lundi 4 mars 2019

San Cristóbal de La Laguna…


     Vers sept heures trente, depuis le balcon, Patrick prend en photo les trois palmiers. Des rubans du carnaval, envolés hier dans le ciel, restés accrochés aux feuilles des deux arbres de droite, ondulent au vent. Lors du petit déjeuner, les oléagineux sont remplacés par un gros croissant en forme de crabe fraîchement acheté par Patrick à la boulangerie en tout début de matinée. Lors du yoga des yeux sur le balcon, je constate que toutes traces du carnaval d’hier ont disparu sur l’avenue en bas de la rue. Les confettis semblent n’avoir jamais existé. Quelle organisation impressionnante ! Hier soir, Patrick avait vu disparaitre les chaises pliantes comme par enchantement. Le soleil et les nuées blanches jouent à cache-cache. Les neuf heures trente passent. Je reprends la relecture du récit de la journée d’avant-hier.

            Nous partons à midi dix. Les bagages sont déposés dans le coffre de la voiture garée juste devant chez nous avant-hier, grâce à la chance. La route TF 5 nous emmène à notre destination. Nous arrivons à treize heures à San Cristóbal de la Laguna. La voiture est stationnée sur la calle Lope de Guerra, à une courte distance de la mairie. Nous cheminons sur la calle Obispo Rey Redondo pour joindre le restaurant « Mel - comida rápida vegana ». En chemin, nous entrons à l’office du tourisme situé dans la charmante cour intérieure d’une maison coloniale. Une véranda sur des colonnes, partiellement fermée en loggia, répartie sur les quatre côtés de l’étage supérieur, surplombe la cour agrémentée d’un bassin central entouré de végétation. Nous emportons un plan du centre-ville. Parvenus sur la plaza de la Concepción, où un camion rouge et blanc affiche les mots « Donación de sangre» [Don du sang], nous constatons que le restaurant, repéré sur Internet, est fermé pour des raisons techniques. La tour de l’église « Nuestra Señora de la Concepción » d’inspiration toscane, construite en 1511, édifiée sur six paliers, surmontée d’un belvédère octogonal, captive les regards au bout de la rue. Un Starbucks coffee dévoile sa façade qui me rappelle celle de Puerto de la Cruz, en plus dépouillée. Nous déjeunons finalement en terrasse au restaurant « Rincón Lagunero », sur la calle Herradores. Fernando, un papy, s’occupe efficacement du service. Nous optons pour une part de tortilla traditionnelle, pour des « papas arrugadas con mojos » et pour deux woks de verdura. Un guitariste, coiffé d’un chapeau marron clair, joue au coin de la rue devant un commerce à la façade vert citron. Fernando apporte une manzanilla et une eau gazeuse Firgas dont le premier litre fut embouteillée le jeudi 7 août 1930 à l'intérieur du parc rural de Doramas, une réserve naturelle protégée située à Firgas, sur l'île de Grande Canarie. Le couvercle hermétique de la tasse à thé en porcelaine gris-bleu me permet de garder l’infusion chaude durant le repas. L’omelette aux pommes de terre, apportée en premier, se révèle baveuse et délicate au goût. Les papas suivent. Nous les apprécions avec les « mojos » à volonté, apportées dans la foulée par Fernando. Le musicien plie bagage pour s’installer autre part. Il passe devant les tables avec son chapeau pour recevoir quelque gratification. Je le rattrape pour lui donner une belle poignée de maravédis. Les woks de légumes, servis dans une assiette blanche carrée décorée de poudre de paprika, s’annoncent savoureux. Le ciel est bleu et le soleil brille. Durant le repas, la table à notre droite change trois fois de convives. Les premiers couples sirotent des bières. À la fin du repas, en revenant des toilettes, Patrick m’invite à aller découvrir le présentoir à dessert. Nous décidons d’opter pour deux douceurs au chocolat, servies avec de la chantilly. Depuis notre arrivée sur l’île, c’est la première fois que nous dégustons un dessert lors du déjeuner. Les bouchées de gâteau chatouillent agréablement les papilles ; je termine la camomille avec les dernières. Les troisièmes occupants de la table voisine se révèlent être deux mamans et leur bébé, accompagnés d’une mamy. Depuis sa poussette, le bébé le plus près de moi me regarde à différentes reprises et me gratifie de son beau sourire. Sa maman finit par s’étonner et suit son regard. Nous quittons le restaurant un peu avant quinze heures. Je fais un signe au bébé qui me sourit, tout comme sa maman.

            Nous allons nous promener alentour. Sur la plaza del Doctor Olivera, je m’approche du buste de José Rodríguez Moure dont les traits du visage avenant sont fins et lisses. Premier chroniqueur officiel de La Laguna, presbítero [prêtre], juriste et historien, il parvint durant sa vie à rassembler une importante collection de documents sur les îles Canaries. Au bout de la place, sur un des « muros libres » [murs libres] de la ville, peint en jaune, nous admirons une fresque de science-fiction signée Basuravisual. La réalisation peinte s’apparente à un séduisant Léviathan mécanique articulé. L’œuvre semble avoir été réalisée en 2019. Nous contournons l’église. Nous marchons sur la calle San Agustín, nous admirons les façades des demeures colorées. Nous atteignons la plaza Junta Suprema où la casa « Las Araucarias » dévoile ses charmes après la présence d’un beau drago élancé dans le ciel. La villa, devenue prisonnière d’une enceinte grillagée, semble maintenant à l’étroit. La fontaine surplombée d’un angelot qui tient par le cou un cygne au regard tourné vers le ciel, les rampes d’accès circulaires en miroir accédant à l’entrée surélevée pourvue d’une véranda, les deux grandes jacobines en façade aux extrémités de la toiture aux tuiles fatiguées, les deux grands arbres feuillus envahissants qui ont oublié de s’arrêter de grandir, les ensembles floraux et la végétation luxuriante restreinte, confèrent une beauté surannée à la propriété d'une autre époque.

