Un
peu avant neuf heures, nous prenons le petit déjeuner en terrasse vers la
piscine. Un palmier fait généreusement écran aux rayons directs du soleil dans
un ciel bleu limpide. Le choix du buffet reflète bien les photos publiées sur Booking. Je
m’offre deux demi-kiwis bien mûrs, deux croissants que je savoure avec des
rondelles de banane, des figues sèches des Canaries poudrées de farine de riz,
une boule de pain aux graines de sésame tartinée de beurre végétal et de miel.
Je teste quelques bouchées d’une part de gâteau inconnu. Un oiseau aux plumes
marron clair contrastées d’une demi-collerette noire se pose sur le dossier
d’une chaise noire derrière Patrick. Il saute sur la table inoccupée pour
ensuite s’intéresser aux aliments posés sur une autre table par un couple dont
la dame porte une jolie robe longue en coton imprimé de motifs colorés. Un
couple gay arrive à la piscine. Les deux garçons en maillot de bain s’enduisent
consciencieusement le corps d’huile et de crème solaire. L’un d’eux en passe
même dans ses cheveux. Après la collation, je prends quelques photos de la
piscine et de la façade de l’hôtel. Nous nous rendons à la réception où le bel
Ivan nous accueille pour valider la seconde nuit que nous allons passer à l’Axel
Beach. Avec un sourire craquant, il confirme que nous pouvons garder le même appartement.
Les dix heures passent quand je m’installe devant l’ordinateur. J’œuvre sur la
chronojournal tout en surfant de temps à autre sur le web. Je sirote un peu de
jus de pomme.
Nous
sortons de l’hôtel après midi trente. Le ciel se plaît dans son habit bleu
éclatant. J’achète une ceinture blanche chez le commerçant chinois « Happy
Shopping », le bouton du short ayant pris un peu de jeu. Dans la boutique
attenante « Kalucha », nous choisissons des cartes postales. Après un
regard sur le menu du restaurant « La Gustera », un souriant bonjour à la jeune
serveuse asiatique prénommée « Wei » et un imperceptible engagement tacite de
nos regards de revenir déjeuner, nous allons visiter le « Yumbo », le plus
grand centre commercial gay d’Espagne qui porte le nom d’une ville colombienne.
Ce géant aux innombrables boutiques, cafés, restaurants, répartis sur quatre
étages, à l’architecture ouverte, comprend un parc avec des espaces verts et
une grande place qui reçoit chaque année les festivités de la « Gay Pride » de
Maspalomas, qui se déroulera du 2 au 12
mai en 2019. Nous entrons dans un magasin Desigual. Des salons de massage pour
hommes nous rappellent la Thaïlande. Nous flânons avant d’aller déjeuner vers treize
heures.
Nous
écrivons les cartes postales durant la préparation des mets. Nous nous régalons
chacun avec une salade de chèvre « picón » caramélisée aux fruits secs
superbement présentée dans un cercle de rondelles de tomate entourées de
rondelles de pomme extra fines. Nous nous partageons des papas arrugadas con
mojo. Nous nous régalons. Les quatorze heures s’éloignent quand nous sortons du
restaurant. Sur l’avenue, un groupe de mamans avec enfants arrive dans un
minibus avec armes et bagages. Un bambin s’occupe de sa petite valise à roulettes.
Une jeune femme blonde qui arrive en courant slalome entre les personnes. Nous
postons les cartes au rond-point et nous nous dirigeons vers les dunes en suivant l’avenida de Tirajana,
dans le dessein de rencontrer les grands lézards du lagon de la réserve
naturelle « Charca [étang] de Maspalomas » où leur taille peut atteindre
quatre-vingt centimètres de long. Le chant des oiseaux nous accompagne tout au
long de notre progression sous le ciel bleu. Le soleil brille et je porte le
chapeau bleu. Devant le palace Riu, nous voyons une affiche dans un cadre
publicitaire vitré qui invite à découvrir l’aquarium « Poema del Mare ».
Nous
traversons à nouveau le couloir spatial pour entrer dans l’oasis de sable. Le
chat blanc à la queue zébrée de noir se prélasse sur le sable du muret en
terrasse de droite qui longe l’allée pavée bordée de palmiers menant aux dunes.
