Le
souvenir prégnant d’un rêve plaisant embellit le lever à sept heures… allongé paisiblement sur l’herbe, les yeux
baignés de ciel bleu, une biche vient s’étendre à côté de moi. De temps à
autre, elle caresse le bout de mon nez avec sa langue. Dans un autre rêve… je croise mon cousin Michel accompagné de sa
femme Nathalie… Lors de ma présence sur le balcon, le soleil brille dans le
ciel bleu. Les cloches de la chapelle retentissent à neuf heures trente pour la
messe. Les dix heures quinze passent quand je m’installe devant l’ordinateur.
Patrick effectue une lessive. Je sirote du jus de pomme dans la matinée.
À
treize heures, nous sommes devant chez « El Mortero » sur la calle San
Sebastián. Contre toute attente, le restaurant est fermé malgré un avis
contraire sur Google. Nous marchons plus avant et nous arrivons au restaurant
la « Casa de comidas La Parada » sur la rambla Pérez del Cristo, situé en
contrebas de la plaza Andrés de Lorenzo Cáceres. Lors d’un précédent regard sur
le menu apposé à l’extérieur, la liste des mets affichés après celle des
desserts nous avait échappé. Des plats végétariens se dévoilent à nos yeux
agréablement surpris. Un serveur nous attribue une table réservée sur la
terrasse, protégée par un store orangé incliné, alignée sur une estrade au bord
de la chaussée. Un autre clin d’œil de la chance. Nous optons pour des «
croquetas variadas », des « berenjenas rebozada con miel de Palma », des «
champiñones al ajillo » et des « papas arrugadas con mojos canarios ». Les trois
serveurs et la serveuse s’occupent indifféremment des tables qui sont toutes
occupées. Une fanfare se laisse entendre sur la place Andrés. Les mets sont
servis les uns après les autres sous le regard attentif d’un séduisant grand et
jeune garçon brun. Les croquettes variées, créées en cuisine avec des
ingrédients ignorés, arrivent en premier. L’eau gazeuse Fonteide, celle bue par
Patrick chez nous, provient d'une source naturelle souterraine résultant de la
précipitation d'eau et de neige sur les sols volcaniques du volcan Teide. Les
morceaux d’aubergines panés dans du miel de l’île de La Palma arrivent en
second. La saveur sucrée salée des bouchées moelleuses enchante les papilles.
Un couple francophone déjeune à la table voisine. Les nuages font régulièrement
écran aux rayons solaires. Toutefois, la clarté du soleil s’intensifie. Les
champignons à l’ail, servis dans un poêlon en fonte, s’avèrent délicieux. Les
pommes de terre ridées avec les sauces rouge et verte sont servies en dernier.
Nous nous régalons avec ce petit festin qui me rappelle les menus princiers que
Thérèse et moi concoctions dans notre prime jeunesse.
À
la fin du repas, nous sommes étonnés de voir sur la « cuenta » [l’addition] que
le plat d’aubergines a été tarifé à moitié prix, probablement devant le nombre
de mets choisis. Nous avons constaté à plusieurs reprises dans les restaurants
canariens ce côté attentif et empathique des serveurs. La camomille et l’eau gazeuse
reviennent chacune à un euro, trois fois moins cher qu’à la playa de las
Americas ; les plaisirs de la table pour une vingtaine d’euros. Contents, nous
quittons « La Parada » après une petite heure de gastronomie
typiquement canarienne. Nous marchons sur la place qui surplombe le restaurant.
Je prends des photos de la terrasse et de la façade aux nuances ocre jaune.
Nous contournons l’église San Marcos. Vers la pergola, un jeune couple
s’embrasse avec passion. Le garçon en short, amputé, montre une prothèse à la
place de sa jambe gauche. Une vision saisissante compensée par la flamme des
deux amoureux. Je pense à Viktoria Modesta, mannequin et popstar, amputée de la
jambe gauche également, qui vit pleinement sa vie de star. Nous rejoignons la
rue en contrebas où nous regardons une seconde fois la carte du restaurant
Carmen, où les végétariens sont vraiment oubliés. Patrick voit au début de la
calle Hércules que la « Casa del Plátano » est ouverte aujourd’hui. Nous
décidons de la visiter.
Estefania
nous accueille. La jeune femme agréablement potelée, au visage rond chaussé de
lunettes aux verres légèrement teintés, se montre souriante et enjouée. Nous
sommes tout de suite à l’aise et désireux de découvrir la petite plantation de
bananes. Nous acquittons les dix euros pour les deux entrées. Une citation sur
le bananier de Thomas Nichols, né à Gloucester en 1532, établi à l’âge de
vingt-cinq ans à Tenerife durant sept années où il fut le représentant commercial
de trois marchands londoniens, occupe tout le haut du mur derrière la caisse.
