mardi 12 février 2019

De Tenerife à Gran Canaria…


      Daniel, Immaculée et Patrick participent avec moi à l’animation des rêves... Le petit déjeuner, le yoga des yeux sur le balcon, la salutation au soleil qui brille dans le ciel bleu et quelques préparatifs se succèdent. Nous quittons l’appartement à dix heures pour une petite virée. Patrick s’installe au volant et nous prenons la direction de Santa Cruz où nous arrivons au port des voyageurs une heure plus tard. À l’accueil de la compagnie Armas, nous montrons l’écran de l’iPad à un jeune homme pour les références de l’achat effectué sur Internet. Il imprime les billets aller/retour pour l’île de la Grande Canarie. La voiture est placée dans la rangée de stationnement numéro deux. Nous attendons le départ du ferry « Volcan de Teno » en marchant autour du bâtiment de l’accueil, aux abords décorés de massifs de cactus. La toiture plate déborde pour ombrager une sorte de véranda équipée de bancs qui donne sur les rochers au bord de l’eau. Je prends des photos du ferry dont les portes basculantes de la poupe sont ouvertes, prêtes à laisser entrer les véhicules. La plaza de España se situe à environ trois cents mètres des docks à vol d’oiseau, à pied c’est une autre histoire, il fait parcourir environ trois kilomètres pour contourner le réseau routier. Patrick prend des photos des habitations « accrochées » aux coteaux de la ville.

            Nous embarquons avec la voiture à midi vingt. Un demi-tour est effectué dans la cale pour positionner les véhicules prêts au départ pour le débarquement à Las Palmas de Gran Canaria. Nous montons au pont supérieur par un escalier. Au bord des vitrages, nous déposons nos affaires sur deux sièges en vis-à-vis équipés d’une petite table ronde. Nous allons ensuite explorer le bateau pour déjeuner. Dans l’un des deux comptoirs, nous commandons à une charmante hôtesse deux sandwichs végétariens aux tortillas et carotte, qu’elle chauffe au toaster. Nous ajoutons un paquet de chips au paprika et une petite bouteille d’eau gazeuse « Firgas » des îles Canaries.

            La première bouteille Firgas fut remplie le jeudi 7 août 1930 avec de l'eau du bassin « Barranco de las Madres », à l'intérieur du parc rural de Doramas situé au nord de Gran Canaria. Le village de Firgas se situe dans cette réserve naturelle protégée. Selon le folklore, cette eau était utilisée depuis fort longtemps. Les récits populaires racontent que les Guanches connaissaient les propriétés médicinales de ces eaux d'origine volcanique. Les mères aborigènes captaient l’eau en creusant dans les tunnels de roches brutes pour guérir leurs enfants, d'où le nom de « Barranco de Las Madres ».

            La dégustation est interrompue par le départ du ferry. Nous allons prendre des photos à la poupe. Deux larges sillons d’écume se forment dans le sillage du bateau qui prend rapidement de la vitesse. La silhouette caractéristique de l’auditorium se voit nettement dans le profil de la ville. Dans une petite vallée au bord des flots, les habitations d’un village en terrasse se blottissent sur l’adret de la montagne. Nous retournons nous asseoir pour finir de savourer le repas. La traversée, libre de toute activité à bord, offre à Patrick d’écouter de la musique sur l’iPad. De mon côté, je regarde les vagues de l’océan, tout en laissant se promener mes pensées ponctuées de assoupissements, légers, car le ferry tangue à qui mieux mieux. À bâbord, avec le puissant balancement, les sabords sont tantôt obstrués par la vision de l’eau, tantôt obstrués par la vision du ciel, tant le roulis fait balancer la « coquille de noix ». Un si fort tangage est une première pour nous, malgré nos fréquents voyages en mer. Il est vrai que la vitesse du ferry est élevée. Je me rends à la poupe. Les hélices du bateau tournent à plein régime et je vois l’eau tourbillonner dans le sillage, dans une intensité telle que l’écume bouillonne littéralement. Une île se dessine à tribord. La seule possible étant la Grande Canarie, cela signifie que l’arrivée est proche. Nous nous amusons avec l’iPhone à suivre la position du ferry sur Google maps. J’effectue des captures d’écran pour le blog.

            Un peu avant quinze heures, nous suivons les passagers qui retournent à leur véhicule. Je prends le volant. Le bateau accoste et quelques minutes plus tard, nous roulons dans le port excentré, étalé et impersonnel, qui s’étend vastement à la périphérie de la ville. Un phare blanc se dresse au centre du rond-point de la plaza de Belén María.

            Cette place de la zone portuaire porte le nom de la jeune Belén María Sánchez Ojeda, la fille d'un ouvrier du port, qui décéda accidentellement le vendredi 25 juillet 1980, à l’âge de seize ans, en revendiquant le droit de grève sur l’ancienne plaza Manuel Becerra. Les manifestations qui suivirent les funérailles traduisirent la grande douleur ressentie par les populations dans les îles Canaries. Le phare au centre de la rotonde a été érigé en l'honneur de Belén María. Le monument au bas du phare représentant la jeune fille fut sculpté par l’artiste Federico Corujo Fillo.

