Les
rites matinaux s’accomplissent sans se presser. Lors du petit déjeuner, Patrick
poursuit sa lecture du livre de « Nouvelles complètes » de Joseph Conrad. Sur
le balcon, j’observe les nuages qui persistent à cacher le soleil. Comme chaque
matin, pendant que l’ordinateur lance ses programmes au démarrage, je lis un
paragraphe du livre « Le Gai savoir » de Friedrich Nietzsche. Je poursuis la
narration du jour d’hier. À midi trente le blog s’actualise, après quelques
aléas liés à la réduction des photos. Les messageries et les blogs de Patrick
sont consultés. Un mail de mon frère Daniel se dévoile.
Nous
sortons un peu avant treize heures. Une camionnette est garée sur le trottoir
devant la porte d’entrée de l’immeuble. Nous nous glissons entre la carrosserie
et le mur. Je vois plusieurs gros sacs de « papas arrugadas » [pommes de terre
ridées] dans le véhicule depuis la porte latérale coulissante ouverte. Sur la
calle San Agustín, chez « Rocasa Icod », nous achetons pour quatre
euros un « cojin silla azul » [coussin de chaise bleu] pour surélever mon siège
devant l’ordinateur. Patrick le porte chez nous pendant que je prends quelques
photos. Je le rejoins et nous allons déjeuner chez « El Mortero ». Les tables
de la terrasse étant occupées, nous nous installons à l’intérieur. Les
ingrédients végétariens des amuse-bouches aigres-doux offerts en début de repas
restent énigmatiques. Le serveur, prénommé Yoli, parle de céréales, peut-être
une variante du gofio. Je savoure le pâté végétal avec de la miche de pain
blanc sortie du four.
Durant
la préparation de notre commande, après la prise de photos de la salle du
restaurant, je m’amuse à regarder les réclames du set de table, liées aux
entreprises françaises. Sur l’une d’elles, le mot « Phosphatine » fait écho en
moi. Il semble ouvrir une petite porte dans mon cerveau et m’entraîne vers des
mots qui évoquent tout un univers de petit garçon. Le pharmacien Émile Falières
montra au dix-neuvième siècle l'importance des phosphates dans l'alimentation.
Il fut à l'origine de la Phosphatine, qui porte son nom, une bouillie à base de
céréales, enrichie en phosphate de calcium et destinée à l'alimentation des
nourrissons, notamment au moment de la poussée des dents. Au début du vingtième
siècle, la maison Chassaing commercialisa le produit et lança des campagnes de
publicité irrésistibles qui traversèrent les frontières françaises pour venir
aussi en Espagne. L’histoire semble n’avoir retenu que ces magnifiques réclames.
Une
autre réclame vante la « Veloutine », à base de poudre de riz,
inventée par le parfumeur Charles Fay. La marque et la boutique, qui se
trouvait au numéro neuf de la rue de la Paix à Paris, furent très réputées dès
le milieu du dix-neuvième siècle. Cette poudre se vantait d’embellir les
visages féminins, de préserver leur beauté naturelle de toute altération et de
retarder la marche du temps. La boîte circulaire, de huit centimètres de
diamètre, de poudre Veloutine aurait disparu dans les années trente.
Une
dernière réclame concerne les orgues et pianos « Alexandre », 81 rue
Lafayette à Paris. La société, créée en 1829 pour disparaître dans
l’impermanence de la vie en 1955, fut fondée par Jacob Alexandre, reprise par
son fils Édouard et dirigée ensuite par Edmond Moïse le gendre d'Édouard.
Compte tenu de sa croissance exponentielle, l’entreprise, qui connut un succès
retentissant, ouvrit une nouvelle usine de vingt mille mètres carrés. Construite
en 1859 à Ivry-sur-Seine sur les terrains du parc de l’ancien château d’Ivry
achetés par Édouard, elle fit la fierté de l’industrie française. Le succès fut
couronné par l’obtention de la « médaille d’honneur » lors de l’exposition
universelle de 1855 et de la médaille d’or lors des expositions universelles de
1889 et de 1900. L’usine fut détruite en 1977 pour laisser place à des
ensembles d’immeubles ; ainsi va la vie…
Patrick
savoure du fromage des Canaries avant de déguster des raviolis fourrés aux
champignons. De mon côté, j’opte pour un onctueux velouté de courge et pour des
papas arrugadas avec les mojos vert et rouge. Les mets excellents
enchantent les papilles. Les minutes s’estompent dans le bien-être. Deux
techniciens, munis d’une échelle, arrivent pour des réparations dans les
cuisines.
