samedi 23 février 2019

Garachico – Los Silos…


     Dans les rêves… Patrick et moi sommes dans le sillage d’un pianiste traqué. Rites matinaux. J’apprécie ces instants matinaux sur le balcon où le mouvement de la vie se déroule dans un cadre magnifique, baigné de soleil et de ciel bleu. La douce température favorise ce temps de beauté. Je sirote du jus d’ananas Libbys après onze heures trente. Une heure plus tard, le blog est actualisé.

            Nous partons à Garachico où la voiture est garée vers treize heures sur le parking gratuit dérobé aux regards des touristes. Un jeune homme, qui vient de le découvrir, hésite devant le côté rustique de la cour et nous demande s’il peut laisser son véhicule. Nous lui répondons par l’affirmative. Le garçon, avec un petit chignon sur la tête, me fait une tape amicale sur l’épaule en remerciement. Nous nous rendons directement sur l’avenida República de Venezuela pour déjeuner au restaurant « La Cofradía del Mar », repéré précédemment. Nous allons déguster une paella végétarienne aux légumes de l’île. Nous nous installons à la dernière table de la terrasse qui surplombe le littoral. Les vagues se déchaînent dans d’époustouflantes nébulosités qui s’éclatent contre les roches et contre le « Roque » qui résiste au déferlement. Le jeune homme au chignon s’arrête devant le restaurant avec sa compagne vêtue d’une longue robe jaune en coton très décolletée. Ils prennent des photos. Le serveur Andrés prend la commande. Il apporte sur la table, grâce à un importateur de Güímar, de l’eau gazeuse « Droper seltz » mise en bouteille sur l’île de Gran Canaria, et une manzanilla « Daram ». Les mots « Good times » [Bons moments] se lisent sur un petit napperon blanc en papier apporté sous la mayonnaise verte venue avec deux petits pains allongés à la farine blanche que nous laissons de côté. Les mots escortent un graphisme original noir qui ressemble à une clef de sol couchée où un couple en ombre chinoise prend du bon temps sous le parasol de leur table posée sur la dernière ligne de la « portée » musicale. Des chats se promènent sur les lames en bois brun de la terrasse. Ils font les yeux doux aux convives pour recevoir des bribes de poisson. Un matou au poil roux, la queue zébrée de blanc, se distingue des autres. La paella, préparée pour deux personnes, arrive sur la table. Magnifiquement présentée dans un grand poêlon rond, elle laisse apparaître une décoration en relief de quartiers verticaux de citron et de demi-rondelles d’orange du plus bel effet. Un citron en dents de loup trône au milieu du plat. Le côté esthétique rivalise avec la saveur succulente du mets. Nous nous régalons. Les asperges moelleuses à cœur, les « pimientos de Padrón » [petits poivrons ou piments verts] doux au palais, les lanières de poivron rouge fondantes, les cubes de courgette parfumés participent au plaisir gustatif du risotto safrané à la cuisson parfaite. Une fillette à une table voisine se gave de pain blanc avant le repas. Son assiette est à moitié pleine quand le serveur débarrasse la table. Après le repas, en revenant des toilettes, j’aperçois un espace de loisirs pour les enfants ; nombre de tables sont occupées dans la salle.

            Nous quittons le restaurant à quatorze heures quarante. Nous allons nous promener. Nous suivons la route TF 42 qui contourne la plage de sable noir où quelques personnes profitent du soleil. Un grand jeune homme au maillot de bain aussi mince que lui entre dans l’eau avec un peu d’hésitation. En chemin, nous pénétrons dans la pièce supérieure d’une maisonnette en pierre, en ruine. Depuis les deux fenêtres ouvertes à tous les vents, nous cadrons des photos de Garachico et de son Roque. Des arrêts photos ponctuent notre avancée. Nous atteignons le « Mirador del Emigrante » qui surplombe le littoral et le village. Un monument rend hommage aux milliers de Canariens qui émigrèrent en Amérique à la recherche d’un avenir meilleur. L'œuvre en bronze du sculpteur et poète Fernando Garcia Rramos, érigée en 1990, montre un homme portant des valises à la main qui semblent vouloir rester sur l’île. Un grand trou béant dans la statue rappelle que le cœur des Canariens qui partirent battait toujours à Tenerife. Les minutes défilent plaisamment et s’amusent à nous regarder nous émerveiller du spectacle des vagues fougueuses qui prennent d’assaut sans relâche les criques, la jetée et le Roque invincible. Un ancien escalier en pierre, interdit d’accès, descend jusqu’à une crique où les flots impétueux s’engouffrent allégrement pour recouvrir d’une écume bouillonnante la surface entière de l’enfoncement du rivage. Telle la spumosité de la bière, cette éclatante nappe écumeuse s’enivre dans ce havre endormi, dans ce chef-d’œuvre volcanique. Après ces instants de beauté surgissante et éphémère, offerts par la furie océanique, nous retournons au parking le cœur léger. Je salue en pensée la maisonnette en ruine dans un léger rapprochement avec le Levator de la Gordejuela.

