vendredi 25 janvier 2019

Réclames chez « El Mortero »…

             Les rites matinaux s’accomplissent sans se presser. Lors du petit déjeuner, Patrick poursuit sa lecture du livre de « Nouvelles complètes » de Joseph Conrad. Sur le balcon, j’observe les nuages qui persistent à cacher le soleil. Comme chaque matin, pendant que l’ordinateur lance ses programmes au démarrage, je lis un paragraphe du livre « Le Gai savoir » de Friedrich Nietzsche. Je poursuis la narration du jour d’hier. À midi trente le blog s’actualise, après quelques aléas liés à la réduction des photos. Les messageries et les blogs de Patrick sont consultés. Un mail de mon frère Daniel se dévoile.

            Nous sortons un peu avant treize heures. Une camionnette est garée sur le trottoir devant la porte d’entrée de l’immeuble. Nous nous glissons entre la carrosserie et le mur. Je vois plusieurs gros sacs de « papas arrugadas » [pommes de terre ridées] dans le véhicule depuis la porte latérale coulissante ouverte. Sur la calle San Agustín, chez « Rocasa Icod », nous achetons pour quatre euros un « cojin silla azul » [coussin de chaise bleu] pour surélever mon siège devant l’ordinateur. Patrick le porte chez nous pendant que je prends quelques photos. Je le rejoins et nous allons déjeuner chez « El Mortero ». Les tables de la terrasse étant occupées, nous nous installons à l’intérieur. Les ingrédients végétariens des amuse-bouches aigres-doux offerts en début de repas restent énigmatiques. Le serveur, prénommé Yoli, parle de céréales, peut-être une variante du gofio. Je savoure le pâté végétal avec de la miche de pain blanc sortie du four.

            Durant la préparation de notre commande, après la prise de photos de la salle du restaurant, je m’amuse à regarder les réclames du set de table, liées aux entreprises françaises. Sur l’une d’elles, le mot « Phosphatine » fait écho en moi. Il semble ouvrir une petite porte dans mon cerveau et m’entraîne vers des mots qui évoquent tout un univers de petit garçon. Le pharmacien Émile Falières montra au dix-neuvième siècle l'importance des phosphates dans l'alimentation. Il fut à l'origine de la Phosphatine, qui porte son nom, une bouillie à base de céréales, enrichie en phosphate de calcium et destinée à l'alimentation des nourrissons, notamment au moment de la poussée des dents. Au début du vingtième siècle, la maison Chassaing commercialisa le produit et lança des campagnes de publicité irrésistibles qui traversèrent les frontières françaises pour venir aussi en Espagne. L’histoire semble n’avoir retenu que ces magnifiques réclames.

            Une autre réclame vante la « Veloutine », à base de poudre de riz, inventée par le parfumeur Charles Fay. La marque et la boutique, qui se trouvait au numéro neuf de la rue de la Paix à Paris, furent très réputées dès le milieu du dix-neuvième siècle. Cette poudre se vantait d’embellir les visages féminins, de préserver leur beauté naturelle de toute altération et de retarder la marche du temps. La boîte circulaire, de huit centimètres de diamètre, de poudre Veloutine aurait disparu dans les années trente.

            Une dernière réclame concerne les orgues et pianos « Alexandre », 81 rue Lafayette à Paris. La société, créée en 1829 pour disparaître dans l’impermanence de la vie en 1955, fut fondée par Jacob Alexandre, reprise par son fils Édouard et dirigée ensuite par Edmond Moïse le gendre d'Édouard. Compte tenu de sa croissance exponentielle, l’entreprise, qui connut un succès retentissant, ouvrit une nouvelle usine de vingt mille mètres carrés. Construite en 1859 à Ivry-sur-Seine sur les terrains du parc de l’ancien château d’Ivry achetés par Édouard, elle fit la fierté de l’industrie française. Le succès fut couronné par l’obtention de la « médaille d’honneur » lors de l’exposition universelle de 1855 et de la médaille d’or lors des expositions universelles de 1889 et de 1900. L’usine fut détruite en 1977 pour laisser place à des ensembles d’immeubles ; ainsi va la vie…

            Patrick savoure du fromage des Canaries avant de déguster des raviolis fourrés aux champignons. De mon côté, j’opte pour un onctueux velouté de courge et pour des papas arrugadas avec les mojos vert et rouge. Les mets excellents enchantent les papilles. Les minutes s’estompent dans le bien-être. Deux techniciens, munis d’une échelle, arrivent pour des réparations dans les cuisines.

