Dans
les rêves… Patrick et moi sommes dans le
sillage d’un pianiste traqué. Rites matinaux. J’apprécie ces instants
matinaux sur le balcon où le mouvement de la vie se déroule dans un cadre
magnifique, baigné de soleil et de ciel bleu. La douce température favorise ce
temps de beauté. Je sirote du jus d’ananas Libbys après onze heures trente. Une
heure plus tard, le blog est actualisé.
Nous
partons à Garachico où la voiture est garée vers treize heures sur le parking
gratuit dérobé aux regards des touristes. Un jeune homme, qui vient de le
découvrir, hésite devant le côté rustique de la cour et nous demande s’il peut
laisser son véhicule. Nous lui répondons par l’affirmative. Le garçon, avec un
petit chignon sur la tête, me fait une tape amicale sur l’épaule en
remerciement. Nous nous rendons directement sur l’avenida República de
Venezuela pour déjeuner au restaurant « La Cofradía del Mar », repéré précédemment.
Nous allons déguster une paella végétarienne aux légumes de l’île. Nous nous
installons à la dernière table de la terrasse qui surplombe le littoral. Les
vagues se déchaînent dans d’époustouflantes nébulosités qui s’éclatent contre
les roches et contre le « Roque » qui résiste au déferlement. Le jeune homme au
chignon s’arrête devant le restaurant avec sa compagne vêtue d’une longue robe
jaune en coton très décolletée. Ils prennent des photos. Le serveur Andrés
prend la commande. Il apporte sur la table, grâce à un importateur de Güímar,
de l’eau gazeuse « Droper seltz » mise en bouteille sur l’île de Gran Canaria,
et une manzanilla « Daram ». Les mots « Good times » [Bons moments] se lisent
sur un petit napperon blanc en papier apporté sous la mayonnaise verte venue
avec deux petits pains allongés à la farine blanche que nous laissons de côté.
Les mots escortent un graphisme original noir qui ressemble à une clef de sol
couchée où un couple en ombre chinoise prend du bon temps sous le parasol de
leur table posée sur la dernière ligne de la « portée » musicale. Des chats se
promènent sur les lames en bois brun de la terrasse. Ils font les yeux doux aux
convives pour recevoir des bribes de poisson. Un matou au poil roux, la queue
zébrée de blanc, se distingue des autres. La paella, préparée pour deux
personnes, arrive sur la table. Magnifiquement présentée dans un grand poêlon
rond, elle laisse apparaître une décoration en relief de quartiers verticaux de
citron et de demi-rondelles d’orange du plus bel effet. Un citron en dents de
loup trône au milieu du plat. Le côté esthétique rivalise avec la saveur
succulente du mets. Nous nous régalons. Les asperges moelleuses à cœur, les «
pimientos de Padrón » [petits poivrons ou piments verts] doux au palais, les
lanières de poivron rouge fondantes, les cubes de courgette parfumés participent
au plaisir gustatif du risotto safrané à la cuisson parfaite. Une fillette à
une table voisine se gave de pain blanc avant le repas. Son assiette est à
moitié pleine quand le serveur débarrasse la table. Après le repas, en revenant
des toilettes, j’aperçois un espace de loisirs pour les enfants ; nombre de
tables sont occupées dans la salle.
Nous
quittons le restaurant à quatorze heures quarante. Nous allons nous promener.
Nous suivons la route TF 42 qui contourne la plage de sable noir où quelques
personnes profitent du soleil. Un grand jeune homme au maillot de bain aussi
mince que lui entre dans l’eau avec un peu d’hésitation. En chemin, nous
pénétrons dans la pièce supérieure d’une maisonnette en pierre, en ruine. Depuis
les deux fenêtres ouvertes à tous les vents, nous cadrons des photos de
Garachico et de son Roque. Des arrêts photos ponctuent notre avancée. Nous
atteignons le « Mirador del Emigrante » qui surplombe le littoral et le
village. Un monument rend hommage aux milliers de Canariens qui émigrèrent en
Amérique à la recherche d’un avenir meilleur. L'œuvre en bronze du sculpteur et
poète Fernando Garcia Rramos, érigée en 1990, montre un homme portant des
valises à la main qui semblent vouloir rester sur l’île. Un grand trou béant
dans la statue rappelle que le cœur des Canariens qui partirent battait toujours à
Tenerife. Les minutes défilent plaisamment et s’amusent à nous regarder nous
émerveiller du spectacle des vagues fougueuses qui prennent d’assaut sans
relâche les criques, la jetée et le Roque invincible. Un ancien escalier en
pierre, interdit d’accès, descend jusqu’à une crique où les flots impétueux
s’engouffrent allégrement pour recouvrir d’une écume bouillonnante la surface
entière de l’enfoncement du rivage. Telle la spumosité de la bière, cette
éclatante nappe écumeuse s’enivre dans ce havre endormi, dans ce chef-d’œuvre
volcanique. Après ces instants de beauté surgissante et éphémère, offerts par
la furie océanique, nous retournons au parking le cœur léger. Je salue en
pensée la maisonnette en ruine dans un léger rapprochement avec le Levator de
la Gordejuela.