            Nous prenons la direction de Los Silos. Le long du trajet, nous sommes cernés par d’innombrables bananeraies dont les enceintes se dressent tel le mur d'Hadrien. Nous arrivons au village vers quinze heures trente. La voiture est garée sur un parking gratuit proche de la « Iglesia Nuestra Señora de La Luz ». La dame, entièrement blanche, se dresse avantageusement dans le ciel d’azur. Après avoir traversé la plaza de la Luz, nous foulons la calle la Estrella où nous admirons les façades des maisons, habitées et en déshérence. Sur la plaza el Calvario, les oiseaux jouent un concert dans les branchages de deux grands arbres dont la ramure touffue et les troncs multiples impressionnent. Je me laisse baigner par les sonorités musicales. Sur la rue El Calvario, nous admirons les masques de carnaval dans la vitrine d’une boutique. Plus avant, nous empruntons la callejón 1 Dr. Jordán qui nous emporte sur les hauteurs du village. Une citation de André Neves, imagée par une peinture, se révèle au début de la ruelle : « Tono tiene la mirada detenida en el tiempo. Vive en el silencio escuchando a los pajaros que vuelan lejos, muy lejos. A donde solo el sueno llega. » [Ton regard se fixe dans le temps, vis en silence en écoutant les oiseaux qui volent très loin, où seul le rêve arrive]. Au fur et à mesure de notre grimpée, une vue panoramique se dessine avec nombre de petits pics entourant le village, contemplés par un vénérable figuier de Barbarie. La ruelle se termine avec une volée de marches, bordées d’une longue bâtisse aux toits plats et aux murs roses en dénivelé. Un petit chien blanc signale sa présence sur une terrasse de la calle Aregume en aboyant sans relâche. Je m’approche et lui fait des signes pour lui indiquer que nous l’avons vu. Drôle de vie pour ce toutou en plein soleil, prisonnier des balustres. L’appareil photo et l’iPhone se nourrissent des clichés des environs captivants. Un coteau se flatte de nous montrer les splendides cactus variés qui s’épanouissent sur son sol. Nous redescendons par la calle [rue] Aregume qui se transforme en callejón [ruelle] avec un sol empierré. Un chat roux, le sosie de celui de Garachico, se prélasse sur un haut muret en plots couchés. Une petite fresque ombragée, oubliée, séduit encore avec ses nuances de vert, mauve et jaune. Nous croisons deux jeunes couples qui montent en bavardant. Des citations illustrées de Ana María Matute, de Cecilia Domínguez née à La Orotava et de Benigno León Felipe qui a écrit des poèmes en prose sur les îles Canaries, se dévoilent au bas de la ruelle. Nous les photographions avec les dessins.

            Plus loin, sur la calle Olivo, nous trouvons la pâtisserie « El Armario De Los Dulces » vantée à Icod lors notre achat solidaire. Ouverte un peu moins de vingt-cinq heures par semaine, une organisation serait nécessaire pour un éventuel retour. Nous continuons de flâner. Des maisons abandonnées subissent lentement les outrages du temps tout en gardant un certain charme malgré leur décrépitude. Nous revenons vers la voiture par la callejón El Chorro qui suit l’enceinte d’une bananeraie. Sous le nom de la ruelle, une citation de Ernesto Rodríguez Abad, illustrée d’un dessin de Noemí Villamuza, tirée de son œuvre « El príncipe durmiente » [Le prince endormi], décore le dernier mur à la peinture vert mousse. Sur la place du parking, une œuvre en fer forgé de Moisés Afonso, un forgeron de Icod, montre une Canarina canariensis géante, l’emblème du village qui compte moins de cinq mille âmes. Après une petite heure à découvrir le village, nous retournons à Icod. En traversant Garachico, une vapeur d’eau voile l’horizon, née des continuelles vagues spectaculaires qui se brisent sur les rochers.

            Les dix-sept heures s’annoncent quand je m’installe devant l’ordinateur. Les photos sont chargées. La narration de la journée commence. La pause-détente, le récit de la journée confiée au chronojournal, le dîner similaire à celui d’hier, où la grenadille jaune, devenue ridée, offerte par une paysanne lors de la découverte du musée des poupées dévoile sa saveur, précèdent un temps de lecture et de cinéma avec les aventures de Josh, Arnold, Tom et Claire qui avorte avec des états d’âme après son retour d’Allemagne…





















                                 Second appareil photo :




















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