            Après le repas, nous retournons à l’appartement avant d’aller effectuer des courses chez Hyper Dino sur l’avenida Príncipe de España. Une jeune fille assise à l’arrêt de bus, situé à côté de la station de taxis, répond à mon sourire. Des oiseaux du paradis participent à la beauté des abords architecturaux de la chapelle. Les nuages sont partis en vadrouille et le ciel est grand bleu. Nous arrivons à destination à quinze heures dix. Nous passons une trentaine de minutes dans le grand magasin. Outre les achats habituels, les aliments du pique-nique de dimanche prochain sont sélectionnés. Je prends une barquette de « cerezas » [cerises] des îles pour le smoothie de ce soir. Les quelque vingt articles scannés à la caisse reviennent à vingt-trois euros ; les prix sont vraiment très bas. Lors du retour, nous passons devant un monsieur âgé assis sur un banc. Son regard semble perdu dans le vague et je ressens comme un chagrin sur son visage. Je pense au mystère de chaque vie intérieure, personnelle et profonde. Quelle activité mentale se déroule dans son esprit, quelle est sa perception de la vie ? Tout est interconnecté dans la vie. Toute personne et toute chose sont importantes. Ma vie est importante parce que toutes les autres vies sont importantes.

            De retour chez nous vers seize heures, j’allume l’ordinateur pour œuvrer aux dossiers en cours. Les photos sont ensuite chargées et la narration de la journée commence. L’ouvrage est ponctué d’une pause où  je sirote un cacao au lait de riz Yosoy à la noisette avec un carreau de chocolat noir. Durant la journée, Patrick a pris trois photos de « nos » palmiers familiers ; celle du milieu de l’après-midi est baignée de ciel bleu.

            Lors du dîner, la musique de l’album « Harmonia Celesta » de Michel Pépé, diffusée via l’iPhone de Patrick, emplit l’espace de ses sonorités cristallines. Je teste en fin de repas la moitié d’une barre au gofio achetée au musée sur les Guanches.


            Après un temps de lecture, nous retrouvons la série « Please like me ». Grâce à un léger dysfonctionnement de l’iPad, nous regardons, à la place d’un second épisode avec Josh, le court-métrage indien « Gulabi Aaina », traduit en anglais sous le titre « The Pink Mirror ». L’histoire se focalise sur Bibbo et Shabbo, deux transsexuels indiens, et sur la tentative plaisante de Mandy, un adolescent gay juste « sorti du placard » qui tente de séduire Samir, un bel acteur en herbe. Le film, encore interdit en Inde, présenté dans maints festivals, a remporté de nombreux prix. Les critiques élogieuses l'ont plébiscité pour son portrait sensible et touchant de la communauté marginalisée...


Durant la journée, Patrick prend trois photos de « nos » palmiers familiers 

Une camionnette est garée sur le trottoir devant la porte d’entrée de l’immeuble

...nous achetons pour quatre euros un « cojin silla azul » 

Sur la calle San Agustín, chez « Rocasa Icod »... 

Je savoure le pâté végétal avec de la miche de pain blanc sortie du four

Patrick savoure du fromage des Canaries avant...

j’opte pour un onctueux velouté de courge... 




...de déguster des raviolis fourrés aux champignons. 

...et pour des papas arrugadas avec les mojos vert et rouge

la salle du restaurant

vue depuis la salle du restaurant

la calle San Agustín

. Des oiseaux du paradis participent à la beauté des abords architecturaux de la chapelle

courses chez Hyper Dino... le ciel est grand bleu

celle du milieu de l’après-midi est baignée de ciel bleu

un « cojin silla azul » pour surélever mon siège devant l’ordinateur
 

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