samedi 16 février 2019

All we need is love…


      La pluie tombe durant la nuit. Les rites matinaux et le petit déjeuner se succèdent. Lors du yoga des yeux sur le balcon, la pluie tombe généreusement. L’océan a disparu sous la brume. La végétation s’ébouriffe sous la profusion de gouttes d’eau. Les dix heures passent quand je m’installe devant l’ordinateur. Nietzsche parle de la force du rêve. Je réponds au sms de Monique. Patrick écrit sur l’un de ses blogs : « Délivre-toi de ton ombre, la réalité est infinie ». Je consulte les blogs de Patrick. Je reprends la narration de la journée d’avant-hier. Du jus de pomme est siroté. La narration de jeudi se termine.

            Après midi trente, nous sortons effectuer des courses, munis pour la première fois des deux parapluies achetés chez Al Campo, au cas où il pleuvrait à nouveau. Des courses sont effectuées chez Dino. Maria, à la caisse, bavarde avec le client suivant pendant que je cherche l’appoint en monnaie. Un pain intégral à quarante et un centimes d’euro est acheté à la boulangerie à quelques pas. Les nuages se dissipent et le bleu du ciel apparaît dans les trouées. Sur le trajet retour, nous retrouvons les trois dames qui papotaient plaisamment à l’aller ; un bavardage de plus d’une demi-heure qui semble se terminer, car une des dames pousse la porte de son domicile. Nous effectuons des emplettes chez Monsieur Virce qui récidive avec une ristourne au travers de la monnaie. L’homme se montre vraiment charmant. Les tamarillos devraient être en rayon la semaine prochaine.

            Nous déjeunons chez nous. Je tartine le pain avec du « mantequilla » [beurre] des Asturies, à la texture lisse et crémeuse, produit par la « Central lechera asturiana » qui existe depuis plus d’un demi-siècle. La saveur est unique. L’avocat de Virce se révèle mûr à cœur alors que ceux de Dino sont verts et durs comme des cailloux. Le « queso ahumado » [fromage fumé] El Faro, produit sur l’île de Lanzarote, révèle une saveur prononcée. Des rondelles de courgette, des champignons émincés, de l’houmous aux poivrons rouges et jalapeños de la marque Orexis, des tamarillos et des chips s’invitent aussi sur la table.

            Les quatorze heures passent quand j’allume l’ordinateur. La page de jeudi est actualisée sur le blog à seize heures dix. Patrick se détend avec le troisième épisode de la série « Black mirror », le casque sur les oreilles. Je commence la narration de notre retour à Tenerife. Lors de la pause-détente, je teste un cacao au lait de riz amande Yosoy. La saveur insipide, fade, voire écœurante m’étonne et m’encourage à jeter le restant de la brique de lait végétal. Nous sortons pour une promenade. Nous prenons la direction du centre. Une affiche propose de voir à Icod le spectacle « Cuentos en la noche de San Juan » écrit et réalisé par le dramaturge grand canarien Ramón Rodríguez. Cette comédie entame une tournée des îles Canaries. Plus avant sur la rue, des pots de fleurs rouges accrochés en carré sur un mur peint en blanc, soulignés du nom d’îles des Canaries, sont photographiés par des passants. Nous nous arrêtons pour lire les noms écrits en blanc sur des plaquettes de bois marron clair. Sur la calle San Sebastián, chez Lekkery, à dix-huit heures, nous achetons deux sablés aux amandes et un petit sablé inconnu.

            Nos pas nous conduisent sur la Plaza Andrés de Lorenzo Cáceres où nous apprécions de flâner. Un jeune couple se conte fleurette sur un banc. Les nuages cachent le volcan Teide. De son côté, l’océan profite du ciel bleu. À l’horizon, une caravane de nuées blanches moutonneuses vagabonde en apesanteur au-dessus des flots bleutés. Sur l’esplanade derrière l’église, deux jeunes filles discutent sur une volée de marches de l’édifice. Je prends une photo où je vois Patrick qui approche de la pergola. Autre part sur la place, j’admire un pandanus dans son massif de verdure empierré cerclé d’une barrière en fer. Nous revenons sur nos pas. À côté de la pâtisserie Lekkery, chez Ale-Hop, nos regards sont attirés par de petits chats en porcelaine blanche à la queue colorée exposés dans la vitrine éclairée. Nous entrons. Il s’agit de petites tirelires à six euros l’unité. Nous restons pour une visite car le magasin s’apparente à une caverne d’Ali Baba d’articles séduisants, pour la plupart sans réelle utilité. Patrick achète un petit calepin à trois euros avec les mots « All we need is love » écrits dans un cœur rouge sur la couverture gris clair nuagé ; posés sur une feuille, deux oiseaux noirs s’embrassent du bec à la base du cœur. Après ces instants récréatifs où acheter ressemble à un plaisir ludique, nous allons effectuer quelques emplettes chez Alteza sur la calle de Key Muñoz. Un break Seat Cordoba Vario bordeaux est arrêté au milieu de la chaussée, la porte du passager grand ouvert. Une certaine insouciance s’empare parfois des citadins qui sont très tolérants les uns envers les autres. Cette situation serait inconcevable à Annemasse. Maria José nous accueille à la caisse à dix-huit heures quarante. Nous glissons les pièces dans la fente appropriée et le billet de vingt euros est avalé par l’un des étroits tapis roulants sous l’écran d’ordinateur de la caisse. La monnaie et d’éventuels billets sont rendus par les deux machines. Un système pratique où l’argent devient indisponible pour un éventuel vil coquin. Nous revenons tranquillement chez nous, nous saluons les trois palmiers familiers qui regardent venir la nuit tombante.

            J’œuvre sur l’ordinateur avant le diner. Durant le repas, Patrick parle de la sortie prochaine du livre « Sodoma ». L’auteur, Frédéric Martel, s’apprête à publier une enquête de terrain sur l’homosexualité des prêtres, évêques et cardinaux au Vatican. L’enquête, étalée sur plus de quatre ans, a conduit l’écrivain à voyager dans plus de trente pays. Le sablé aux amandes est savouré avec un smoothie banane et figues des îles hydratées. La lecture et la suite du voyage dans un univers parallèle sur le vaisseau Star Trek Discovery participent à la détente de la soirée. Patrick envoie ensuite sur l’iPad une réponse à un tweet homophobe d’un certain Marc, catholique intégriste, dont les propos reflètent un conditionnement sectaire et borné. Morphée nous accueille pour la nuit sans se préoccuper de nos croyances…

















 

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