Dans
un rêve… Patrick et moi sommes comédiens
sur une scène de théâtre. Après le petit déjeuner, je vois sur le balcon un
employé qui balaie le trottoir de notre rue. Un jeune gars barbu entre dans le
parc de la chapelle et s’assied sur un banc pour s’activer sur son smartphone. Le
soleil brille dans le ciel bleu. Les dix heures s’annoncent quand je m’installe
devant l’ordinateur. Dans la matinée, Patrick sort sur le balcon pour se couper
les ongles et, contre toute attente, il pleut. À onze heures la page de samedi
est actualisée sur le blog. Suite à une information recueillie sur le web, Patrick
m’informe que la société Amazon propose un abonnement mensuel de dix euros sur
le kindle pour lire sans limites tous les livres souhaités.
Avant
treize heures, nous effectuons quelques courses pour le déjeuner. La fille de
Monsieur Virce aide son père aujourd’hui. Un avocat mûr aussi crémeux que le
beurre des Asturies est savouré avec des chips et du pain de seigle croustillant
à cœur, pris à la proche boulangerie, tartiné de mantequilla. Le
chayota, acheté chez Virce le 4 février, dévoile une saveur douce quelque peu
insipide. Une des propriétés de ce fruit est la régénération des cellules. Après
le repas, Patrick se détend avec un documentaire sur Marsha Jonhson, l’une des
fondatrices de la première gay pride à Stonewall à New York qui fut assassinée.
Elle a été immortalisée par Andy Warhol dans une série de photos intitulée «
Ladies and gentlemen » portant sur les drag queens. Je poursuis la narration de
la journée d’hier. Le blog est actualisé avant la pause-détente où je sirote du
cacao au lait de riz noisette en suçant du chocolat.
Nous
allons nous promener. Une exposition de photos sur la plaza Andrés de Lorenzo
retient notre attention. Nous découvrons des photos de divers carnavals des
années quatre-vingt à Icod. La joie se lit sur les visages épanouis des
nombreux citadins, grimés et déguisés pour certains. Aujourd’hui, dans le flot
du temps, ceux encore vivants, extériorisent une quarantaine d’années de plus.
Ces photos montrent l’impermanence de la vie. Elles invitent à vivre dans cette
joie de l’instant présent en laissant l’autre, un être unique comme tout un
chacun, libre de vivre sa courte existence comme il le désire sans chercher à l'embrouiller
par des croyances nées de la vaniteuse futilité de l’ego. Je remarque parmi
tous ces clichés que l’être humain aime exprimer sa créativité dans la
différence en laissant libre cours à son imaginaire qui le porte à dévoiler sa
richesse intérieure. Dans ces moments de joie et de relâchement, le regard de
l’autre est oublié pour vivre pleinement. Que la vie de nombre de gens est
terne en dehors de ces pulsions créatives réfrénées, étouffées par la société
qui façonne les êtres humains, tels des moutons de Panurge, à une obéissance
docile à la mesure de sa folie mercantile et de ses croyances limitatives qui
sont un poison pour l'esprit. Combien de visages aussi souriants croisons-nous
dans les rues ?
La
clarté diminue. Les nuées dans le ciel rivalisent de créativité comme pour
étayer mes pensées. Les trompettes des « daturas suaveolens » perdent leur
couleur orangée. Depuis la pergola de la place, nous admirons, émerveillés par
la chorégraphie en continuelle création, un groupe d’oiseaux qui effectue un
ballet aérien. La prestation insolite se prolonge dans le ciel en
tourbillonnant sans relâche. J’effectue un parallèle dans mon esprit avec les
citadins des carnavals passés qui s’exprimaient sur scène et dans les défilés
avec une synchronisation et un enchaînement aussi beaux que ceux offerts par
les attrayants volatiles. Quand nous quittons la place, le ballet continue
comme s’il devait perdurer à l’infini. Devant la mairie, nous entrons chez
Benetton. Le magasin à l’éclairage jaillissant, aux vêtements colorés, nous
invite à entrer devant l’appel des prix bas. Nous achetons un sweater et un
tee-shirt rouge pour une dizaine d’euros. À la nuit tombante, nous entrons chez
Rocasa où nous apprécions de fureter dans les allées richement approvisionnées
d’articles en tous genres. Une boîte à biscuits colorée et un petit couteau au
manche turquoise sont choisis. Vanessa, souriante et très fardée, nous
accueille à la caisse après dix-neuf heures. Les biscuits pour le dîner sont
mis dans la boîte métallique décorée de donuts sur fond de quadrillage oblique
bleu ciel et blanc. J’étrenne le sweater bleu-vert. Les photos sont chargées sur
l’ordinateur avant le repas. Une pomme est croquée. Des rondelles de bananes
bien mûres sont savourées avec quelques « galletas de copos de avena intégral »
[biscuits de flocons d'avoine intégrale] sortis de la belle boîte. Une barre El
Almendro termine l’agréable repas.
Grâce
à la magie du kindle, je retrouve l’univers de la petite Sophie, son
affectueuse grand-mère Apolonie et son père Étienne, indifférent envers sa
fille. Sa mère Marianne tance Sophie
dans une affirmation sans appel : « Tu es
trop jeune pour savoir ce qui est bon pour toi ; laisse ta mère décider à ta
place. » Ce même discours, qui nie la liberté et l’intégrité de l’enfant,
entendu maintes fois dans ma vie, perdure à travers les décennies. Grâce à la
magie du cinéma cette fois, au travers de Netflix, nous retrouvons l’éternelle
sorcière Carmen pour la suite de ses aventures à Carthagène des Indes…
Second appareil photos :
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