vendredi 22 février 2019

Le carnaval se prépare à Icod…


     La matinée se déroule agréablement dans l’appartement, chacun vaquant à ses occupations. Le soleil brille dans un ciel d’azur. Avant le repas, une tomate et un avocat bien mûrs, un concombre, de l’eau gazeuse sont achetés chez Virce où trois dames entre deux âges papotent avec animation. Le dernier pain de seigle nous attend sur le présentoir à la boulangerie. Un « bizcochon pepitas chocolate » artisanal, probablement fait dans la boulangerie, aucun nom de fabricant n’apparaissant sur l’étiquette, complète notre choix. Nous déjeunons dans l’appartement. Les fromages achetés chez Al Campo ravissent les papilles. Le beurre crémeux est tartiné sur le pain savoureux. Nous nous faisons la remarque qu’une telle saveur est inexistante où nous habitons en France. Des chips sont croquées durant le repas.

            Je poursuis la narration d’hier après quatorze heures. Je prends plaisir à effectuer sur le web des recherches sur les végétaux admirés au jardin d’acclimatation. Souvent, chaque variété se décline dans nombre de spécificités. La vie a opté pour la différence infinie dans la création alors que les lois humaines obligent les habitants des pays du monde, tous différents, à suivre les mêmes règles et les mêmes comportements, souvent dénués du respect de la vie. Quel gâchis et quel manque de discernement ! Notre passage sur terre est relativement court, et bien des humains passent leur existence à réprimer leur être profond, leur créativité et leur spontanéité pour respecter ces lois, absurdes et liberticides, qui s’opposent à l’essence même de la vie qui magnifie les différences. Je pense aux propos de Patrick avant-hier soir lors du dîner qui me narrait un évènement caractéristique de ces règles incohérentes qui entravent l’épanouissement de chacun.

            Alexis, un élève de dix-sept ans au lycée Bellevue d’Albi dans le Tarn, a été convoqué très récemment par le proviseur de son lycée suite à une plainte de parents d’élèves parce qu’il venait en cours en talons hauts tout en étant maquillé. Menacé d’expulsion s’il continuait à venir ainsi présenté, ses camarades masculins se sont mobilisés en venant en cours avec talons hauts et maquillage. Le proviseur a dû revenir sur sa décision.

            À dix-sept heures, une fois leur taille réduite pour la publication sur la toile, les cinquante-six photos sélectionnées avec hésitation sur les deux cent vingt-deux prises hier, se chargent sur la page du blog. Le moteur du presse-agrumes ronronne quand Patrick prépare son jus d’orange. Je sirote un cacao au lait de riz. Nous accompagnons les boissons d’un carreau de chocolat.

            Une promenade s’offre à nous dans Icod. Au bas de la rue, une dame passe avec un dalmatien en laisse. La mémoire me renvoie dans la seconde quelques images du film d'animation « Les 101 Dalmatiens » tourné par les studios Disney. Je me souviens l’avoir vu dans ma prime jeunesse avec mon frère Daniel et ma sœur Thérèse. Plus avant vers le centre, je reconnais une dame entre deux âges, plantureuse, la chevelure châtain clair mi-longue et bouclée, assise sur le trottoir surélevé d’un commerce. Une légère expression de mélancolie se dégage de son être. Je la vois régulièrement quand nous allons au centre-ville. Son regard se promène doucement sur la rue. Des personnes accoudées à leur balcon regardent l’animation revenue avec la réouverture des commerces après seize heures trente. L'hôtel de ville s’est paré d’atours pour le prochain carnaval. Des décorations sont suspendues sur la calle San Sebastián. Une affiche annonce pour demain la « Fiesta de las décadas ». Sur la plaza Andrés, où le volcan Teide montre sa remarquable silhouette dans le ciel bleu, je suis du regard un jeune homme, grand et svelte, à la chevelure châtain clair, en jeans et sweater foncé, des grosses chaussures de marche aux pieds, équipé d’un sac à dos et d’un appareil photo en bandoulière, qui découvre la ville. Il s’arrête sous la pergola pour prendre des photos. Les faîtages et les rives blancs des toitures en tuiles aux nuances variées des maisons en contrebas séduisent les regards. Un groupe de touristes avec des enfants se fait prendre en photo devant le Drago par une dame assise sur un banc à côté d’un compagnon. Les travaux extérieurs devant l'entrée principale de l’église San Marcos sont terminés. Nous nous approchons de la splendide porte cintrée. Des noms de personnes sont gravés entre les panneaux en bois qui la décorent. Patrick photographie l’étonnante clef de voûte. Il remarque et s’approche d’une fontaine en pierre grise ouvragée, au bassin vide, oubliée contre un mur perpendiculaire de l’église, au niveau de l’espace des jeux pour enfants. Nous revenons sur nos pas. Devant la mairie, mon regard est attiré par une plaque apposée sur un mur blanc, à l’angle d’un séduisant chaînage en pierres noires et blanches. Je lis qu’en 1988 les enfants de D. Valentin Luis Perez rénovèrent la maison acquise par leur père douze années plus tôt.

            Nous sommes de retour à la nuit tombante vers dix-neuf heures. J’écris sur le chronojournal. Les messageries sont consultées. Un message de Ken donne de ses nouvelles après la réception de notre carte. Un mail de Thérèse se dévoile qui m’apporte de la joie au cœur. Sur un tweeter, je lis deux pensées de Christian Bobin : « Je t'aime - cette parole est la plus mystérieuse qui soit, la seule digne d'être commentée pendant des siècles » et « L’invisible est une vague. À la seconde où elle s’abat sur le cœur, c’est le paradis. »

            Lors du dîner, nous nous offrons une part du bizcochon acheté dans la matinée. Je découvre la saveur du fruit jaune inconnu offert par Monsieur Virce. La mémoire cherche en vain une comparaison dans ses souvenirs. Dans la soirée, j’apprends dans le livre de Melvin que le Docteur Kemper, qui suivit un cours de « toucher thérapeutique », parvint à percevoir les auras et à les examiner pour guérir ses patients. Lors de la suite des aventures de l’Éternelle sorcière, Carmen, lors d’une tentative pour contacter Aldemar avec une planche de Ouija censée permettre la communication avec les esprits, fait apparaître un jeune fantôme qui apporte une agréable fantaisie à l’épisode d’aujourd’hui...















                                 Second appareil photo :









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