jeudi 21 février 2019

Jardín de Aclimatación de La Orotava…


     Les rites matinaux, le petit déjeuner, le yoga des yeux sur le balcon se succèdent agréablement. Le soleil darde ses chauds rayons dans un ciel d’azur. Une carte postale est écrite pour Sophie et Christophe. Les dix heures s’envolent quand je m’installe devant l’ordinateur. La narration de la journée d’hier se poursuit. Je sirote du jus de pomme en fin de matinée. Le blog est actualisé à midi.

            Une quinzaine de minutes plus tard, nous sortons de l’appartement, nous postons les cartes, nous passons devant la boulangerie qui semble réceptionner une livraison de douceurs de la société Chousa, créée en 1959 par Manuel Chousa, lequel s’associa ultérieurement à Don León pour fonder la société Ingapan dont le site web apparaît sur la publicité du camion étoffée d’un tiramisu et de divers photos de pains. Une fois dans la voiture, nous prenons la direction de Puerto de la Cruz. Nous arrivons à destination après une quarantaine de minutes de route. Sur la calle Retama, où l’auto est garée, nous allons déjeuner dans le restaurant indien Delhi Darbar, installé dans un complexe immobilier en terrasses, aux nuances de rose Nacarat, qui cascadent vers le ciel en s’inspirant d’une pyramide. Les délicates tournelles qui coiffent les toitures confèrent une séduisante note persane à l’ensemble. La façade la plus grande montre un cadran solaire blanc arqué. Nous prenons place à la terrasse. Un serveur hindou prend notre commande. Nous savourons chacun un samosa aux légumes légèrement épicé. Des Daal Makhni [lentilles cuisinées avec des aromates dans du beurre, de la crème et de la sauce tomate], un Aloo Gobi [chou-fleur et pommes de terre dans une sauce au curry] et du riz aux champignons enchantent les papilles. Eau gazeuse et camomille accompagnent les mets qui restent chauds grâce à la petite bougie allumée sous les plats en sauce. La terrasse se remplit. Deux amies espagnoles échangent une étreinte avant de s’asseoir. Un couple âgé s’installe à ma gauche. Le monsieur se désaltère avec une chope de bière. Cinq dames, dont une assise dans un fauteuil roulant, se retrouvent dans la joie. Un jeune couple, arrivé avant nous, s’offre une coupe glacée en dessert. Les jambes du garçon sautillent de temps à autre.

            Après quatorze heures trente, nous pénétrons dans le « Jardín de Aclimatación de La Orotava », le second plus ancien jardin botanique d’Espagne, cerné de vieux murs aux ravissantes pierres apparentes, dont l’entrée se situe juste en face du restaurant. Une allée en berceau se dévoile de chaque côté d’une guérite où un employé, attentif et courtois, nous donne une brochure en français sans demande de notre part, une fois payés les billets dont le tarif se monte à trois euros pour un adulte. Le bleu profond du ciel embellit la sensation de beauté qui se dégage du jardin. Un cyprès de Louisiane trône dans le square rond vers l’entrée. Un symbiote végétal, telle une ample chevelure grise de harpie, s’est emparé de nombre de ses branches. L’effet séducteur modifie l’apparence de l’arbre. Nous nous promenons sans chercher à arpenter les allées méthodiquement. Partout, des porte-étiquettes ovales blancs sur tige affichent en latin les appellations des végétaux. Parfois, devant l’imbrication des nombreuses variétés, l’œil hésite sur l’identité de la plante ou de la fleur admirées. Les érythrines corail montrent leurs séduisants épis floraux roses décoratifs qui ressemblent aux chandelles d'un candélabre. Autre part, les houppettes rouges ébouriffées des calliandra haematocephala s’amusent avec les rayons solaires qui parviennent à traverser la canopée des seigneurs tropicaux. Proche d’un mur d’enceinte, je suis chaviré par un magnifique ficus de Lord Howe, une île située très au large de la côte australienne, que j’apparente à un banian au regard de son somptueux contrefort de racines aériennes grises géantes qui serpentent sur le sol tels les replis d’un gros boa constricteur. Je pose mes deux mains sur un des troncs comme pour communiquer avec l’arbre et recevoir son énergie vitale.

            Plus loin, un confrère impressionnant, protégé des pas téméraires par un parterre touffus, montre son spectaculaire réseau de racines aériennes qui, au fil des ans, a multiplié ses colonnes vertébrales et ses contreforts. Ses racines aériennes donnent à l’arbre une allure inouïe de cathédrale végétale. Les oiseaux du paradis, devenus familiers, continuent de nous séduire. La part belle est faite aux palmiers avec des dizaines de variétés différentes. Les oiseaux gazouillent à cœur joie tout au long de notre cheminement. À l’opposé de l’entrée, nous atteignons un bassin surélevé, construit en 1795, dont les eaux saumâtres l’apparentent à un étang. Nous montons un des deux escaliers pourvus à chaque coude d’un petit kiosque d’agrément. Un cyprès de Bentham, venu du Mexique, aux troncs sveltes démultipliés, dresse sa haute silhouette buissonnante dans le ciel d’azur au bord du bassin. Le volcan Teide veille sur l’île dans le lointain. Une jeune fille coiffée d’une casquette jaune pose câlinement sa tête sur l’épaule de son père en contrebas du bassin. Distrait par la beauté du lieu, il rompt le charme sans s’en apercevoir. Nous reprenons la découverte du jardin. Blottis dans la végétation ombragée, des lis au pinceau, de sang africain, attirent notre regard par leurs séduisants bulbes ronds aux fleurs orange vif, hérissées dans leur collerette brun vert. Je pense à Daniel à propos d’une des propriétés de ses feuilles qui, appliquées sur les plaies et les ulcères, participent à la guérison. Les abeilles butinent les efflorescences tubulaires irrégulières des fleurs pourpres de Cuaresma. Un jeune homme blond, habillé tout en noir, se promène en tenant la main d'une jeune fille. Je me retourne et je remarque une longue queue-de-cheval qui lui arrive au bas du dos. Nous avançons aux pas devant la diversité qui semble sans fin. Des Panaches d'officier, des arbustes d’Amérique du sud, surprennent par  leurs épis floraux formés de bractées jaune vif d'où dépassent de petites fleurs blanches allongées qui folâtrent au gré d’un léger souffle de vent. Le fruit d’un jacquier de Malaisie me déclenche un fou rire intérieur devant sa forme difforme que j’apparente à une grosse baudruche verte à la chair de poule. Je vois qu’il pousse directement sur le tronc de l’arbre. Un gros oiseau noir au bec jaune se repose sur une branche à l’ombre de la ramure touffue d’un arbre. Deux garçonnets se croisent, l’un des deux porte un grand sac à dos. J’apprécie les chauds rayons solaires sur le dos. Nous sommes admiratifs devant la créativité de la nature qui triomphe avec des cycas géants du Kwango.

            Autre part dans le jardin, blottis entre de hautes tiges dressées et évasées, des sortes de gros ananas se dévoilent. Au fur et à mesure de leur croissance, les ananas s’allongent pour donner naissance à d’autres tiges qui donneront naissance à leur tour à d’autres ananas. Progressivement le tronc, qui s’apparente à un palmier, s’élève, s’élève dans le ciel. Deux arbres à la maturité différente se côtoient comme pour nous montrer le processus imaginé par Gaia. Les branches d’un cactus Aloe candelabro ressemblent aux tentacules d’une pieuvre. Les bractées rouge sang des nombreuses euphorbes, déjà admirées à Maspalomas, contrastent majestueusement dans la végétation tropicale aux nuances de vert à l’infini. Nous cheminons à l’impulsion, guidés par la beauté environnante. Tels de longs épis de blé, les grappes arborescentes rouge corail élancées d’un Aloe du Zimbabwe se dessinent sur fond de ciel bleu. Progressivement, devant l’infinie variété de la flore, je me contente de promener mon regard au gré de mes coups de cœur. Tel du crin animal, les grosses tiges chevelues d’un palmier nain m’invitent à m’approcher. Je touche le duvet fourni à la fois doux et rêche. Une fillette, aux yeux bleu roi assortis à son tee-shirt, qui s’amuse sur une large allée de fins gravillons, nous tend une grosse feuille en souriant. Par endroits, les racines sinueuses apparentes des arbres traversent les sentiers comme autant de marches d’escaliers. D’autres arbres à houppettes montrent cette fois des fleurs ébouriffées de couleur blanche.

