La
nuit a été perturbée par des grincements de canalisations dus à l’usage de
l’eau ou des toilettes dans certaines chambres avoisinantes. L’hôtel semble
ancien au regard de divers détails, comme le système d’activation de la chasse
d’eau. Cette nuisance sonore lancinante fut quelque peu compensée par la longueur
du lit qui avoisine les deux mètres vingt de longueur. Nous nous levons à sept
heures. Dix minutes plus tard, Patrick sort prendre des photos du lever de
soleil. Entre ciel et océan, un ruban aux nuances en dégradé de vermeil et
d’isabelle farde sur la ligne d’horizon les flots endormis. Devant notre
terrasse, les palmiers se réveillent sur fond de ciel bleu qui s’inspire des
nuances du peintre orientaliste Jacques Majorelle. La chambre étant
relativement petite, j’effectue la rotation des cinq Tibétains dans la salle
commune où nous utilisons l’ordinateur.
Un
peu avant neuf heures, nous allons prendre le petit déjeuner au second étage du
complexe de golf. Je demande à une employée s’il y a un ascenseur. Elle me
répond négativement après un accueil plutôt brusque. Les marches sont grimpées.
Les bananes étant absentes du buffet, ma prévoyance me permet de savourer des
viennoiseries avec des rondelles de celles achetées hier. Deux kiwis bien mûrs,
du pain aux graines et céréales, que je tartine de beurre espagnol, complètent
ma collation. En sortant de la salle, Patrick découvre une rampe inclinée et un
chemin en descente qui rejoint le bas des escaliers. L’employée a manqué
d’empathie à mon égard, ou elle était simplement dans une routine
d’indifférence dans son bavardage avec une collègue. Cette trouvaille nous
offre d’admirer un parterre d’attrayants cactus et d’embrasser une vue
partielle du terrain de golf.
Plus
tard, nous réservons la prochaine nuit à l’hôtel « Axel Beach Maspalomas » sur
l’avenida de Tirajana à la Playa del Inglés. Nous avions prévu de rester deux
nuits supplémentaires à Santa Brígida mais les grincements de canalisations ont
vite fait de nous en dissuader. Je pense à la petite histoire à méditer «
Chance ou malchance ? »
« Un
vieux paysan chinois avait un cheval. Un jour, l’animal s’enfuit et ne rentra
pas. Les voisins dirent : « Ce n’est pas de chance ! » L’homme répondit :
« Chance ou malchance, qui pourrait le dire ? ». Quinze jours plus tard, contre
toute attente, le cheval revint à la ferme suivi d’une dizaine de chevaux
sauvages. On dit au paysan : « Tu as bien de la chance ». Il déclara : « Chance
ou malchance, qui le sait ? ». Le fils du paysan sauta sur une des
montures, partit à vive allure, tomba et se cassa la jambe. Pour sûr, c’était
de la malchance. Mais le père hocha la tête : « Chance ou malchance, on verra
bien ». C’était la guerre civile dans la province. Un groupe de soldats passa
dans le village, emmenant de force tous les jeunes gens en âge de porter un fusil.
Seul le garçon à la jambe cassée resta au village. Chance ou malchance ? Qui
aurait pu le dire ? En effet, souvenons-nous de cette parabole : « Les choses
ne sont pas toujours ce qu’elles semblent être ». On ne sait jamais si tel
événement est chance ou malchance ; il faut attendre la fin de l’histoire, et
peut-être la fin de l’existence terrestre. Alors, en se retournant, on verra
mieux ce qu’il en était… »
Je
reprends la narration de la journée d’hier dans la salle commune. Patrick va
chercher la voiture pour la garer vers la chambre. Nous quittons l’hôtel à
midi. Patrick rapporte les cartes magnétiques à la réception en annonçant que
nous écourtons notre séjour. L’employé, indifférent, se désintéresse
complètement de connaître la cause de notre départ avancé. Son attitude
désobligeante étonne désagréablement mon mari. Avant de nous diriger vers le
sud de l’île, nous montons au sommet du « Pico Bandama ». La route effectue une
spirale jusqu’au point culminant. La vue nous surprend agréablement par
l’ampleur du panorama. Nous pouvons contempler toute la ville très étendue de
Las Palmas de Gran Canaria. La vue plonge au fond du cratère du volcan. L’hôtel
et les installations du golf semblent minuscules devant l’immensité du cratère.
