dimanche 3 mars 2019

Carnaval de Icod de los Vinos…


    Les ablutions et le petit déjeuner laissent place au yoga des yeux sur le balcon. Les fidèles psalmodient dans la chapelle dont la porte reste ouverte durant le culte. Le manteau nuageux d’hier est un souvenir. Aujourd’hui, le ciel est grand bleu et le soleil brille. Un vent frais souffle distraitement. Les dix heures vingt s’éloignent quand je poursuis la narration de la journée d’hier.

            À midi, depuis le balcon, Patrick prend en photo « nos » trois palmiers baignés des nuances de bleu du ciel et de l’océan. Avant treize heures, nous sommes chez Monsieur Virce. Je lui tends le grand couteau pour couper le morceau de fromage choisi. En souriant à Patrick, il dit d’un air entendu : « Entendía rápidamente »  [Il a vite compris]. Le chaleureux commerçant arrondit en notre faveur le montant des courses à lui régler. Un pain aux céréales est acheté à la boulangerie. Les jointures des phalanges supérieures des doigts de la main droite d’un jeune homme en short, devant nous dans la file d’attente, présentent des blessures récentes. Tamarillos, avocat mûr, chips, pain tartiné de beurre crémeux et fromage de chèvre frais genre sérac dévoilent leur saveur lors du déjeuner dans l'appartement. À quatorze heures, je reprends la narration. Patrick fait le lit de la chambre d’amis. Durant l’après-midi, nous constatons que les préparatifs pour le défilé du carnaval s’activent sur l’avenida 25 de Abril.

