dimanche 3 février 2019

Levator de la Gordejuela…


          Lors du petit déjeuner, Patrick m’annonce que sa sœur Annick a publié sur le web une photo de Villaz où le verger qui surplombe la demeure familiale a disparu sous la neige. Le blog est actualisé à midi cinquante. Nous effectuons quelques emplettes chez Virce. Nous achetons une bizcochada et un pain artisanal à la boulangerie où Sylvia s’occupe de nous. Elle tombe sous le charme du jeune garçon servi avant nous et forme un cœur avec ses doigts sur sa poitrine tout en partageant son émoi avec nous. En revenant à l’appartement, je prends en photo l’écusson d’Icod sur la portière d’un taxi blanc en attente dans la station limitrophe. Nous déjeunons chez nous. La chair de l’avocat très mûr se révèle onctueuse, le fromage de Brie « La Irlandesa » moelleux à cœur et le pain craquant à souhait.

            Après le repas, une promenade insoupçonnée attend de nous éblouir. Nous partons d’Icod après quatorze heures. Une trentaine de minutes plus tard, la voiture est garée à proximité du restaurant « Mirador de San Pedro », situé sur la commune de Los Realejos. Nous nous approchons du restaurant qui surplombe le littoral, l’ermitage de San Pedro et la « Hacienda de Castro » [ou « Hacienda Mayorazgo »], la plus ancienne des haciendas de la côte, un éden qui s'étend jusqu'aux vagues infatigables. Toutefois, l’objet de notre venue, que nous pensions découvrir juste devant le rocher de San Pedro, se dévoile à distance sur notre droite. Nous décidons de nous en approcher. La découverte d’un site exceptionnel commence. Le vent souffle par moments avec fougue. Nous suivons des sentiers sinueux en bordure des étonnantes éminences rocheuses et des falaises côtières abruptes au dénivelé qui doit osciller autour des deux cents mètres. La balade dans la « Rambla de Castro » se transforme finalement en randonnée entre les palmiers qui regardent la mer et les figuiers de barbarie qui s’accrochent où bon leur semble. Les sentiers, qui combinent des pavés aménagés superbement réalisés par l’homme, des rocailles et des sols de terre, suivent la topographie au relief très varié ; à notre rythme, tantôt nous grimpons, tantôt nous dévalons. Avant de poursuivre vers notre objectif, nous nous offrons une petite escapade en prenant un chemin latéral qui descend par des escaliers en terrasse vers le littoral. Soudain, tel un sous-marin marin furtif au périscope démesuré bloqué sur sa cuirasse, le « Roque del Camello », qui subit sans discontinuer les assauts des vagues, se dévoile à nos regards éblouis. Les circonvolutions des flots écumants qui tourbillonnent autour du roc téméraire donnent la sensation que le submersible est en mouvement. Nous apercevons à distance le dénouement de notre marche. Nous revenons sur nos pas.

            Plus avant, nous traversons un pont en bois entre deux coteaux escarpés, nous grimpons un chemin pavé de pierres bordé d’une rampe en bois qui zigzague dans le décor, nous nous arrêtons devant un magnifique figuier de barbarie au mûrissement prometteur. Nous atteignons un autre versant où des cactus sont assiégés par de formidables toiles d’araignée. Après une descente sinueuse sur une large voie empierrée compacte, nous atteignons le « Levator de la Gordejuela ». Une vision dantesque s’offre à nous…

            Le Levator de la Gordejuela, la première station de pompage hydraulique de l'île équipée d’une machine à vapeur, fut construit entre 1904 et 1906 par la société britannique Hamilton. Visibles depuis le belvédère de San Pedro et depuis de nombreux endroits lors de notre avancée, les ruines de cette aventurière, attachées à la pente du ravin, abandonnées à leur sort, jaillissent dans leur magnificence impavide. Au regard du terrain accidenté et escarpé sur lequel elle a été édifiée, cette création en appui sur le rocher de la falaise, édifiée sur cinq étages, fut en son temps un exploit remarquable. Elle était reliée par des escaliers en pierre en zigzag à la machinerie des chaudières, alimentée par du charbon, située plus haut dans une bâtisse flanquée d’une haute cheminée. Sa mission était d’acheminer de l'eau verticalement par une pompe pour la faire monter au sommet de la falaise, quelque deux cents mètres plus haut. Les quelque cinq mille mètres cubes d’eau soulevés par jour hydratèrent les nombreuses plantations de bananes des municipalités de la vallée de La Orotava. Au fil du temps, la société Hamilton enregistra des pertes. La tentative vaine de vendre de l'eau à d’autres régions de l’île obligea les dirigeants à louer, puis céder la société à la compagnie Fyffes qui ne fit pourtant pas mieux. Aujourd’hui, le site de la station de pompage appartient au domaine public. Les fenêtres arquées de l’étage le plus élevé, définitivement béantes, sont traversées, comme leurs sœurs rescapées, par les assauts des vents et par les intempéries qui les tourmentent sans les anéantir. La grande dame se souvient de la disparition dans les années quarante de la grande cheminée de plus de quarante mètres. Les risques d'effondrement des structures restantes de la vénérable centenaire m’invitent à espérer que la pression touristique pourra lui épargner de disparaître dans les flots. Je souhaite que les dirigeants actuels de la municipalité de Los Realejos se souviennent, pour pérenniser son existence, qu’elle représentait à son apogée le premier grand projet industriel de Tenerife.

            Nous continuons notre progression pour admirer sous d’autres angles les escaliers en zigzag et les ruines dont la toiture s’est évanouie en s’effaçant progressivement dans le flot du temps. La parure de la dame confrontée à l'impermanence depuis des lustres offre au regard des nuances d’ocre rouille délavées par les éléments. Elle subit les déprédations temporelles sans pour autant perdre de son charme. Son écrin grandiose l’aide à tenir, les clameurs des vagues la tiennent éveillée et les murmures d’Éole la réconforte dans ses vicissitudes. Sa solitude de l’époque franquiste fait heureusement partie du passé. Pour mieux la contempler et entrer en sympathie avec elle, pendant que Patrick continue de prendre des photos alentour, je m’assieds sur un muret en pierre, les pieds dans le vide. Les minutes passent dans un recueillement empathique. Une dame approche et s’adresse à Patrick. Soucieuse de l’aventure de mon mari dans la végétation de l’autre côté du muret qui suit le chemin sinueux et inquiète de ma position au bord du vide, elle nous conseille la prudence. Satisfaite de sa mise en garde, elle reprend sa progression avec le sourire.

            Nous stoppons notre avancée, qui nous aurait conduits au niveau de l’hôtel Maritim à Puerto de la Cruz, et nous rebroussons chemin. Nous remarquons dans le décor, parmi les impressionnantes et nombreuses maisons en terrasse qui dévalent les coteaux escarpés en s’agrippant à la pente, la haute silhouette de l’hôtel Panoramica Garden. Nous cheminons plus lentement après les deux à trois kilomètres parcourus sur les terrains accidentés. Quelques belles villas, aux enceintes protégées par des caméras et des chiens pour certaines, se sont risquées aux extrêmes limites des rochers surplombant l’océan. Nous sommes de retour au parking après presque deux heures de randonnée. Patrick voit sur le compteur de la voiture que la température extérieure dépasse les vingt-deux degrés. La chance opère à notre retour à Icod vers dix-sept heures en m’offrant de soulager mes genoux. Elle nous a réservé une place de parking sur la rue Calvario à quelques pas de chez nous.

            La pause se montre la bienvenue. L’application de l’iPhone, déjà évoquée, affiche quelque cinq kilomètres parcourus aujourd’hui sur un dénivelé d'environ cinquante étages. Je prends le temps de siroter la boisson chaude au cacao. Les photos sont chargées et le récit de notre périple imprévu commence. Vers dix-neuf heures, Patrick « bavarde » par écrit avec Thérèse sur Facebook. Je lance les sauvegardes durant le repas. Une pomme, une banane, deux figues de Barbarie, une part de Bizcochada et une barre El Almendro composent la partition de mon menu. Un temps de détente en lecture précède deux épisodes de la série « Please like me », empreinte de fantaisie, écrite en 2013 et interprétée par le jeune humoriste Josh Thomas. Le charme, l’humour aigre-doux et la personnalité plutôt excentrique de Josh, le personnage principal, le rendent irrésistible et parfois déroutant…


Nous effectuons quelques emplettes chez Virce

Nous achetons une bizcochada et un pain artisanal à la boulangerie où Sylvia s’occupe de nous

En revenant à l’appartement, je prends en photo l’écusson d’Icod sur la portière d’un taxi blanc

Nous déjeunons chez nous

le fromage de Brie « La Irlandesa » moelleux à cœur

la voiture est garée à proximité du restaurant « Mirador de San Pedro »

la voiture est garée à proximité du restaurant « Mirador de San Pedro »... qui surplombe le littoral


le « Roque del Camello », qui subit sans discontinuer les assauts des vagues

tel un sous-marin marin furtif [...] le « Roque del Camello » subit sans discontinuer les assauts des vagues...

Les circonvolutions des flots écumants qui tourbillonnent autour du roc téméraire donnent la sensation que le submersible est en mouvement

nous traversons un pont en bois entre deux coteaux escarpés

nous grimpons un chemin pavé de pierres bordé d’une rampe en bois...nous nous arrêtons devant un magnifique figuier de barbarie au mûrissement prometteur


des cactus sont assiégés par de formidables toiles d’araignée

nous atteignons le « Levator de la Gordejuela ». Une vision dantesque s’offre à nous…

le « Levator de la Gordejuela »

je m’assieds sur un muret en pierre, les pieds dans le vide

Une dame approche et s’adresse à Patrick...

l’objet de notre venue, que nous pensions découvrir juste devant le rocher de San Pedro, se dévoile à distance

La balade dans la « Rambla de Castro » se transforme finalement en randonnée entre les palmiers qui regardent la mer et les figuiers de barbarie...






les impressionnantes et nombreuses maisons en terrasse qui dévalent les coteaux escarpés

Le site exceptionnel de notre promenade

Le site exceptionnel de notre promenade

Les points d'intérêt du site exceptionnel

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