Malgré la faible hauteur, relative, le pic domine tous les environs.
Une
fois de retour dans la voiture, l’adresse de l’hôtel Axel est entrée dans le
GPS ; sur l’écran le schéma du pic montre bien la spirale routière qui
l’encercle. Les aiguilles approchent de midi trente. Nous rejoignons
l’autoroute GC 1 qui va nous conduire à Maspalomas. Elle longe le littoral à
distance. Patrick conduit et je regarde le paysage. Nous sommes loin du côté
pittoresque de Tenerife. Les immeubles impersonnels, les centres commerciaux se
succèdent sans le moindre charme. Seule la végétation luxuriante nous rappelle
où nous sommes. À un moment donné, il me semble voir un panneau annonçant
l’ouverture d’un Loro Parque sur l’île. La société a déjà ouvert fin 2017, à
Las Palmas de Gran Canaria, un aquarium spectaculaire et innovant nommé « Poema
del Mar ». Plus avant, nous passons devant le vaste complexe d’appartements «
Monte Feliz » qui surplombe la baie de Feliz Bahía. Cela confirme notre
impression que l’île s’est tournée vers le tourisme de masse sans se préoccuper
de son identité passée. Régulièrement le long du trajet, des éoliennes par
dizaines, aux mâts et aux pâles blancs en rotation, se dressent dans le
paysage.
À
treize heures, nous quittons l’autoroute à la sortie 43 pour prendre la
direction de la playa del Inglés. Une fois le long de la calle Timple, la
chance opère. Une seule place gratuite est libre à quelques pas de l’entrée de
l’hôtel. L’enregistrement étant à quinze heures, nous allons déjeuner. Nous
marchons devant l’entrée du « Axel Beach » qui s’avère être un hôtel gay.
Étonnant !... Ce matin, ce fut notre premier clic sur Google map dans notre
recherche. La mémoire me renvoie une information ; nous avions entendu parler de
l’ouverture du premier hôtel gay Axel à Barcelone voici déjà quelques années.
Au bout de la rue, sur l’avenida Sargentos Provisionales, je vois une invasion
de cubes Borg verts. Les ramures de nombreux arbres, comme partout dans la
ville comme nous le constaterons, sont coiffées au carré. La chance opère à
nouveau et, à environ trois cents mètres de l’hôtel, nous entrons au restaurant
« La Gustera », sur l’avenida Alféreces Provisionales, où le menu, également en
français, propose des lasagnes aux légumes. Nous nous installons en terrasse.
Une jeune Asiatique au sourire discret prend la commande. Elle apporte une
manzanilla et de l’eau gazeuse Fuenteror. Nous savourons les lasagnes gratinées dans un poêlon noir.
Après
le repas, nous nous rendons dans le tout proche commerce chinois « Happy Shopping – Sharp »
où j’achète un short et un tee-shirt. La température sur une horloge
digitale dans l’avenue annonce 28°. Nous optons aussi chacun pour une paire de
sandales à scratch en plastique. Un chapeau bleu à cinq euros termine nos
achats. Les prix avantageux sont à des « années-lumière » de ceux de la plage
de las Americas. Les quinze heures sont passées de quelques minutes quand nous
allons à l’hôtel. Le studio 118 nous est attribué par Antonio, un beau jeune
homme barbu. Nous nous installons. J’enfile le short, le tee-shirt et je mets
les sandales noires.
Nous
sortons un peu avant seize heures et nous nous dirigeons vers la plage. Une
fontaine à trois vasques cascade dans l’ensemble paysagé de l’hôtel. Nous
descendons la rue du restaurant pour photographier la façade aux différentes
couleurs vives de l’hôtel « Eó ». Nous contournons le centre commercial Yumbo
où j’admire sur la rue des Estados Unidos, l’entrée, derrière ses grilles
blanches, d’une résidence flanquée de deux figurines asiatiques de taille
humaine qui joignent les mains dans un wai. Nous suivons ensuite l’avenida de
Tirajana qui nous emmène tout droit dans un autre univers.