            La relecture de récit de samedi est suspendue. Nous avançons la pause-détente pour pouvoir assister au défilé du carnaval. Le cacao au lait de riz et le jus d’orange sont sirotés dans l’instant. Nous sortons vers dix-sept heures. Nous descendons la rue. Le long de l’avenue, sur la chaussée, des chaises pliantes en bois ont été alignées sur trois rangées. Nous prenons place en première ligne. Nous nous prenons en selfie. Sans discontinuer, des personnes montent l’avenue et passent devant nous. Régulièrement des poussettes participent au défilé incessant et continu. Les citadins sont grimés, maquillés, et masqués pour certains. À notre droite, un couple italien s’est installé avec ses deux fillettes. La plus âgée ressemble à Minnie avec sa jupette rouge à pois blancs. Certains personnages, au déguisement très élaboré, riche en couleurs et en accessoires ludiques, remontent l’avenue pour rejoindre le cortège officiel. Un couple âgé de planteurs créoles, habillé en nuances de blanc, avance en se tenant la main. Deux jeunes filles à la longue chevelure rose prennent la pose en souriant quand je les prends en photo dans leur vitrine jaune de jeu ambulant, à un euro la partie. Un petit prince et sa princesse, adorables dans leur cape bleue et leur chevelure blonde à la Daenerys, sèment du rêve dans leur avancée. Un Pancho Villa âgé avec son sombrero et son poncho colorés menace de son pistolet l’assemblée, ravie de cet intérêt. Une cartomancienne masquée nous fait sentir des herbes odoriférantes dont des brins de lavande. Le programme illustré, à la page de couverture glacée, est vendu à un euro. Le défilé commence à parader à dix-huit heures, avec une heure de décalage au vu de l’horaire annoncé. Un groupe se dévoile dont les costumes bleus, blanc et or s’apparentent à des roues de paon ; une dame âgée porte superbement ses atours. Un canon à confettis lance des nuages de papiers colorés. Nombre d’hommes travestis, extravertis, s’en donnent à cœur joie. Une silhouette me rappelle celle de Yves. Le char de Cléopâtre, escorté de sa garde personnelle, apparaît. La reine des Canaries, en longue robe bleu et blanc à volants superposés, les épaulettes en dentelle brodée, partage son triomphe avec celle de l'Égypte antique. Des personnages déguisés en scooter rose, portant jupe noire à pois blancs, surprennent les regards. « Las Incansables » [Les Infatigables] avancent dans leur tenue chamarrée qui s’inspire du personnage d’Arlequin. D’autres groupes se suivent dans une profusion de couleurs et de fleurs. Les costumes rivalisent de créativité. Certains s’inspirent du chapelier fou d’Alice au pays des merveilles, d’autres des tenues du Lido, le célèbre cabaret parisien. Les magnifiques coiffes brésiliennes, sophistiquées et inventives, s’élancent dans le ciel et éblouissent les regards. Les participants du village de Buenavista del Norte ont jeté leur dévolu sur des nuances de bleu clair. Les plumes et les paillettes blanches de leur costume rivalisent de beauté avec celles des Folies Bergère. La reine du Carnaval apparaît devant un grand éventail circulaire de plumes pourpre. Son ample couronne, superbement décorée de fruits, laisse apparaître un diadème argenté surmonté de roseaux noir et vert. Les derviches tourneuses masquées, en robe à cerceaux, blanches et brodées, une coiffe blanche serrée dans un ruban coloré sur la tête, semblent glisser sur le sol. Une garnison, avec canons et tambours, aux uniformes colorés, fanfaronne avec panache et défile avec la « Murga » [groupe de musique] d’Icod de los Vinos, appelée « Ni Pa Tanto ». Les minutes s’envolent dans la gaieté. Les costumes géniaux et les coiffes mirobolantes, rouge, blanc et noir de mon groupe préféré s’inspirent des pièces de l’échiquier d’Alice de l’autre côté du miroir. Dans une vision onirique, le Roi Rouge et la Reine Rouge progressent en dansant. Les tours et autres pièces d’une partie d’échecs se promènent deux par deux selon leur inspiration. Tels des épouvantails à oiseaux, des familles en paille jaune succèdent aux trublions de la partie d’échecs endiablée. L'attachant couple de planteurs créoles apparaît une seconde fois devant un groupe d’homme-papillon aux ailes multicolores. La reine des enfants, à la coiffe ornée de roses violettes et incarnates, radieuse dans sa robe aux quatre volants colorés, a pris place à l’avant d’un char mirifique, devant la reine des cygnes auréolée d’un éventail de mille lames aux nuances de rose. Des danseurs et des danseuses tribaux ondulent sous des coiffes d’envergure d’une étonnante diversité. Un travesti à l’opulente poitrine rose vient charrier Patrick sur sa chaise. Un groupe de personnages, tous déguisés en Blanche-Neige, se réunit devant l’objectif d’un photographe professionnel. Un homme âgé qui lit le journal et sa compagne qui tricote, une couverture sur leur genoux pour avoir chaud, déambulent dans leur fauteuil respectif dans une vision charmante, désuète et insolite. Le défilé, qui semble sans fin, se poursuit sous les acclamations et les applaudissements du public. Sur un autre char, un arc-en-ciel rayonne sur une princesse assise sur un trône en nénuphars blancs ourlés de bleu. D’autres chapeliers fous, au chapeau et à la longue cravate jaunes parsemés de pois colorés, aux hauts-de-chausses bordeaux, se regroupent pour une photo professionnelle. Des Indiens avec leur coiffe à plumes colorées sont aussi de la partie. Des boucaniers, des danseuses du ventre, des bandits, des plongeurs en combinaison bleue décorée de petits poissons, des personnes dans des mugs blancs géants, des vikings, d’autres chars et personnages variés rivalisant d’originalité, se succèdent devant l’œil dont l’attention commence à diminuer après presque deux heures d’un cortège ininterrompu. Les confettis recouvrent la chaussée. Un marié barbu en longue robe blanche fait sourire sur son passage. J’ai parfois l’impression que tous les citadins, grimés avec art et fantaisie, se sont donné rendez-vous sur le corso carnavalesque. L’art de la fête semble atteindre son apogée en Espagne. Le Français, souvent grincheux, ferait mieux de faire la fête plus souvent, cela lui éviterait de se plaindre et d’agir contre son intérêt et l’intérêt de tous. La dame à ma gauche, venue avec son mari et son petit-fils, commence à papillonner des yeux. Le jour décline et les réverbères s’allument. Les derniers nuages s’auréolent de feu au soleil couchant. La température se rafraîchit. Les derniers jets de confettis sont lancés dans le ciel devenu bleu. Une dame passe avec son chien déguisé dans ses bras. Les dix-neuf heures trente s’étonnent de la longueur du défilé. Nous nous levons pour aller à la rencontre des derniers chars dont un à la musique tonitruante. Nous retournons chez nous en contournant la chapelle pour éviter le bruit assourdissant des basses. Les presque quatre cents photos sont chargées sur les ordinateurs avant le repas.

            Après le dîner, similaire à celui d’hier, je retrouve Sophie. Sa mère Marianne meurt de maladie sous le poids de la culpabilité, de la honte et de l’autopunition. La saison trois de « Please like me » se termine. La suivante commence. Dans les deux épisodes regardés, un repas de Noël en famille et entre amis… et un repas similaire chez les parents d’Arnold, tournent aux « Règlements de comptes à OK Corral »…



























































                               Second appareil photo :




































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