Hier, le minet, dont seule l’oreille droite est noire, a décampé sans tambour
ni trompette devant un autre félin venu l’agresser au moment où nous nous
apprêtions à le photographier. Nous sommes dans le sillage de deux amoureux
séduisants. Le jeune homme, beau et svelte, tient la main de sa compagne à la
longue chevelure noire ondulée dont la robe longue en coton imprimé virevolte
gracieusement au vent. J’immortalise le couple de dos quand il descend les marches de
la rampe inclinée en zigzag ; le vent s’engouffre dans le tissu et dévoile une
jambe bien galbée. Nous prenons à droite pour joindre l’étang. Des touristes
font des acrobaties au sommet d’une dune. Le chemin est indiqué par les
empreintes des milliers de pas qui nous ont précédés. La végétation désertique s’est emparée des
dunes de ce côté de l'oasis. Les bosquets et les buissons favorisent l’intimité des
vacanciers dont certains font du bronzage intégral. Nous rencontrons des hommes
nus. Maspalomas accueille nombre de touristes allemands et scandinaves qui
apprécie la pratique du naturisme. Des fleurs roses embellissent des fourrés
touffus.
Après plus d’une demi-heure de marche dans l’oasis, avec notre ombre qui
nous suit, nous voyons la silhouette du phare de Maspalomas, situé à la pointe
la plus au sud de l’île, qui dévoile sa haute stature. Il fut édifié en 1890.
Dans ses belles années, de ses quelque soixante mètres de hauteur, il éclaira
les bateaux à vapeur faisant la liaison entre l’Europe, l’Afrique ou les
Amériques. L’étang se dévoile sur notre droite à une courte distance des flots.
Un autre palace Riu borde la plage animée. Des restaurants, des cafés et des
boutiques longent la promenade suivie pour nous approcher du phare. Deux
artistes expriment leur talent dans la sculpture d’une petite dune de sable. La
jeune femme s’active à fignoler un magnifique visage féminin empreint de
sérénité, façonné au faîte de la dune devenue vivante. Sur la droite de l’œuvre,
à côté des mots « Gran Canaria 2019 » sculptés sur deux petits podiums de
sable, deux paumes géantes réunies sur le sable portent un nouveau-né aux
traits qui me rappellent ceux de Thor, un alien Asgard de la série Stargate.
Cette œuvre dégage une grande sensibilité.
Nous
observons le phare de près et nous revenons sur nos pas. Patrick voit un surfeur
sur les vagues fougueuses. Des vacanciers en famille se baignent, d’autres font
de la bronzette. Quelques parasols colorés sont plantés dans le sable. Nous
atteignons le lagon, protégé par des grillages. Une horloge digitale en haut d'un mât, surmontée des mots "Las Palmas de Gran Canaria", affiche 27°. Nous scrutons le proche horizon
pour discerner les fameux lézards. Nous suivons le paseo Charca Maspalomas et
le début de la calle Oceanía. Nos regards se promènent un peu partout, en vain.
Patrick voit, avec le zoom de l’appareil photo, des squelettes de poissons et
d’oiseaux. Nous pouvons admirer toutefois des hérons gris, des petites
aigrettes et d’autres volatiles. Nous écoutons le chant des tourterelles.
Patrick
me révèle des informations recueillies sur Internet en cheminant sur la calle
Oceanía. La disparition des grands lézards est due à l’eutrophisation, un
déséquilibre dû à l'augmentation d’azote et de phosphore qui cause une
croissance excessive des plantes et des algues. Elles se développent
exagérément en absorbant de grandes quantités d'oxygène. Cela entraîne une
anoxie dans le système aquatique, provoquant une mortalité massive de tous les
poissons et invertébrés vivant dans le lagon à l’eau salée. L'écosystème est
alors asphyxié et les lézards meurent. Le cycle de la vie reprend pourtant son
cours normal quand les vagues de l’océan emplissent à nouveau l'étang. Le
fameux « Gallotia stehlini », endémique à l'île de Gran Canaria, sera
à admirer une autre fois.
Plus
avant, Patrick entend des chameaux qui blatèrent. Nous apercevons une caravane
d’une trentaine de chameaux. Les vacanciers peuvent effectuer une promenade à
dos de chameau dans le paysage désertique et spectaculaire des dunes. Deux
sièges, aux armatures de couleur vert sapin, installés sur les flancs des
mammifères, permettent une balade confortable. Celle que nous avions effectuée lors
de notre voyage au Maroc en février 2007 fut plutôt pénible devant la
difficulté de garder l’équilibre sur l’échine de l’animal. Le long du chemin,
un panneau rappelle que le dimanche 25 mai 1502, Christophe Colomb partait de
Maspalomas pour son dernier voyage aux nouvelles îles des Canaries indiennes.