        Plus bas, en revenant sur nos pas, nous découvrons l’église « San Agustín » dont le parvis baigne dans la végétation arborée aux divers palmiers exubérants. Soudain, au travers d’une étroite fenêtre haute au centre d’une arche, une vision fantastique s’offre aux regards. Le couvent, à la toiture évanouie qui a cessé d’exister, s’étonne chaque jour de voir que son ancien lieu de vie à ciel ouvert est devenu une immense salle vide, ravagée par l’usure du temps et par les intempéries, dont les arches et les colonnes élancées se demandent combien de temps elles vont résister au délabrement dont elles sont victimes. Le contraste du ciel entièrement bleu sur les ruines béantes, dont les derniers pavés résistent à la nature qui reprend ses droits, accentue le côté presque irréel de cette apparition subite et inattendue au centre-ville. Depuis la rue, les  fenêtres vides cintrées en haut du mur d’enceinte béent dans la lumière en laissant transparaître le ciel bleu.

            Plus bas sur la rue, nous entrons dans le jardin intérieur de la Casa Salazar. Aujourd’hui propriété du diocèse de La Laguna, le palais de style baroque fut édifié au début des années 1630 par Cristóbal Salazar de Frias qui arriva à Tenerife à la fin du seizième siècle. Plus avant, une prose écrite à la main en espagnol en lettres majuscules sur un mur ocre jaune commence par les mots : « Ama sin que importe el desorden » [Aime peu importe le désordre]. Nous atteignons la plaza del Adelantado, proche de la mairie, plantée d’arbres et agrémentée de bancs. La fontaine centrale en marbre fut commandée à Marseille et fabriquée en Italie. Elle quitta le sol français le samedi 20 mars 1869 à bord du navire « Marie Honoré ». Je lis sur un grand trépied que Andrés Calamaro, un musicien, compositeur, interprète et producteur argentin, né à Buenos Aires, considéré comme l’un des plus grands artistes du rock argentin, se produira au « Pabellón Santiago Martín » le samedi 25 mai 19. Nous traversons la place pour rejoindre la voiture garée à côté de la poste centrale dont la petite esplanade présente une œuvre futuriste et un buste de Luis Álvarez Cruz. Nous montons en voiture après quinze heures trente. Je prends le volant.

            À l’entrée de Santa Cruz, Patrick me guide avec le GPS jusqu’à notre destination. À seize heures, la voiture est garée dans le parking souterrain Mencey. L’Iberostar Grand Hotel Mencey se situe à quelques pas le long de la calle Doctor José Naveiras. Nous attendons devant la réception, les trois employés étant tous occupés à procéder à l’enregistrement des clients arrivés avant nous. Un monsieur entre deux âges nous fait signe et nous attribue la suite 321, toutes les chambres de l’hôtel étant occupées. Lors du règlement par carte, il inverse les chiffres par mégarde et recommence avec le sourire quand nous lui en faisons la remarque. La suite, dont l’appellation est usurpée, située au troisième étage, donne sur la cour intérieure, séduisante avec ses terrasses, ses balcons et sa végétation arborée. Nous nous installons. Nous sortons à dix-sept heures pour une promenade au centre-ville. Nous traversons le parc García Sanabria, parcouru précédemment. Plus avant, nous cheminons  devant un café temporaire Coca-Cola installé sur un trottoir pour le carnaval où la clientèle du moment est déguisée. Nous atteignons la plaza de España. Nous nous installons à la terrasse ensoleillée du café-restaurant « Meson Brasil ». Trois dames élégantes et coquettes passent leur commande à une table voisine. L’une d’elles porte un chapeau rose assorti à la couleur de son corsage. Nous profitons juste des rayons solaires car les thés sont absents de l’offre. Pour nous désaltérer, nous allons dans un salon de thé repéré en chemin sur la calle el Pilar. Nous entrons à dix-sept heures trente à boulangerie pâtisserie artisanale "El Puertorealeño". Un thé noir et une manzanilla sont sirotés. Je commande une seconde camomille, la tasse étant petite. Je photographie sur le comptoir la page de couverture du journal « Diario de Avisos » qui titre sur le carnaval avec une photo de celui de l’an passé. Nous emportons pour le dîner un gros croissant pour Patrick et un palmier géant chocolat noix de coco pour moi. À l’entrée du parc Sanabria, devant la grande horloge fleurie, un groupe d’enfants déguisés pour le carnaval se disloque après la prise d’une photo par un professionnel. Les capes en nuances de bleu présentent un fond sous-marin décoré de poissons. Un gros crabe orange sert de ceinture aux pantalons dont les jambes ressemblent à des hippocampes. Les chapeaux portent une étoile de mer, une grosse perle de culture, un poulpe et des tresses d’algues. Que de créativité !
            

           Nous sommes de retour à l’hôtel après dix-huit heures. J’œuvre sur l’ordinateur. Nous prenons un bain dans la grande baignoire blanche rectangulaire. J’actionne le système à remous. L’eau bouillonne grâce à une turbine qui souffle l’air prélevé dans la pièce. Le massage à air m’offre détente et relaxation. Nous dînons dans la chambre. Prévoyant, Patrick a emporté deux pommes et des bananes. Les fruits accompagnent les douceurs. Durant la soirée, je continue la narration de la journée d’hier. Morphée nous accueille pour la nuit…

























































                                 Second appareil photo :













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