La pluie tombe durant la nuit. Les rites
matinaux et le petit déjeuner se succèdent. Lors du yoga des yeux sur le
balcon, la pluie tombe généreusement. L’océan a disparu sous la brume. La
végétation s’ébouriffe sous la profusion de gouttes d’eau. Les dix heures
passent quand je m’installe devant l’ordinateur. Nietzsche parle de la force du
rêve. Je réponds au sms de Monique. Patrick écrit sur l’un de ses blogs : « Délivre-toi de ton ombre, la réalité est
infinie ». Je consulte les blogs de Patrick. Je reprends la narration de la
journée d’avant-hier. Du jus de pomme est siroté. La narration de jeudi se
termine.
Après
midi trente, nous sortons effectuer des courses, munis pour la première fois
des deux parapluies achetés chez Al Campo, au cas où il pleuvrait à nouveau. Des
courses sont effectuées chez Dino. Maria, à la caisse, bavarde avec le client
suivant pendant que je cherche l’appoint en monnaie. Un pain intégral à quarante
et un centimes d’euro est acheté à la boulangerie à quelques pas. Les nuages se
dissipent et le bleu du ciel apparaît dans les trouées. Sur le trajet retour,
nous retrouvons les trois dames qui papotaient plaisamment à l’aller ; un
bavardage de plus d’une demi-heure qui semble se terminer, car une des dames
pousse la porte de son domicile. Nous effectuons des emplettes chez Monsieur
Virce qui récidive avec une ristourne au travers de la monnaie. L’homme se montre
vraiment charmant. Les tamarillos devraient être en rayon la semaine prochaine.
Nous
déjeunons chez nous. Je tartine le pain avec du « mantequilla »
[beurre] des Asturies, à la texture lisse et crémeuse, produit par la « Central
lechera asturiana » qui existe depuis plus d’un demi-siècle. La saveur est
unique. L’avocat de Virce se révèle mûr à cœur alors que ceux de Dino sont
verts et durs comme des cailloux. Le « queso ahumado » [fromage fumé] El Faro,
produit sur l’île de Lanzarote, révèle une saveur prononcée. Des rondelles de
courgette, des champignons émincés, de l’houmous aux poivrons rouges et
jalapeños de la marque Orexis, des tamarillos et des chips s’invitent aussi sur
la table.
Les
quatorze heures passent quand j’allume l’ordinateur. La page de jeudi est
actualisée sur le blog à seize heures dix. Patrick se détend avec le troisième
épisode de la série « Black mirror », le casque sur les oreilles. Je commence
la narration de notre retour à Tenerife. Lors de la pause-détente, je teste un
cacao au lait de riz amande Yosoy. La saveur insipide, fade, voire écœurante
m’étonne et m’encourage à jeter le restant de la brique de lait végétal. Nous
sortons pour une promenade. Nous prenons la direction du centre. Une affiche
propose de voir à Icod le spectacle « Cuentos en la noche de San Juan » écrit et
réalisé par le dramaturge grand canarien Ramón Rodríguez. Cette comédie entame
une tournée des îles Canaries. Plus avant sur la rue, des pots de fleurs rouges
accrochés en carré sur un mur peint en blanc, soulignés du nom d’îles des
Canaries, sont photographiés par des passants. Nous nous arrêtons pour lire les
noms écrits en blanc sur des plaquettes de bois marron clair. Sur la calle San
Sebastián, chez Lekkery, à dix-huit heures, nous achetons deux sablés aux
amandes et un petit sablé inconnu.
Nos
pas nous conduisent sur la Plaza Andrés de Lorenzo Cáceres où nous apprécions
de flâner. Un jeune couple se conte fleurette sur un banc. Les nuages cachent
le volcan Teide. De son côté, l’océan profite du ciel bleu. À l’horizon, une
caravane de nuées blanches moutonneuses vagabonde en apesanteur au-dessus des
flots bleutés. Sur l’esplanade derrière l’église, deux jeunes filles discutent
sur une volée de marches de l’édifice. Je prends une photo où je vois Patrick
qui approche de la pergola. Autre part sur la place, j’admire un pandanus dans
son massif de verdure empierré cerclé d’une barrière en fer. Nous revenons sur
nos pas. À côté de la pâtisserie Lekkery, chez Ale-Hop, nos regards sont
attirés par de petits chats en porcelaine blanche à la queue colorée exposés dans
la vitrine éclairée. Nous entrons. Il s’agit de petites tirelires à six euros
l’unité. Nous restons pour une visite car le magasin s’apparente à une caverne
d’Ali Baba d’articles séduisants, pour la plupart sans réelle utilité. Patrick
achète un petit calepin à trois euros avec les mots « All we need is love »
écrits dans un cœur rouge sur la couverture gris clair nuagé ; posés sur une
feuille, deux oiseaux noirs s’embrassent du bec à la base du cœur. Après ces
instants récréatifs où acheter ressemble à un plaisir ludique, nous allons
effectuer quelques emplettes chez Alteza sur la calle de Key Muñoz. Un break
Seat Cordoba Vario bordeaux est arrêté au milieu de la chaussée, la porte du
passager grand ouvert. Une certaine insouciance s’empare parfois des citadins
qui sont très tolérants les uns envers les autres. Cette situation serait
inconcevable à Annemasse. Maria José nous accueille à la caisse à dix-huit
heures quarante. Nous glissons les pièces dans la fente appropriée et le billet
de vingt euros est avalé par l’un des étroits tapis roulants sous l’écran d’ordinateur
de la caisse. La monnaie et d’éventuels billets sont rendus par les deux
machines. Un système pratique où l’argent devient indisponible pour un éventuel
vil coquin. Nous revenons tranquillement chez nous, nous saluons les trois
palmiers familiers qui regardent venir la nuit tombante.
J’œuvre
sur l’ordinateur avant le diner. Durant le repas, Patrick parle de la sortie
prochaine du livre « Sodoma ». L’auteur, Frédéric Martel,
s’apprête à publier une enquête de terrain sur l’homosexualité des prêtres,
évêques et cardinaux au Vatican. L’enquête, étalée sur plus de quatre ans, a
conduit l’écrivain à voyager dans plus de trente pays. Le sablé aux amandes est savouré avec un
smoothie banane et figues des îles hydratées. La lecture et la suite
du voyage dans un univers parallèle sur le vaisseau Star Trek Discovery
participent à la détente de la soirée. Patrick envoie ensuite sur l’iPad une
réponse à un tweet homophobe d’un certain Marc, catholique intégriste, dont les
propos reflètent un conditionnement sectaire et borné. Morphée nous accueille
pour la nuit sans se préoccuper de nos croyances…
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