            Je suis les indications données par Patrick via le GPS. Nous roulons sur l’autoroute CG 5 avant de circuler sur des petites routes à lacets qui nous emmènent sur la caldeira du volcan Bandama où se trouve le « Bandama Golf Hotel », situé sur la commune de Santa Brígida. Nous sommes à destination à quinze heures quarante après avoir roulé sur une bonne vingtaine de kilomètres. Avant de parcourir la courte distance qui mène au parking du golf, nous prenons des photos du cratère du volcan, des roches rougeâtres qui le cernent et du panorama sur fond d’océan qui montre sa magnificence avec des vallons, des cultures en terrasses, des hordes de cactus, de figuiers de Barbarie et une flore abondante et variée comme à Tenerife. Des bateaux sont ancrés au large. Le « Pico Bandama » dresse sa gracieuse silhouette à une courte distance. Je contemple les habitations mitoyennes colorées du Camino [chemin] a la Caldera ; une coquette maison rose sur trois niveaux, aux pierres fausses peintes en noir de chaque côté du garage et de l’entrée aux portes blanches, emporte ma préférence. La réceptionniste à l’accueil du golf, sort pour nous indiquer le chemin qui mène à l’entrée de l’hôtel en contrebas, construit au bord de la caldeira. Une jeune femme blonde aux beaux yeux bleus nous attribue la chambre 22 qui donne sur la piscine au rez-de-jardin. Les abords de la réception, pourvue d’un salon, sont agrémentés d’un jardin arboré traversé par des allées pavées. Nous allons effectuer des courses pour le dîner à la supérette Spar sur la calle Navarro dans le village de « La Atalaya », à un peu moins de quatre kilomètres. Le village cascade sur les collines. Nous passons à la caisse à seize heures quarante-cinq.

            Au retour, nous déposons nos bagages et les courses dans la chambre. Je sirote du jus de pomme sur la terrasse. Nous allons ensuite nous promener autour du cratère du volcan. Le sentier, abrupt et caillouteux par endroits, descend en petits lacets. Il fait le tour du cratère. De près, la distance à parcourir paraît courte. Toutefois, au fur et à mesure de notre avancée, nous voyons que c’est une illusion. De magnifiques plantes se laissent observer, dont une en forme de grosses roses vertes, perlées de jaune paille, au pourtour rose. Nous apercevons des constructions blanches au creux du cratère. Elles sont aux premières loges pour une éruption future. L’agrandissement d’une photo montrera qu’elles sont en ruine. Un papillon noir et rouge virevolte à nos côtés. Il se pose pour une photo. Depuis le point le plus bas de notre descente, nous voyons nettement les bâtiments de l’hôtel qui affleurent le précipice. Le soleil joue à dessiner des ombres sur les roches en accentuant les reliefs et la netteté des flancs abrupts et escarpés du cratère.

            Nous rebroussons chemin, nous grimpons tranquillement et nous allons suivre le chemin caillouteux qui mène directement à l’hôtel pour voir où il prend naissance, de façon à pouvoir garer la voiture près de la chambre. En arrivant, nous n’avions pas remarqué l’entrée. La végétation variée nous offre de nous extasier. Je suis séduit par une variété de fleurs jaunes inconnues qui s’ébouriffent en sortant d’un cocon en forme de géode blanche et duveteuse, à l’image de la chenille encore dans sa chrysalide avant de devenir papillon. D’autres fleurs au pistil pourpre montrent des pétales blancs qui s’inclinent vers le sol. Que de beauté créée par le Grand Architecte !

               Au bas du camino a la Caldera, nous voyons la route qui monte au « Pico Bandama ». Nous revenons sur nos pas. Entre les murs de deux habitations, un chat au pelage fauve et blanc dort de tout son long sur la rampe inclinée en pierre contiguë à un escalier en terrasse, près de la maison rose. Dans l’enceinte de l’hôtel, j’admire dans un parterre de végétation un arbre aux multiples troncs planté au centre d’un massif circulaire empierré. Les troncs tortueux s’évasent en montant vers le ciel dans une circonférence épanouie. Le soleil disparaît derrière les montagnes. Les dix-huit heures trente s’annoncent.

            La connexion Internet étant limitée et uniquement disponible dans les parties communes de l’hôtel, nous nous installons avec les ordinateurs à une table de bridge garnie de feutrine rase vert mousse. Je commence le récit de la journée sur le chronojournal. A vingt heures, nous dînons dans la chambre. Une pomme, une banane, une part de bizcochada et une barre El Almendro composent mon menu. Après le repas, nous retournons dans la salle commune où un écran diffuse des actualités sur le golf. Un couple se détend en lisant et, ensuite, en jouant sur la table de bridge. Nous changeons de table pour pouvoir charger la batterie de l’ordinateur. Je branche la prise à la place de celle de la bouilloire disponible pour tout un chacun. Plus tard, la dame du couple qui souhaite faire chauffer de l’eau pour deux tisanes se trouve embêtée. Je m’approche, lui souris et la déplace par un léger mouvement en lui tenant les hanches et je débranche la prise. Elle apprécie mon geste et rebranche l’appareil quand elle a fini de préparer les tasses. Lors de l’extinction de l’ordinateur, trois mises à jour de Windows m’empêchent de l’éteindre et me privent de ma liberté. Je dois attendre une vingtaine de minutes avant de pouvoir rejoindre Patrick, parti aux pays des rêves avant moi…




















 






































Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire