Lors
du petit déjeuner, Patrick m’annonce que sa sœur Annick a publié sur le web une
photo de Villaz où le verger qui surplombe la demeure familiale a disparu sous
la neige. Le blog est actualisé à midi cinquante. Nous effectuons quelques
emplettes chez Virce. Nous achetons une bizcochada
et un pain artisanal à la boulangerie où Sylvia s’occupe de nous. Elle tombe
sous le charme du jeune garçon servi avant nous et forme un cœur avec ses
doigts sur sa poitrine tout en partageant son émoi avec nous. En revenant à
l’appartement, je prends en photo l’écusson d’Icod sur la portière d’un taxi
blanc en attente dans la station limitrophe. Nous déjeunons chez nous. La chair
de l’avocat très mûr se révèle onctueuse, le fromage de Brie « La
Irlandesa » moelleux à cœur et le pain craquant à souhait.
Après
le repas, une promenade insoupçonnée attend de nous éblouir. Nous partons
d’Icod après quatorze heures. Une trentaine de minutes plus tard, la voiture
est garée à proximité du restaurant « Mirador de San Pedro », situé sur la
commune de Los Realejos. Nous nous approchons du restaurant qui surplombe le
littoral, l’ermitage de San Pedro et la « Hacienda de Castro » [ou « Hacienda
Mayorazgo »], la plus ancienne des haciendas de la côte, un éden qui s'étend
jusqu'aux vagues infatigables. Toutefois, l’objet de notre venue, que nous
pensions découvrir juste devant le rocher de San Pedro, se dévoile à distance
sur notre droite. Nous décidons de nous en approcher. La découverte d’un site
exceptionnel commence. Le vent souffle par moments avec fougue. Nous suivons
des sentiers sinueux en bordure des étonnantes éminences rocheuses et des
falaises côtières abruptes au dénivelé qui doit osciller autour des deux cents
mètres. La balade dans la « Rambla de Castro » se transforme finalement en
randonnée entre les palmiers qui regardent la mer et les figuiers de barbarie
qui s’accrochent où bon leur semble. Les sentiers, qui combinent des pavés
aménagés superbement réalisés par l’homme, des rocailles et des sols de terre,
suivent la topographie au relief très varié ; à notre rythme, tantôt nous
grimpons, tantôt nous dévalons. Avant de poursuivre vers notre objectif, nous
nous offrons une petite escapade en prenant un chemin latéral qui descend par
des escaliers en terrasse vers le littoral. Soudain, tel un sous-marin marin
furtif au périscope démesuré bloqué sur sa cuirasse, le « Roque del Camello »,
qui subit sans discontinuer les assauts des vagues, se dévoile à nos regards
éblouis. Les circonvolutions des flots écumants qui tourbillonnent autour du
roc téméraire donnent la sensation que le submersible est en mouvement. Nous apercevons
à distance le dénouement de notre marche. Nous revenons sur nos pas.
Plus
avant, nous traversons un pont en bois entre deux coteaux escarpés, nous
grimpons un chemin pavé de pierres bordé d’une rampe en bois qui zigzague dans
le décor, nous nous arrêtons devant un magnifique figuier de barbarie au
mûrissement prometteur. Nous atteignons un autre versant où des cactus sont
assiégés par de formidables toiles d’araignée. Après une descente sinueuse sur
une large voie empierrée compacte, nous atteignons le « Levator de la
Gordejuela ». Une vision dantesque s’offre à nous…
Le
Levator de la Gordejuela, la première station de pompage hydraulique de l'île
équipée d’une machine à vapeur, fut construit entre 1904 et 1906 par la société
britannique Hamilton. Visibles depuis le belvédère de San Pedro et depuis de
nombreux endroits lors de notre avancée, les ruines de cette aventurière,
attachées à la pente du ravin, abandonnées à leur sort, jaillissent dans leur
magnificence impavide. Au regard du terrain accidenté et escarpé sur lequel
elle a été édifiée, cette création en appui sur le rocher de la falaise, édifiée
sur cinq étages, fut en son temps un exploit remarquable. Elle était reliée par
des escaliers en pierre en zigzag à la machinerie des chaudières, alimentée par
du charbon, située plus haut dans une bâtisse flanquée d’une haute cheminée. Sa
mission était d’acheminer de l'eau verticalement par une pompe pour la faire
monter au sommet de la falaise, quelque deux cents mètres plus haut. Les
quelque cinq mille mètres cubes d’eau soulevés par jour hydratèrent les
nombreuses plantations de bananes des municipalités de la vallée de La Orotava.
Au fil du temps, la société Hamilton enregistra des pertes. La tentative vaine
de vendre de l'eau à d’autres régions de l’île obligea les dirigeants à louer,
puis céder la société à la compagnie Fyffes qui ne fit pourtant pas mieux.
Aujourd’hui, le site de la station de pompage appartient au domaine public. Les
fenêtres arquées de l’étage le plus élevé, définitivement béantes, sont
traversées, comme leurs sœurs rescapées, par les assauts des vents et par les
intempéries qui les tourmentent sans les anéantir. La grande dame se souvient
de la disparition dans les années quarante de la grande cheminée de plus de
quarante mètres. Les risques d'effondrement des structures restantes de la
vénérable centenaire m’invitent à espérer que la pression touristique pourra
lui épargner de disparaître dans les flots. Je souhaite que les dirigeants
actuels de la municipalité de Los Realejos se souviennent, pour pérenniser son
existence, qu’elle représentait à son apogée le premier grand projet industriel
de Tenerife.