Elle peut se traduire par : « Cet
arbre, qui n’est pas un arbre, qui n’a pas de bois, s’élève vers le ciel avec
des feuilles extrêmement épaisses pour produire des fruits qu’une seule fois
avant de mourir. [La récolte par section du tronc entraînant la mort de la
plante] ». Nous pénétrons dans le petit univers de la banane de cette ancienne hacienda.
Tout un pan de mur offre aux regards de séduisantes réclames sur les bananes
des îles canaries. Divers panneaux présentent des informations sur la banane,
ses étapes de maturation et ses nombreuses propriétés. La banane participe
notamment au contrôle du sucre dans le sang, booste le système immunitaire,
stimule les reins, régule le transit intestinal, protège le cœur, les muqueuses
gastriques et les yeux. Nous apprenons que les quatre-vingt-quinze pour cent de
la production canarienne sont exportés sur la péninsule ibérique, les cinq pour
cent restants étant consommés dans les îles Canaries. Au regard des sols
escarpés des îles, les quatre cinquièmes des plantations couvrent plus ou moins
un hectare. De ce fait, plus de huit mille petits producteurs assurent la
quasi-totalité de la production des bananes, avec beaucoup de travail manuel.
Comme nous l’avions compris lors de la découverte du « Levator de la Gordejuela
», l’eau est primordiale pour la croissance des plants de bananes. En hiver
chaque plant absorbe quinze litres d’eau par jour, contre vingt litres en été.
Nous
descendons des escaliers, par deux fois, pour nous immerger dans la plantation.
Nombre de régimes de bananes, dont certains en formation, chavirent mon regard.
Je suis émerveillé par cette abondance de nourriture. La récolte du régime, qui
comporte entre deux et trois cents bananes, se fait avant maturité complète car
une récolte tardive transformerait l’amidon en sucre et ferait éclater le
fruit. Des oiseaux du paradis signalent leur séduisante présence. Les oiseaux gazouillent
à cœur joie. Des plants de bananes rouges, plus petites et plus sucrées, font
partie des diverses variétés cultivées dans la Casa dont la « Topocho enano »,
plus épaisse, qui se mange uniquement après cuisson. Nous nous promenons dans
les allées sous un ciel de feuilles de bananiers. Au bas des plants en
mûrissement, nous voyons les spathes violacées des inflorescences qui donnent
naissance chacune à deux rangées de fleurs lesquelles se transformeront en
fruits.
Après
un vagabondage dans cet univers fabuleux, nous allons visiter le musée. Une
musique douce accompagne nos pas. Des photos se dévoilent sur le « Canary wharf
», évoqué dans la page du 17 janvier, et sur l’emballage des bananes dans la
première moitié du siècle passé, dont une où des caisses en bois contenant les fruits
sont destinées au marché de Covent Garden à Londres. Une ancienne vue de Garachico montre d'impressionnantes plantations de bananes en terrasse, aujourd'hui bien moins nombreuses. La reconstitution du
bureau d’un marchand au début du siècle passé nous offre d’admirer une ancienne
machine à écrire Underwood parmi nombre d’artefacts dont un ancien téléphone
mural, un vieux transistor qui me rappelle celui de ma grand-mère Olympe, et un
coffre-fort en bois de la fabrique Matths Gruber à Bilbao.
Après
plus d’une heure sur le site, nous retrouvons notre hôtesse qui nous offre deux
bananes de la Casa. Nous achetons un pot de marmelade à la banane, nous saluons
Estefania qui nous gratifie de quelques mots en français lors du paiement et
nous retournons chez nous en flânant. Un retrait d’espèces est effectué au
distributeur de « notre » banque à Icod. À l’angle de notre rue, un employé balaie
le trottoir ; nous sommes pourtant dimanche. Les seize heures approchent
quand nous entrons dans l’appartement. Je m’installe devant l’ordinateur. La
pause-détente m’offre de renouer avec le cacao au lait de riz noisette. Nous
nous partageons une barre de chocolat noir Tirma. Un peu avant dix-huit heures
trente, j’achète sur Internet deux billets pour le spectacle « Cuentos en la
noche de San Juan ». La narration de la journée d’hier se termine avant le dîner.
Après la pomme, je croque un morceau de « pan datiles Tunecinos 90% y nueces »
[dattes et noix] fabriqué par la société Paiarrop, située sur la calle Federico
García Lorca à L'Alcúdia, une commune de la province de València.
Une
fois installé au salon à côté de Patrick, je commence sur le kindle la lecture
du livre « Un chemin de rocailles » de Marie de Palet. Lozérienne de racines et
de cœur, Marie raconte sa province d'origine où elle dévoile sa connaissance
intime du monde paysan d'autrefois. Quand nous rejoignons la série « The good
place », nous assistons aux tractations quelque peu déjantées de Michael avec
Eleanor, Chidi, Tahani et Jason. Suite à une prise de conscience provoquée par
Chidi, Michael subit une crise existentielle où la pensée de la mort le
paralyse…

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