Daniel,
Immaculée et Patrick participent avec moi à l’animation des rêves... Le petit
déjeuner, le yoga des yeux sur le balcon, la salutation au soleil qui brille
dans le ciel bleu et quelques préparatifs se succèdent. Nous quittons l’appartement
à dix heures pour une petite virée. Patrick s’installe au volant et nous
prenons la direction de Santa Cruz où nous arrivons au port des voyageurs une
heure plus tard. À l’accueil de la compagnie Armas, nous montrons l’écran de
l’iPad à un jeune homme pour les références de l’achat effectué sur Internet.
Il imprime les billets aller/retour pour l’île de la Grande Canarie. La voiture
est placée dans la rangée de stationnement numéro deux. Nous attendons le
départ du ferry « Volcan de Teno » en marchant autour du bâtiment de l’accueil,
aux abords décorés de massifs de cactus. La toiture plate déborde pour ombrager
une sorte de véranda équipée de bancs qui donne sur les rochers au bord de
l’eau. Je prends des photos du ferry dont les portes basculantes de la poupe
sont ouvertes, prêtes à laisser entrer les véhicules. La plaza de España se
situe à environ trois cents mètres des docks à vol d’oiseau, à pied c’est une
autre histoire, il fait parcourir environ trois kilomètres pour contourner le
réseau routier. Patrick prend des photos des habitations « accrochées » aux
coteaux de la ville.
Nous
embarquons avec la voiture à midi vingt. Un demi-tour est effectué dans la cale
pour positionner les véhicules prêts au départ pour le débarquement à Las
Palmas de Gran Canaria. Nous montons au pont supérieur par un escalier. Au bord
des vitrages, nous déposons nos affaires sur deux sièges en vis-à-vis équipés
d’une petite table ronde. Nous allons ensuite explorer le bateau pour déjeuner.
Dans l’un des deux comptoirs, nous commandons à une charmante hôtesse deux
sandwichs végétariens aux tortillas et carotte, qu’elle chauffe au toaster. Nous
ajoutons un paquet de chips au paprika et une petite bouteille d’eau gazeuse « Firgas »
des îles Canaries.
La
première bouteille Firgas fut remplie le jeudi 7 août 1930 avec de l'eau du
bassin « Barranco de las Madres », à l'intérieur du parc rural de Doramas
situé au nord de Gran Canaria. Le village de Firgas se situe dans cette réserve
naturelle protégée. Selon le folklore, cette eau était utilisée depuis fort
longtemps. Les récits populaires racontent que les Guanches connaissaient les
propriétés médicinales de ces eaux d'origine volcanique. Les mères aborigènes
captaient l’eau en creusant dans les tunnels de roches brutes pour guérir leurs
enfants, d'où le nom de « Barranco de Las Madres ».
La
dégustation est interrompue par le départ du ferry. Nous allons prendre des
photos à la poupe. Deux larges sillons d’écume se forment dans le sillage du
bateau qui prend rapidement de la vitesse. La silhouette caractéristique de
l’auditorium se voit nettement dans le profil de la ville. Dans une petite
vallée au bord des flots, les habitations d’un village en terrasse se
blottissent sur l’adret de la montagne. Nous retournons nous asseoir pour finir
de savourer le repas. La traversée, libre de toute activité à bord, offre à
Patrick d’écouter de la musique sur l’iPad. De mon côté, je regarde les vagues
de l’océan, tout en laissant se promener mes pensées ponctuées de assoupissements, légers, car le ferry tangue à qui mieux mieux. À bâbord, avec le puissant
balancement, les sabords sont tantôt obstrués par la vision de l’eau, tantôt
obstrués par la vision du ciel, tant le roulis fait balancer la « coquille
de noix ». Un si fort tangage est une première pour nous, malgré nos fréquents
voyages en mer. Il est vrai que la vitesse du ferry est élevée. Je me rends à
la poupe. Les hélices du bateau tournent à plein régime et je vois l’eau
tourbillonner dans le sillage, dans une intensité telle que l’écume bouillonne
littéralement. Une île se dessine à tribord. La seule possible étant la Grande
Canarie, cela signifie que l’arrivée est proche. Nous nous amusons avec
l’iPhone à suivre la position du ferry sur Google maps. J’effectue des captures
d’écran pour le blog.
Un
peu avant quinze heures, nous suivons les passagers qui retournent à leur
véhicule. Je prends le volant. Le bateau accoste et quelques minutes plus tard,
nous roulons dans le port excentré, étalé et impersonnel, qui s’étend vastement
à la périphérie de la ville. Un phare blanc se dresse au centre du rond-point
de la plaza de Belén María.
Cette
place de la zone portuaire porte le nom de la jeune Belén María Sánchez Ojeda,
la fille d'un ouvrier du port, qui décéda accidentellement le vendredi 25
juillet 1980, à l’âge de seize ans, en revendiquant le droit de grève sur
l’ancienne plaza Manuel Becerra. Les manifestations qui suivirent les
funérailles traduisirent la grande douleur ressentie par les populations dans
les îles Canaries. Le phare au centre de la rotonde a été érigé en l'honneur de
Belén María. Le monument au bas du phare représentant la jeune fille fut
sculpté par l’artiste Federico Corujo Fillo.