            Vers l’étang central, les arbres du voyageur, remarqués pour la première fois au jardin botanique de Maspalomas, à leur taille d’adulte aujourd’hui, élancent leur éventail spectaculaire de plusieurs mètres de hauteur. Autre part dans le jardin, un spectaculaire arbre de corail brésilien épanouit en plein ciel sa floraison tubulaire rouge vif réunie en longues grappes qui s’ébrouent dans le vent. À force de persévérance, nous trouvons l’appellation des fleurs rouges qui foisonnent dans le jardin. Les Clivias flamboyantes forment des ombelles semi-sphériques ravissantes dont les trompettes pendent gracieusement.

            En sortant du jardin, j’ai une pensée pour le sixième marquis de Villanueva del Pardo, Alonso de Nava y Grimón, dont le buste se niche dans la végétation. Il fut l’initiateur, le fondateur et le premier directeur du parc. L’année de ses trente-et-un ans, suite à sa persévérance et avec l’appui de son grand-oncle Don Antonio Porlier y Sopranis, marquis de Bajamar, ministre de la grâce et de la justice des Indes, le roi Charles III signa l’ordre royal au Palais de La Granja le dimanche 17 août 1788. Le roi  exprima sa volonté de créer un lieu adéquat pour acclimater les plantes les plus intéressantes existant dans les colonies des Philippines et de l'Amérique dans le dessein de les transférer ultérieurement à Madrid. Les seize heures trente approchent. Nous nous sommes baignés de beauté durant presque deux heures. Nous retournons à la voiture en longeant la « Residencia Davida », une résidence permanente ou temporaire pour les aînés. Je prends le volant. Au second rond-point, le luxueux complexe Riu Garoe montre ses séduisants balcons. J’aperçois un monsieur accoudé. L’espace d’une seconde, je m’interroge sur son chemin de vie.

            Après dix-sept heures, une fois la voiture garée au début de la calle Rafael Fleytas, un car vert nous frôle d’environ dix centimètres sur le haut de la calle del Calvario. Nous nous plaquons contre une porte de garage pour le laisser passer. Le chauffeur nous remercie d’un geste. La pause-détente est la bienvenue après cette chaude journée. Je m’installe ensuite devant l’ordinateur. Je constate que nous avons pris deux cent vingt-deux photos ; nous sommes loin des pellicules argentiques de douze, vingt-quatre ou trente-six poses à faire développer. Là, après une simple manipulation, les photos passent de l’iPhone et de l’appareil photo Olympus à l’ordinateur en quelques secondes. Le récit de la journée commence.

            Lors du dîner, une fois la pomme croquée, je savoure avec des rondelles de bananes un « bizcocho ecologico espelta tierno y sabroso » [biscuit d'épeautre bio tendre et savoureux] de la marque La Granja. Quelques biscuits à l’avoine et une barre El Almendro terminent mon repas. Après un temps de lecture sur le kindle avec le livre « Le Contact Divin » de Melvin Morse, une question trotte dans ma tête : « Pourquoi s’inquiéter de mourir devant ce processus banal des milliards de fois répété ? ». Nous retrouvons les protagonistes de la série « The Good place », toujours aussi loufoques, où la réponse à cette question est devenue inutile…




















els de longs épis de blé, les grappes arborescentes rouge corail élancées d’un Aloe du Zimbabwe se dessinent sur fond de ciel bleu

Ses racines aériennes donnent à l’arbre une allure inouïe de cathédrale végétale








                                  second appareil photo :

Un cyprès de Louisiane trône dans le square rond vers l’entrée.

les houppettes rouges ébouriffées des calliandra haematocephala s’amusent avec les rayons solaires

Les érythrines corail montrent leurs séduisants épis floraux roses décoratifs qui ressemblent aux chandelles d'un candélabre.








Blottis dans la végétation ombragée, des lis au pinceau, de sang africain, attirent notre regard


Des Panaches d'officier, des arbustes d’Amérique du sud, surprennent par  leurs épis floraux formés de bractées jaune vif d'où dépassent de petites fleurs blanches allongées



















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