Nous
traversons le couloir spatial de l’hôtel « Riu Palace » et, soudain, nous
sommes transportés, comme dans une téléportation digne de Star Trek, dans un
océan de dunes emplissant tout l’horizon jusqu’à l’océan qui paraît à la fois
proche et à perte de vue. Un monde d’illusions dans l’estimation des distances
s’offre à nos yeux et à nos pieds munis des sandales. Nous avançons sur des
milliards de minuscules grains de sable aux nuances ocre beige. Une sensation
de beauté inouïe s’empare de nous. Nous escaladons les dunes, nous crapahutons
comme des gamins, heureux de nous trouver dans cet univers surréaliste. Comment
toutes ces dunes sont-elles venues sur l’île. Cela reste un mystère. Nous
grimpons des montagnes de sable et nous descendons des versants abrupts, en
suivant de temps à autre les milliers de pas qui nous ont précédés. Par
moments, nous nous croyons en plein Sahara. Le sable des dunes est peut-être
venu de ce désert africain par les caprices de Gaia qui sait habilement amadouer les quatre éléments. Nos ombres
s’allongent par la magie du soleil. Des galets en nombre se signalent par
endroits. Des personnes se sont amusées à créer des empilements de pierres,
d’autres forment des prénoms. Un couple termine « d’écrire » le prénom
« Daniel ». Je "cueille" des centaines, voire des milliers, de grains
de sable avec mes deux paumes réunies. Je les laisse glisser entre mes doigts.
Le vent emporte les grains d’un léger souffle. Lors de notre avancée vers
l’océan, nous admirons des nappes de sel au fond de vallées et de ravins entre
les dunes. Une végétation désertique se signale de temps à autre. Sur les
surfaces privées des rayons solaires, le sable est froid.
Nous
atteignons une plage de galets après plus d’une demi-heure de marche dans le
sable où les pieds s’enfoncent et glissent plaisamment. Nous décidons de
marcher le long de la plage. La mélodie des vagues nous accompagne. Nous
prenons sur la gauche pour marcher dos au soleil. Nous croisons un homme nu
dont le pénis présente un « prince Albert », un piercing génital. Un kiosque,
au milieu de nulle part, grossit dans notre champ de vision au fur et à mesure
de notre avancée. Un groupe électrogène à l’arrière permet d’alimenter une
armoire froide pour les sodas. Nos ombres s’allongent avec les rayons du soleil
décroissant. Nous parvenons à une plage équipée de chaises longues. Nous
bifurquons à gauche pour rejoindre le Riu Palace. La distance à parcourir
semble plus courte. Un papa surveille sa fillette qui rit en courant dans le
sable vers le bas d’une dune au versant bien incliné. Un homme au torse nu, en
short orange, qui s’en retourne en parallèle sur une autre dune, montre la
taille étonnante de ce désert de sable ; « amazing » dirait
notre amie Faina.
Une
quarantaine de minutes s’est écoulée depuis notre arrivée sur la plage quand
nous atteignons la rampe inclinée à la droite du palace. Les dix-huit heures
s’annoncent. Nous suivons l’avenue de Tirajana. Au niveau de l’avenida de
Francia, nous apercevons la Tour Eiffel dans le centre commercial « Cita » dont
la particularité réside dans la présence, en taille réduite, de monuments
célèbres du monde entier. Tout en marchant, nous voyons régulièrement des
affiches qui annoncent le carnaval de Maspalomas du 14 au 24 mars. Nous nous
arrêtons, après quelque huit kilomètres de marche, sur les dunes
principalement, à « La Gustera » pour nous désaltérer avec un smoothie noix de
coco, banane et ananas. Je sirote lentement la préparation onctueuse un peu
trop froide pour moi. Nous revenons ensuite dans le studio pour terminer
tranquillement l’après-midi. Nous dînons confortablement dans la cuisine. Mon
repas s’apparente à celui d’hier. Je continue ensuite la narration de la
journée de notre arrivée sur l’île. À vingt-et-une heures, nous achetons sur
Internet une seconde nuit à l’hôtel Axel ; le tarif est vingt euros plus bas.
La page d’hier du blog est actualisée une heure plus tard. Les photos du jour
sont chargées avant d’éteindre l’ordinateur. Nous rejoignons Morphée avec
plaisir après cette journée riche en découvertes…
Deuxième série de photos



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