Après
le repas, nous retournons à l’appartement avant d’aller effectuer des courses
chez Hyper Dino sur l’avenida Príncipe de España. Une jeune fille assise à
l’arrêt de bus, situé à côté de la station de taxis, répond à mon sourire. Des
oiseaux du paradis participent à la beauté des abords architecturaux de la
chapelle. Les nuages sont partis en vadrouille et le ciel est grand bleu. Nous
arrivons à destination à quinze heures dix. Nous passons une trentaine de
minutes dans le grand magasin. Outre les achats habituels, les aliments du
pique-nique de dimanche prochain sont sélectionnés. Je prends une barquette de
« cerezas » [cerises] des îles pour le smoothie de ce soir. Les quelque vingt
articles scannés à la caisse reviennent à vingt-trois euros ; les prix
sont vraiment très bas. Lors du retour, nous passons devant un monsieur âgé
assis sur un banc. Son regard semble perdu dans le vague et je ressens comme un
chagrin sur son visage. Je pense au mystère de chaque vie intérieure,
personnelle et profonde. Quelle activité mentale se déroule dans son esprit,
quelle est sa perception de la vie ? Tout est interconnecté dans la vie. Toute personne et
toute chose sont importantes. Ma vie est importante parce que toutes les autres
vies sont importantes.
De
retour chez nous vers seize heures, j’allume l’ordinateur pour œuvrer aux
dossiers en cours. Les photos sont ensuite chargées et la narration de la
journée commence. L’ouvrage est ponctué d’une pause où je sirote un cacao au lait de riz Yosoy à la noisette avec un carreau de
chocolat noir. Durant la journée, Patrick a pris trois photos de « nos »
palmiers familiers ; celle du milieu de l’après-midi est baignée de ciel bleu.
Lors
du dîner, la musique de l’album « Harmonia Celesta » de Michel Pépé, diffusée
via l’iPhone de Patrick, emplit l’espace de ses sonorités cristallines. Je
teste en fin de repas la moitié d’une barre au gofio achetée au musée sur les
Guanches.
Après
un temps de lecture, nous retrouvons la série « Please like me ». Grâce à un
léger dysfonctionnement de l’iPad, nous regardons, à la place d’un second
épisode avec Josh, le court-métrage indien « Gulabi Aaina », traduit en anglais
sous le titre « The Pink Mirror ». L’histoire se focalise sur Bibbo et Shabbo,
deux transsexuels indiens, et sur la tentative plaisante de Mandy, un
adolescent gay juste « sorti du placard » qui tente de séduire Samir, un
bel acteur en herbe. Le film, encore interdit en Inde, présenté dans maints
festivals, a remporté de nombreux prix. Les critiques élogieuses l'ont
plébiscité pour son portrait sensible et touchant de la communauté marginalisée...
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| Durant la journée, Patrick prend trois photos de « nos » palmiers
familiers |
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| Une camionnette est garée sur le trottoir devant la porte d’entrée de
l’immeuble |
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| ...nous achetons pour quatre euros un « cojin silla azul » |
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| Sur la calle San Agustín, chez « Rocasa Icod »... |
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| Je savoure le pâté végétal avec de la miche de pain blanc sortie du
four |
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| Patrick savoure du fromage des Canaries avant... |
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| j’opte pour un onctueux velouté de courge... |
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| ...de déguster des raviolis fourrés aux champignons. |
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| ...et pour des papas arrugadas avec les mojos vert et rouge |
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| la salle du restaurant |
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| vue depuis la salle du restaurant |
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| la calle San Agustín |
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| . Des oiseaux du paradis participent à la beauté des abords
architecturaux de la chapelle |
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| courses chez
Hyper Dino... le ciel est grand bleu |
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| celle du milieu de l’après-midi est baignée de ciel bleu |
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| un « cojin silla azul » pour surélever mon
siège devant l’ordinateur |
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