Dans
les rêves… bien qu’il soit mort, je
rencontre Gilbert qui se promène avec Arlette, toujours vivante. Les rites et
le petit déjeuner se regardent plaisamment avec les yeux de la routine. Lors de
ma présence sur le balcon, je me joins à l’arbre majestueux pour suivre le
mouvement de la vie. Les dix heures s’intéressent à Nietzsche quand je lis la
phrase : « Notre vie à nous aussi doit
finir par triompher à nos propres yeux ! » [« Le Gai savoir » - paragraphe
99 - page 150 ]. Je consulte les messageries et les blogs de Patrick. Un mail
de Thérèse se dévoile. Un sms est envoyé à Monique. Je lis dans un tweet la
phrase : « Un manque de communication ça
peut tellement gâcher tant de bonnes choses ». La narration de la journée
de jeudi se poursuit. Le blog est actualisé à onze heures quarante-cinq. Le
récit de la journée d’hier est confié au chronojournal après le chargement des
photos.
Avant
le déjeuner, nous effectuons quelques courses chez Monsieur Vircé qui arrondit
une fois de plus en notre faveur la somme à lui payer. Nous intégrons la file
d’attente de la boulangerie pour acheter un pain de seigle. Durant le repas,
j’apprécie les derniers tamarillos achetés chez El Campo, gardés dans le frigo.
Plus que mûrs, ils restent savoureux. Un fruit ou un légume étonnant !
Quand
les quatorze heures sonnent, nous marchons sur la calle San Agustín où la «
Feria del Descuento » [Foire à la remise] bat son plein dans la rue. Nous
avançons entre les chapiteaux blancs installés par les commerçants. Devant les
banques et autres établissements fermés, d’autres chapiteaux apportent de la
nouveauté. La boulangerie pâtisserie San Bernardo, qui propose régulièrement l’achat
de quatre pains pour un euro, étoffe son offre sur un comptoir. Un orchestre
joue à l’angle de la calle El Tigre. Le batteur s’en donne à cœur joie. Une
animation bon enfant entoure l’orchestre. Nous flânons. La foire se poursuit
sur la Calle San Sebastián, après la place de la mairie. Sur un stand, devant «
notre » banque où nous effectuons un retrait d’espèces, nous repérons des
douceurs protégées par un voile transparent en toile crème légèrement ajourée.
Nous arrivons au parc Andrés où nous prenons plaisir à nous promener. Des
enfants jouent au ballon. La beauté du site nous enchante à chacune de nos
visites et les yeux trouvent toujours à se poser sur de nouvelles découvertes.
La pancarte des travaux à côté de la porte de l’église a été enlevée ; les
photos deviennent plus esthétiques. Nous flânons comme les promeneurs. Nous
montons plus haut sur la plaza de la Pila, peut-être la plus ancienne de la
ville. Je pose mon regard sur les racines aériennes du vénérable laurier
indien. La « pila » [source d'eau potable] de la fontaine, au centre de la
place, se souvient des hôtels particuliers et des maisons à l'architecture
canarienne typique édifiés au dix-septième siècle.
Nous
revenons sur nos pas. Nous achetons trois douceurs sur le stand repéré à
l’aller. Le prix total, inférieur à quatre euros, surprend par sa modicité. Sur
un autre étal, de séduisants calepins retiennent l’attention. Nous achetons
pour moins de deux euros un modèle où un globe terrestre décore la couverture
qui s’inspire de l’astronomie. La fillette du vendeur, les cheveux à la Fifi
Brindacier, mignonne dans un sweat rose bonbon à capuche, assise de dos devant
une petite table bleue, s’amuse dans son univers. Un tabouret rond jaune à sa droite
semble venir du dôme. Sur la calle San Agustín, nous entrons chez Calzados
Campos où j’essaie une paire de sandales en cuir fauve fabriquée en Espagne,
inadaptée pour la marche dans les grimpettes. En face du magasin, le guitariste
barbu au chapeau de cow-boy continue de jouer. Il chante un air de bluegrass. Je pense à Ken, notre ami texan, chez qui nous avons découvert avec son épouse
Barbara, décédée depuis, cette branche de la musique country. Je dépose une
pièce. Plus avant, nous entrons dans le magasin Inside où deux « camisetas »
sont achetées en promotion à Candelaria. Je les photographie sur le cintre
avant de partir. Les mots « Think less, Live more » [Penser moins, Vivre plus]
se dévoilent au bas de la face avant de mon tee-shirt. Une quinzaine de minutes plus tard, nous
sommes chez Xiel Deco-Hogar où nous regardons les rasoirs au travers d’une
vitrine. Le patron s’approche et la déverrouille spontanément pour permettre de
choisir plus facilement un modèle. Patrick opte pour un « afeitadora » [rasoir]
de la marque Braun acheté pour une trentaine d’euros. Nous retournons ensuite
nonchalamment à l’appartement.
Les
quinze heures trente s’annoncent quand je reprends la narration d’hier. Patrick
met en charge le rasoir Braun. Après la pause-détente, Patrick se détend avec
les deux premiers épisodes de la série « Everything Sucks ! ». J’œuvre sur
l’ordinateur. Lors du dîner, après la pomme, nous nous partageons deux des
douceurs artisanales, dont une sans sucre agrémentée de petits morceaux de
pomme. Je savoure chaque moitié avec des rondelles de banane. La lecture sur le
canapé à côté de Patrick, qui embellit le début de la soirée, laisse place au
cinéma. Nous regardons les trois derniers épisodes de la série « Please like me
». Le premier épisode, enchanteur et original, se déroule dans un grand
restaurant où Josh et ses parents savourent les quinze plats d’un menu
dégustation en se remémorant des souvenirs et en exprimant leurs émotions. A un moment donné, Alan se lève et mime la démarche d'un émeu en se déplaçant dans la salle sous les rires de Josh et Rose. Leur «
cuenta » se monte à neuf cents dollars canadiens. Les deux derniers épisodes,
tristes et décevants, voient la mort de Rose et l’emménagement de Josh dans un
loft sans charme acheté à un million de dollars suite à la vente de la maison
de sa mère qui s’est suicidée. Quand la caméra s’éloigne de la dernière scène, Josh
et Tom, tous les deux esseulés du cœur, passent une soirée privée de joie…
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