Je
suis les indications données par Patrick via le GPS. Nous roulons sur
l’autoroute CG 5 avant de circuler sur des petites routes à lacets qui nous emmènent
sur la caldeira du volcan Bandama où se trouve le « Bandama Golf Hotel », situé
sur la commune de Santa Brígida. Nous sommes à destination à quinze heures
quarante après avoir roulé sur une bonne vingtaine de kilomètres. Avant de
parcourir la courte distance qui mène au parking du golf, nous prenons des
photos du cratère du volcan, des roches rougeâtres qui le cernent et du
panorama sur fond d’océan qui montre sa magnificence avec des vallons, des
cultures en terrasses, des hordes de cactus, de figuiers de Barbarie et une
flore abondante et variée comme à Tenerife. Des bateaux sont ancrés au large.
Le « Pico Bandama » dresse sa gracieuse silhouette à une courte distance. Je
contemple les habitations mitoyennes colorées du Camino [chemin] a la Caldera ;
une coquette maison rose sur trois niveaux, aux pierres fausses peintes en noir
de chaque côté du garage et de l’entrée aux portes blanches, emporte ma
préférence. La réceptionniste à l’accueil du golf, sort pour nous indiquer le
chemin qui mène à l’entrée de l’hôtel en contrebas, construit au bord de la
caldeira. Une jeune femme blonde aux beaux yeux bleus nous attribue la chambre
22 qui donne sur la piscine au rez-de-jardin. Les abords de la réception,
pourvue d’un salon, sont agrémentés d’un jardin arboré traversé par des allées
pavées. Nous allons effectuer des courses pour le dîner à la supérette Spar sur
la calle Navarro dans le village de « La Atalaya », à un peu moins de
quatre kilomètres. Le village cascade sur les collines. Nous passons à la
caisse à seize heures quarante-cinq.
Au
retour, nous déposons nos bagages et les courses dans la chambre. Je sirote du
jus de pomme sur la terrasse. Nous allons ensuite nous promener autour du
cratère du volcan. Le sentier, abrupt et caillouteux par endroits, descend en
petits lacets. Il fait le tour du cratère. De près, la distance à parcourir
paraît courte. Toutefois, au fur et à mesure de notre avancée, nous voyons que
c’est une illusion. De magnifiques plantes se laissent observer, dont une en
forme de grosses roses vertes, perlées de jaune paille, au pourtour rose. Nous
apercevons des constructions blanches au creux du cratère. Elles sont aux
premières loges pour une éruption future. L’agrandissement d’une photo montrera
qu’elles sont en ruine. Un papillon noir et rouge virevolte à nos côtés. Il se
pose pour une photo. Depuis le point le plus bas de notre descente, nous voyons
nettement les bâtiments de l’hôtel qui affleurent le précipice. Le soleil joue
à dessiner des ombres sur les roches en accentuant les reliefs et la netteté
des flancs abrupts et escarpés du cratère.
Nous
rebroussons chemin, nous grimpons tranquillement et nous allons suivre le
chemin caillouteux qui mène directement à l’hôtel pour voir où il prend
naissance, de façon à pouvoir garer la voiture près de la chambre. En arrivant,
nous n’avions pas remarqué l’entrée. La végétation variée nous offre de nous
extasier. Je suis séduit par une variété de fleurs jaunes inconnues qui
s’ébouriffent en sortant d’un cocon en forme de géode blanche et duveteuse, à
l’image de la chenille encore dans sa chrysalide avant de devenir papillon.
D’autres fleurs au pistil pourpre montrent des pétales blancs qui s’inclinent
vers le sol. Que de beauté créée par le Grand Architecte !
Au bas du camino a
la Caldera, nous voyons la route qui monte au « Pico Bandama ». Nous revenons
sur nos pas. Entre les murs de deux habitations, un chat au pelage fauve et
blanc dort de tout son long sur la rampe inclinée en pierre contiguë à un
escalier en terrasse, près de la maison rose. Dans l’enceinte de l’hôtel,
j’admire dans un parterre de végétation un arbre aux multiples troncs planté au
centre d’un massif circulaire empierré. Les troncs tortueux s’évasent en
montant vers le ciel dans une circonférence épanouie. Le soleil disparaît
derrière les montagnes. Les dix-huit heures trente s’annoncent.
La
connexion Internet étant limitée et uniquement disponible dans les parties
communes de l’hôtel, nous nous installons avec les ordinateurs à une table de
bridge garnie de feutrine rase vert mousse. Je commence le récit de la journée
sur le chronojournal. A vingt heures, nous dînons dans la chambre. Une pomme,
une banane, une part de bizcochada et une barre El Almendro composent mon menu.
Après le repas, nous retournons dans la salle commune où un écran diffuse des
actualités sur le golf. Un couple se détend en lisant et, ensuite, en jouant
sur la table de bridge. Nous changeons de table pour pouvoir charger la batterie de
l’ordinateur. Je branche la prise à la place de celle de la bouilloire
disponible pour tout un chacun. Plus tard, la dame du couple qui souhaite faire
chauffer de l’eau pour deux tisanes se trouve embêtée. Je m’approche, lui souris
et la déplace par un léger mouvement en lui tenant les hanches et je débranche
la prise. Elle apprécie mon geste et rebranche l’appareil quand elle a fini de
préparer les tasses. Lors de l’extinction de l’ordinateur, trois mises à jour
de Windows m’empêchent de l’éteindre et me privent de ma liberté. Je dois
attendre une vingtaine de minutes avant de pouvoir rejoindre Patrick, parti aux
pays des rêves avant moi…




Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire