La
matinée se déroule agréablement dans l’appartement, chacun vaquant à ses
occupations. Le soleil brille dans un ciel d’azur. Avant le repas, une tomate
et un avocat bien mûrs, un concombre, de l’eau gazeuse sont achetés chez Virce où
trois dames entre deux âges papotent avec animation. Le dernier pain de seigle nous
attend sur le présentoir à la boulangerie. Un « bizcochon pepitas chocolate »
artisanal, probablement fait dans la boulangerie, aucun nom de fabricant
n’apparaissant sur l’étiquette, complète notre choix. Nous déjeunons dans
l’appartement. Les fromages achetés chez Al Campo ravissent les papilles. Le
beurre crémeux est tartiné sur le pain savoureux. Nous nous faisons la remarque
qu’une telle saveur est inexistante où nous habitons en France. Des chips sont
croquées durant le repas.
Je
poursuis la narration d’hier après quatorze heures. Je prends plaisir à
effectuer sur le web des recherches sur les végétaux admirés au jardin d’acclimatation.
Souvent, chaque variété se décline dans nombre de spécificités. La vie a opté
pour la différence infinie dans la création alors que les lois humaines
obligent les habitants des pays du monde, tous différents, à suivre les mêmes
règles et les mêmes comportements, souvent dénués du respect de la vie. Quel
gâchis et quel manque de discernement ! Notre passage sur terre est
relativement court, et bien des humains passent leur existence à réprimer leur
être profond, leur créativité et leur spontanéité pour respecter ces lois,
absurdes et liberticides, qui s’opposent à l’essence même de la vie qui
magnifie les différences. Je pense aux propos de Patrick avant-hier soir lors
du dîner qui me narrait un évènement caractéristique de ces règles incohérentes
qui entravent l’épanouissement de chacun.
Alexis,
un élève de dix-sept ans au lycée Bellevue d’Albi dans le Tarn, a été convoqué
très récemment par le proviseur de son lycée suite à une plainte de parents
d’élèves parce qu’il venait en cours en talons hauts tout en étant maquillé.
Menacé d’expulsion s’il continuait à venir ainsi présenté, ses camarades
masculins se sont mobilisés en venant en cours avec talons hauts et maquillage.
Le proviseur a dû revenir sur sa décision.
À
dix-sept heures, une fois leur taille réduite pour la publication sur la toile,
les cinquante-six photos sélectionnées avec hésitation sur les deux cent
vingt-deux prises hier, se chargent sur la page du blog. Le moteur du presse-agrumes
ronronne quand Patrick prépare son jus d’orange. Je sirote un cacao au lait de
riz. Nous accompagnons les boissons d’un carreau de chocolat.
Une
promenade s’offre à nous dans Icod. Au bas de la rue, une dame passe avec un
dalmatien en laisse. La mémoire me renvoie dans la seconde quelques images du
film d'animation « Les 101 Dalmatiens » tourné par les studios Disney.
Je me souviens l’avoir vu dans ma prime jeunesse avec mon frère Daniel et ma
sœur Thérèse. Plus avant vers le centre, je reconnais une dame entre deux âges,
plantureuse, la chevelure châtain clair mi-longue et bouclée, assise sur le
trottoir surélevé d’un commerce. Une légère expression de mélancolie se dégage
de son être. Je la vois régulièrement quand nous allons au centre-ville. Son
regard se promène doucement sur la rue. Des personnes accoudées à leur balcon
regardent l’animation revenue avec la réouverture des commerces après seize
heures trente. L'hôtel de ville s’est paré d’atours pour le prochain carnaval. Des
décorations sont suspendues sur la calle San Sebastián. Une affiche annonce
pour demain la « Fiesta de las décadas ». Sur la plaza Andrés, où le volcan
Teide montre sa remarquable silhouette dans le ciel bleu, je suis du regard un
jeune homme, grand et svelte, à la chevelure châtain clair, en jeans et
sweater foncé, des grosses chaussures de marche aux pieds, équipé d’un sac à dos et
d’un appareil photo en bandoulière, qui découvre la ville. Il s’arrête sous la
pergola pour prendre des photos. Les faîtages et les rives blancs des toitures
en tuiles aux nuances variées des maisons en contrebas séduisent les regards.
Un groupe de touristes avec des enfants se fait prendre en photo devant le Drago
par une dame assise sur un banc à côté d’un compagnon. Les travaux extérieurs
devant l'entrée principale de l’église San Marcos sont terminés. Nous nous approchons de la splendide
porte cintrée. Des noms de personnes sont gravés entre les panneaux en
bois qui la décorent. Patrick photographie l’étonnante clef de voûte. Il
remarque et s’approche d’une fontaine en pierre grise ouvragée, au bassin vide,
oubliée contre un mur perpendiculaire de l’église, au niveau de l’espace des
jeux pour enfants. Nous revenons sur nos pas. Devant la mairie, mon regard est
attiré par une plaque apposée sur un mur blanc, à l’angle d’un séduisant chaînage
en pierres noires et blanches. Je lis qu’en 1988 les enfants de D. Valentin
Luis Perez rénovèrent la maison acquise par leur père douze années plus tôt.
Nous
sommes de retour à la nuit tombante vers dix-neuf heures. J’écris sur le
chronojournal. Les messageries sont consultées. Un message de Ken donne de ses
nouvelles après la réception de notre carte. Un mail de Thérèse se dévoile qui
m’apporte de la joie au cœur. Sur un tweeter, je lis deux pensées de Christian
Bobin : « Je t'aime - cette parole est la
plus mystérieuse qui soit, la seule digne d'être commentée pendant des siècles
» et « L’invisible est une vague. À
la seconde où elle s’abat sur le cœur, c’est le paradis. »
Lors
du dîner, nous nous offrons une part du bizcochon acheté dans la matinée. Je
découvre la saveur du fruit jaune inconnu offert par Monsieur Virce. La mémoire
cherche en vain une comparaison dans ses souvenirs. Dans la soirée, j’apprends
dans le livre de Melvin que le Docteur Kemper, qui suivit un cours de « toucher
thérapeutique », parvint à percevoir les auras et à les examiner pour guérir
ses patients. Lors de la suite des aventures de l’Éternelle sorcière, Carmen,
lors d’une tentative pour contacter Aldemar avec une planche de Ouija censée
permettre la communication avec les esprits, fait apparaître un jeune fantôme
qui apporte une agréable fantaisie à l’épisode d’aujourd’hui...
Second appareil photo :
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