Nous
continuons notre progression pour admirer sous d’autres angles les escaliers en
zigzag et les ruines dont la toiture s’est évanouie en s’effaçant
progressivement dans le flot du temps. La parure de la dame confrontée à
l'impermanence depuis des lustres offre au regard des nuances d’ocre rouille
délavées par les éléments. Elle subit les déprédations temporelles sans pour
autant perdre de son charme. Son écrin grandiose l’aide à tenir, les clameurs
des vagues la tiennent éveillée et les murmures d’Éole la réconforte dans ses
vicissitudes. Sa solitude de l’époque franquiste fait heureusement partie du
passé. Pour mieux la contempler et entrer en sympathie avec elle, pendant que
Patrick continue de prendre des photos alentour, je m’assieds sur un muret en
pierre, les pieds dans le vide. Les minutes passent dans un recueillement
empathique. Une dame approche et s’adresse à Patrick. Soucieuse de l’aventure de
mon mari dans la végétation de l’autre côté du muret qui suit le chemin sinueux
et inquiète de ma position au bord du vide, elle nous conseille la prudence. Satisfaite
de sa mise en garde, elle reprend sa progression avec le sourire.
Nous
stoppons notre avancée, qui nous aurait conduits au niveau de l’hôtel Maritim à
Puerto de la Cruz, et nous rebroussons chemin. Nous remarquons dans le décor,
parmi les impressionnantes et nombreuses maisons en terrasse qui dévalent les
coteaux escarpés en s’agrippant à la pente, la haute silhouette de l’hôtel
Panoramica Garden. Nous cheminons plus lentement après les deux à trois
kilomètres parcourus sur les terrains accidentés. Quelques belles villas, aux
enceintes protégées par des caméras et des chiens pour certaines, se sont
risquées aux extrêmes limites des rochers surplombant l’océan. Nous sommes de
retour au parking après presque deux heures de randonnée. Patrick voit sur le
compteur de la voiture que la température extérieure dépasse les vingt-deux
degrés. La chance opère à notre retour à Icod vers dix-sept heures en m’offrant
de soulager mes genoux. Elle nous a réservé une place de parking sur la rue
Calvario à quelques pas de chez nous.
La
pause se montre la bienvenue. L’application de l’iPhone, déjà évoquée, affiche
quelque cinq kilomètres parcourus aujourd’hui sur un dénivelé d'environ
cinquante étages. Je prends le temps de siroter la boisson chaude au cacao. Les
photos sont chargées et le récit de notre périple imprévu commence. Vers dix-neuf
heures, Patrick « bavarde » par écrit avec Thérèse sur Facebook. Je lance les
sauvegardes durant le repas. Une pomme, une banane, deux figues de Barbarie, une
part de Bizcochada et une barre El Almendro composent la partition de
mon menu. Un temps de détente en lecture précède deux épisodes de la série «
Please like me », empreinte de fantaisie, écrite en 2013 et interprétée par le
jeune humoriste Josh Thomas. Le charme, l’humour aigre-doux et la personnalité
plutôt excentrique de Josh, le personnage principal, le rendent irrésistible et
parfois déroutant…
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| Nous effectuons quelques emplettes chez Virce |
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| Nous achetons une bizcochada et un pain artisanal à la boulangerie où
Sylvia s’occupe de nous |
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| En revenant à l’appartement, je prends en photo l’écusson d’Icod sur la
portière d’un taxi blanc |
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| Nous déjeunons chez nous |
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| le fromage de Brie « La Irlandesa » moelleux à cœur |
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| la voiture est garée à proximité du restaurant « Mirador de San Pedro » |
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| la voiture est garée à proximité du restaurant « Mirador de San Pedro »... qui surplombe le littoral |
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| le « Roque del Camello », qui subit sans discontinuer les assauts des
vagues |
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| tel un sous-marin marin furtif [...] le « Roque del Camello » subit sans discontinuer les assauts des
vagues... |
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| Les circonvolutions des flots écumants qui tourbillonnent autour du roc
téméraire donnent la sensation que le submersible est en mouvement |
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| nous traversons un pont en bois entre deux coteaux escarpés |
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| nous grimpons un chemin pavé de pierres bordé d’une rampe en bois...nous nous arrêtons devant un magnifique figuier de barbarie au
mûrissement prometteur |
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| des cactus sont assiégés par de formidables toiles d’araignée |
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| nous atteignons le « Levator de la Gordejuela ». Une vision dantesque
s’offre à nous… |
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| le « Levator de la Gordejuela » |
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| je m’assieds sur un muret en pierre, les pieds dans le vide |
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| Une dame approche et s’adresse à Patrick... |
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| l’objet de notre venue, que nous pensions découvrir juste devant le
rocher de San Pedro, se dévoile à distance |
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| La balade dans la « Rambla de Castro » se transforme finalement en
randonnée entre les palmiers qui regardent la mer et les figuiers de barbarie... |
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| les impressionnantes et nombreuses maisons en terrasse qui dévalent les
coteaux escarpés |
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| Le site exceptionnel de notre promenade |
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| Le site exceptionnel de notre promenade |
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| Les points d'intérêt du site exceptionnel |
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