Quand nous atteignons l’avenida Touroperador Neckermann, nous remarquons la
présence du jardin botanique Tony Gallardo qui semble fermé. L’enceinte du «
Parque Tony » est constituée de planches de bois gris dauphin ajourées, positionnées verticalement, qui permettent de promener le regard sur le site, libre de toute vie
humaine. La palmeraie du jardin serait colonisée par des scarabées Diocalandra,
selon une information recueillie plus tard. L’avenue suit le lit d’un large
canal à sec, empierré par la main humaine ; un ouvrage impressionnant. Nous
enjambons un pont qui traverse le canal pour suivre l’avenue qui part en
oblique le long d’un parcours de golf. Plus avant, nous remarquons la présence
d’immenses villages de maisons mitoyennes ou blotties les unes contre les
autres. Les formes et les couleurs varient d’un village à l’autre. Le village
blanc et bleu emporte ma préférence. Les toits de nombre de maisons sont
équipés d’une cheminée liée à la climatisation ; certaines formes rappellent
celles remarquées dans les pays arabes. Une œuvre trône dans un rond-point
baigné d’une abondante végétation. Nous dépassons un arrêt de bus design qui
ressemble à une arche blanche élargie.
Alors
que nous regardons notre position géographique sur l’iPhone, je vois sur
l’écran la présence alentour du jardin botanique de Maspalomas. En levant les
yeux, l’entrée du jardin jaillit dans mon regard. Étonnante, cette sensation
que le jardin vient d’apparaître. L’entrée est gratuite. Nous entrons pour une
courte découverte. Je suis séduit par les nombreux troncs, ou racines aériennes,
graciles et laiteux, d’un ficus magnoliifolia. Un jeune Ravenala
madagascariensis charme les yeux par ses feuilles en éventail. Cette plante
endémique de l'île de Madagascar s’appelle communément « Arbre du voyageur »
car l'eau de pluie accumulée dans les cavités à la base de ses feuilles
permettait autrefois aux voyageurs de se désaltérer. Autre part dans le jardin,
je reconnais un Pandanus pour l’avoir admiré au jardin botanique du Mont
Coot-Tha à Brisbane durant l’hiver 2017.
J’écrivais
dans le roman Chunka le mardi 14 février 17 :
« Dans les rocailles
environnantes, un arbre séduit tout particulièrement le regard avec sa tête
ébouriffée et ses racines aériennes réparties généreusement autour du tronc.
Une indication trouvée avec persévérance indique qu’il s’agit d’un Aka screw
pine pandanus tectorius. Son attachante originalité réside dans ses bulbes
vernaculaires propres à sa variété. Tels des vers allongés et cylindriques, ces
gracieuses excroissances nées dans le tronc pendent nonchalamment. Certaines
plongent dans la terre sans toutefois, comme le banian, donner naissance à
d’autres congénères. Tel un sophisme de l'imagination, André se surprend à
penser à une famille nombreuse sans enfants en observant le végétal ligneux,
attrayant au possible. »
Avant
de sortir du jardin, nous admirons les bractées rouge sang d’un arbuste nommé
Euphorbia milii Siraya. Son apparence lui a valu le nom de « Colonne vertébrale
du Christ ». Les tiges brunes, charnues et ramifiées des euphorbes, entremêlées
pour certaines, recouvertes de nombreuses épines acérées, s’apparentent à la
couronne épineuse du Christ.
L’avenue
prend de l’altitude et nous offre d’admirer l’océan de maisons blotties. Les
villages sont majoritairement entourés de palmiers. Nous atteignons le
rond-point de la plaza del Hierro où un palmier géant s'épanouit dans un parterre
ceinturé de mosaïques. À quelques centaines de mètres de notre hôtel, sur
l’avenida Alféreces Provisionales, où les arbres à la ramure carrée se
succèdent, je regarde avec le sourire, au numéro 309, des nains et des
figurines de chiens qui agrémentent les deux carrés de jardin d’une coquette maison.
Une œuvre en carrelage, représentant une rue canarienne, décore un des murs de
l’enceinte.
Nous
arrivons à l’Axel Beach à dix-sept heures, après environ trois heures de marche
et neuf kilomètres parcourus. A la réception, Antonio réinitialise les cartes magnétiques pour
cette seconde journée. Je nous photographie dans l’ascenseur. Les miroirs de la
cabine nous reflètent à l’infini, comme autant de nous-mêmes dans des univers
parallèles. Nous apprécions l’eau chaude de la douche après cette virée époustouflante.
Nous nous désaltérons avec le jus de pomme acheté à La Atalaya. J’œuvre sur le
chronojournal. La journée d’hier est actualisée sur le blog à dix-neuf heures
quarante. Notre dîner s’apparente à celui des deux jours précédents. Chacun
vaque à ses occupations durant la soirée avant de rejoindre Morphée pour une
bonne nuit de sommeil…
| André sur un chameau en février 2007 |
Second appareil photo :



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