Nous
prenons la direction de Los Silos. Le long du trajet, nous sommes cernés par d’innombrables
bananeraies dont les enceintes se dressent tel le mur d'Hadrien. Nous arrivons au
village vers quinze heures trente. La voiture est garée sur un parking gratuit
proche de la « Iglesia Nuestra Señora de La Luz ». La dame, entièrement
blanche, se dresse avantageusement dans le ciel d’azur. Après avoir traversé la
plaza de la Luz, nous foulons la calle la Estrella où nous admirons les façades
des maisons, habitées et en déshérence. Sur la plaza el Calvario, les oiseaux
jouent un concert dans les branchages de deux grands arbres dont la ramure
touffue et les troncs multiples impressionnent. Je me laisse baigner par les
sonorités musicales. Sur la rue El Calvario, nous admirons les masques de
carnaval dans la vitrine d’une boutique. Plus avant, nous empruntons la
callejón 1 Dr. Jordán qui nous emporte sur les hauteurs du village. Une citation
de André Neves, imagée par une peinture, se révèle au début de la ruelle : « Tono tiene la mirada detenida en el
tiempo. Vive en el silencio escuchando a los pajaros que vuelan lejos, muy
lejos. A donde solo el sueno llega. » [Ton regard se fixe dans le temps,
vis en silence en écoutant les oiseaux qui volent très loin, où seul le rêve
arrive]. Au fur et à mesure de notre grimpée, une vue panoramique se dessine avec
nombre de petits pics entourant le village, contemplés par un vénérable figuier
de Barbarie. La ruelle se termine avec une volée de marches, bordées d’une
longue bâtisse aux toits plats et aux murs roses en dénivelé. Un petit chien
blanc signale sa présence sur une terrasse de la calle Aregume en aboyant sans
relâche. Je m’approche et lui fait des signes pour lui indiquer que nous
l’avons vu. Drôle de vie pour ce toutou en plein soleil, prisonnier des
balustres. L’appareil photo et l’iPhone se nourrissent des clichés des environs
captivants. Un coteau se flatte de nous montrer les splendides cactus variés
qui s’épanouissent sur son sol. Nous redescendons par la calle [rue] Aregume
qui se transforme en callejón [ruelle] avec un sol empierré. Un chat roux, le
sosie de celui de Garachico, se prélasse sur un haut muret en plots couchés.
Une petite fresque ombragée, oubliée, séduit encore avec ses nuances de vert,
mauve et jaune. Nous croisons deux jeunes couples qui montent en bavardant. Des
citations illustrées de Ana María Matute, de Cecilia Domínguez née à La Orotava
et de Benigno León Felipe qui a écrit des poèmes en prose sur les îles
Canaries, se dévoilent au bas de la ruelle. Nous les photographions avec les
dessins.
Plus
loin, sur la calle Olivo, nous trouvons la pâtisserie « El Armario De Los
Dulces » vantée à Icod lors notre achat solidaire. Ouverte un peu moins de
vingt-cinq heures par semaine, une organisation serait nécessaire pour un
éventuel retour. Nous continuons de flâner. Des maisons abandonnées subissent
lentement les outrages du temps tout en gardant un certain charme malgré leur
décrépitude. Nous revenons vers la voiture par la callejón El Chorro qui suit
l’enceinte d’une bananeraie. Sous le nom de la ruelle, une citation de Ernesto
Rodríguez Abad, illustrée d’un dessin de Noemí Villamuza, tirée de son œuvre «
El príncipe durmiente » [Le prince endormi], décore le dernier mur à la
peinture vert mousse. Sur la place du parking, une œuvre en fer forgé de Moisés
Afonso, un forgeron de Icod, montre une Canarina canariensis géante, l’emblème
du village qui compte moins de cinq mille âmes. Après une petite heure à
découvrir le village, nous retournons à Icod. En traversant Garachico, une
vapeur d’eau voile l’horizon, née des continuelles vagues spectaculaires qui se
brisent sur les rochers.
Les
dix-sept heures s’annoncent quand je m’installe devant l’ordinateur. Les photos
sont chargées. La narration de la journée commence. La pause-détente, le récit
de la journée confiée au chronojournal, le dîner similaire à celui d’hier, où
la grenadille jaune, devenue ridée, offerte par une paysanne lors de la
découverte du musée des poupées dévoile sa saveur, précèdent un temps de
lecture et de cinéma avec les aventures de Josh, Arnold, Tom et Claire qui
avorte avec des états d’âme après son retour d’Allemagne…
Second appareil photo :

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