deçà des Colonnes
d'Héraclès qui bordaient le détroit dit de Gibraltar], existaient-elles à
l’époque des Guanches, le peuple aborigène de Tenerife qui y vivait avant la
conquête castillane en 1496 ? Güímar fut la résidence d’Añaterve, le mencey [roi]
guanche d’un des neuf royaumes de l’île. Je pense à « Tintin et le temple
du soleil » ; les pyramides furent-elles construites comme des temples
du culte du Soleil ? Nous nous apercevons que le parc s’assortit de
nombreuses espèces et variétés végétales. Les palmiers expriment leur bien-être
par leurs silhouettes majestueuses. Les cactus ont la part belle ; nombre de
figuiers de Barbarie se signalent un peu partout avec, de-ci de-là, des
cochenilles sur leurs feuilles. Ces insectes parasites, qui ressemblent à de
petites boules blanches, s’utilisent pour obtenir un colorant rouge carmin
naturel. Des pinus canariensis bordent le sentier par endroits.
Plus
avant, une fresque dépeint certaines des diverses peuplades présentes sur les multiples
îles du Pacifique. Un petit jardin botanique se dessine. Une obsidienne noire
issue de la face nord du Teide impressionne par sa grosseur et ses arêtes
acérées. Un tableau indique les éruptions majeures des volcans aux Canaries. Je
retrouve l’éruption de 1706 sur Garachico. La dernière éruption notée remonte à
2011 sur l’île d’El Hierro.
Après
la visite qui m’a enchanté, nous montons sur la terrasse panoramique qui offre
un panorama sur les pyramides. Deux sauriens géants surveillent les abords d’un
jardin de cactus. Une sculpture représentant le mythique Atlas surprend par sa
présence. Le Titan se fatigue de porter la sphère céleste pour l'éternité sur
ses épaules. Nous visitons ensuite succinctement le musée de la Casa Chacona où deux colosses
dressent leur haute stature devant l’entrée.
Une collection photographique des pyramides réparties sur la Terre nous
rappelle notre visite au Mexique du vendredi 5 août 2016 sur le site de Chichen
Itzà, une ancienne ville maya située dans la péninsule du Yucatán, où nous
découvrîmes la pyramide de Kukulcán. Avant de quitter le site, nous nous
attardons vers la réplique à grande échelle de l’embarcation de roseaux de
Thor, nommée « RA II ». Nous observons des artefacts de l’exposition sur l’île
de Pâques. Nous traversons le magasin de souvenirs avant de quitter le site
après seize heures.
Nous
décidons de prendre la route qui traverse l’île par la caldeira. La route monte
en zigzaguant. Les virages en épingles se succèdent. La vue panoramique sur le
littoral est époustouflante. Un arrêt permet de prendre des photos ; le cratère
d’un petit volcan est visible vers le littoral. Au fur et à mesure de la
montée, la température extérieure baisse. Les pins des Canaries envahissent le
paysage au-dessus de mille mètres. Par endroits, le paysage devient lunaire. Un
mont arrondi caillouteux au sol rougeâtre domine un paysage désertique. De
quelque vingt degrés, la température descend à environ un degré au « Corral del
Niño » qui culmine à 2240 mètres d’altitude. Un bref arrêt permet de prendre le
panneau du corral en photo ; le froid me saisit en sortant de l’auto. Nous
continuons d’avancer dans le brouillard, ou dans les nuages. Des gouttes d’eau
tombent des arbres sur le pare-brise. La visibilité est réduite au minimum sur
plusieurs kilomètres. Nous croisons ou dépassons régulièrement des cyclistes,
en short pour certains. Nombre de plateformes touristiques sont plongées dans
la brume qui envahit l’horizon. Progressivement la température remonte lors de
la descente vers La Orotava. Le ciel s’éclaircit et le bleu apparaît. Dans la
ville accrochée à la montagne, le GPS nous fait prendre des routes verticales à
la pente vertigineuse qui zigzaguent entre les maisons au seuil aléatoire. Nous
finissons par suivre la route « normale » en ignorant les raccourcis du
synthétiseur vocal féminin. Nous arrivons à Icod vers dix-huit heures dix. Le trajet
par les côtes a duré environ une heure à l’aller ; au retour nous avons mis
plus de deux heures. Le voyage en valait la chandelle.
Les
photos sont chargées sur l’ordinateur. J’ajoute dans la fin de la narration
d’hier et dans le blog, le paragraphe sur Solarstone. Les dix-neuf heures vingt
passent. La narration de la journée est initiée. Lors du dîner, une pomme du
Sud-Tyrol, une banane de Tenerife, un gâteau aux carottes et le bonbon
chocolaté à la figue « Calabacita » sont savourés. Un épisode de la série
Netflix « Sex Education » apporte joie et humour.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire