vendredi 15 mars 2019

Beauté et émotion à Puerto de la Cruz...


     Les rites et le petit déjeuner se relaient. Lors du yoga des yeux sur le balcon, le soleil brille, les nuées se promènent, le vent souffle. Les neuf heures quarante-cinq s’étourdissent de la  beauté de la vie. Je consulte les blogs de Patrick. Je lis la narration de la journée de mercredi. Le blog s’actualise aisément après onze heures, le chargement des photos retrouvant la rapidité après les trois jours de galère, relative, au Palm Beach. Les mots du récit de la journée d’hier s’écrivent sur la chronojournal. Midi trente s’annonce, je pose la plume.

            Le soleil s’épanouit dans le ciel d’azur. Patrick me propose d’aller déjeuner dans un restaurant végétarien. Nous partons. Nous arrivons à treize heures à Puerto de la Cruz. La voiture est stationnée facilement dans un immense parking en terre battue au bord du littoral qui un jour disparaîtra pour laisser place à un port de plaisance. Le phare de la ville, achevé quelques années avant la fin du siècle passé, dresse sa silhouette originale à quelques enjambées. Les photos flatteuses regardées sur Internet diffèrent de la réalité. Un océan de voitures côtoie le gardien esseulé. Nous nous approchons. Le phare se compose d'une tour carrée à la structure ouverte en acier peint en noir. Elle entoure un escalier cubique, noir et rouge, qui accède à la lanterne. Je parviens à prendre quelques photos d’assez près, sans la présence de voitures sur les clichés. Nous nous dirigeons vers la vieille ville pour aller déjeuner.

            Le restaurant El Limón dévoile ses superbes façades d’angle élancées sur la calle Esquivel. Les chaînages en pierres noires, les murs jaunes, les fenêtres en bois blond cintrées et rectangulaires, les discrets balcons, les œils-de-bœuf, les impostes en éventail, confèrent un charme fou à l’édifice. Nous nous installons à une petite table vers le pilier central blanc qui jouxte le bar et la cuisine ouverte sur la salle au haut plafond où le bleu et le blanc dominent. Les plateaux en bois blond des tables apportent un séduisant contraste. Une frise sépare les fenêtres en éventail des œils-de-bœuf. Sur le comptoir derrière moi, des bananes flirtent avec une énorme pastèque. Les toques bleues des cuisinières s’assortissent avec leur tablier. La silhouette de la jeune serveuse me rappelle Fiona de la série Shameless. Le menu, imprimé sur le set de table, permet de découvrir à loisir les mets, tous végétariens, dont la majorité oscille entre trois et quatre euros. Nous commandons des nachos à l’houmous et à l’avocat, des croquettes, un « rollito de primavera » [rouleau de printemps], un hamburger avec des frites servi avec un œuf sur le plat, de la salade et quelques crudités… et, pour finir, une bocata [sandwich à la baguette] tartinée de mayonnaise et d’avocat, garnie de tortilla agrémentée de rondelles de tomate. Durant la préparation des mets, je quitte ma chaise pour prendre des photos de la salle et de la  décoration. Un vieux transistor, une figurine de Charlie Chaplin, un trousseau de clefs rouillées apportent des notes de charme avec d’anciennes réclames dont celle du produit Bovril, genre Viandox, vanté par une élégante golfeuse qui captive mon attention sur le mur couleur lavande.

            Pour la petite histoire, le Britannique John Lawson Johnston émigra au Canada au début des années dix-huit cent soixante-dix où il créa l’entreprise Bovril. Le produit phare, qui portait le nom de la société, était un extrait épais de bœuf salé vendu dans un bocal à la forme originale. L’extrait pouvait se consommer comme boisson en le diluant dans de l'eau chaude, se tartiner sur du pain ou relever le goût des soupes, des ragoûts et autres préparations. L’appellation du produit fut imaginée à partir du préfixe « bos », qui signifie « bœuf » en latin, et du suffixe « vril », tiré du roman de science-fiction « The Coming Race » [La Race à venir] de Edward Bulwer-Lytton, publié à Londres en 1871, qui connut un succès retentissant à cette époque. Dans le livre, le narrateur découvre une « race » matriarcale qui vit sous terre depuis les temps préhistoriques. Les femelles Gy-ei furent à l’origine de l’invention d’un fluide appelé le « Vril » leur permettant de voler dans les airs, de tuer et d’anéantir à distance... À la fin du dix-neuvième siècle, les actionnaires de la société Bovril acceptèrent une offre d’achat de plus de deux millions de livres sterling du financier controversé Ernest Terah Hooley. John, qui était le principal actionnaire de la société, resta au conseil d'administration jusqu'à sa mort. Passionné de plaisance, John décéda à bord de son yacht « White Ladye » à Cannes le samedi 24 novembre 1900. Son corps fut inhumé dans un grand mausolée situé dans le cimetière de West Norwood en Angleterre…

            Nous nous partageons les mets que nous savourons un peu goulûment. Une manzanilla et de l’eau gazeuse accompagnent le repas. Au premier étage, où se situent les toilettes, un superbe bahut à deux corps peint en bleu cobalt retient l’attention contre un mur jaune vif. En haut de l’escalier, je prends une vue plongeante de la salle. À deux euros près, le montant de l’addition se montre le même que celui du restaurant Monkey Beach Club où nous avons déjeuné hier. Ce constat interpelle…

            Une fois sortis du restaurant, nous découvrons la plaza de la Iglesia en passant devant une longue fresque qui représente des figurines de jouets Playmobil. La place se laisse admirer avec son superbe jardin, magnifiquement entretenu, où un dragonnier, des palmiers et des lauriers indiens, épanouis, captivent mon regard. Une fontaine ornementale en pierre blanche, née au début du vingtième siècle, aux vasques sculptées en pétale, s’enorgueillit du cygne en pierre qui barbote sans se lasser d’être admiré. Nous quittons la place dominée par un bel édifice flanqué d’une multitude de balcons en loggia. L’ancien village de pêcheurs, à l’architecture coloniale et canarienne, a su se développer en gardant son identité. Quelques pas plus loin, nous atteignons la Punta del Viento qui offre une vue panoramique d’une vaste crique. Les vagues se brisent avec fougue sans discontinuer. Nous descendons une rampe inclinée pour accéder à une petite esplanade en terrasses au ras des flots où la vue impressionne par la beauté déchiquetée des récifs pris continuellement d’assaut par les rouleaux des vagues à l’élan invincible et au rythme déchaîné. Nous nous laissons porter par cet opéra aquatique dans des minutes d’éternité. Les convives du restaurant Pomodoro, niché dans la falaise, profitent du spectacle depuis les arcades en pierres noires. Les balcons de l’hôtel San Telmo offrent à la clientèle une symphonie visuelle et auditive continuelle. Une dame en profite en lisant un livre.

       Nous suivons ensuite la promenade de bord de mer San Telmo, inondée de terrasses, de restaurants et des piscines attrayantes du Lago Martianez où il faut débourser quelque cinq euros pour entrer et se dorer au soleil. Devant l’Ermita de San Telmo, au bas d’une tourelle blanche, un oiseau immobile à l’angle du mur, une aile déployée sur le sol et l’autre repliée, me semble blessé. Je prends le temps de le regarder avec compassion et les battements de mon cœur s’accélèrent quelque peu. Je lui envoie mon énergie d’amour et de guérison qui tourbillonne dans son petit corps. Soudain, il se met à bouger, il réussit à refermer son aile, il tente avec succès de se mettre sur ses pattes, il se dandine quelque peu, il avance avec plus d’assurance et, contre toute attente, il prend son envol. Quand je parle de l’oiseau à Patrick, il me dit qu’il est moins compliqué que l’être humain. La promenade dévoile des aires de repos agréablement aménagées, ombragées par endroits, où des murets blancs arrondis ondulent en se métamorphosant de temps à autre en bancs allongés où il fait bon se reposer. Nous les sillonnons en flânant, nous nous attardons devant l’entrée du Lago Martianez où les jets d’une fontaine scénique jaillissent dans le décor. La promenade se termine devant une ample crique. Je marche sur le sable volcanique de la plage. Des couples gays se délassent au bord de l’eau. Une jetée en pierre, interdite à la promenade, s'enthousiasme des offensives des vagues qui escaladent les récifs avec engouement.

            Nous revenons sur nos pas. Le long de l’avenida de Cristobal Colón, je regarde la façade de l’hôtel ValleMar dont toutes les chambres sont pourvues d’un balcon. Nous entrons dans un magasin Desigual où Patrick emporte un catalogue de la marque. Plus avant, je détaille la structure de l’hôtel Catanolia Las Vegas, bleu et blanc, flanqué d’une petite pyramide vers l’entrée. Nous nous dirigeons en direction de l’enceinte fortifiée de la Punta del Viento. Trois pêcheurs discutent à côté d’un piton rocheux assailli par les vagues écumeuses. Un poisson se meurt dans un seau en s'agitant désespérément. Nous montons sur le chemin de ronde par un escalier en pente douce. La féerie aquatique se poursuit. Une jetée courbe du chemin de ronde donne naissance à une anse abritée des flots fougueux. Des vacanciers profitent des rayons de soleil. Nous quittons les remparts vers la playa del Muelle où une marchande de poissons est immortalisée dans le bronze sur le trottoir pavé. Nous passons devant le second magasin Ale-Hop, à la façade attrayante, où la vache tourne son regard vers la plage. Nous cheminons sur la digue au sol granuleux qui mène au phare. Les brise-lames subissent impassiblement le déferlement des vagues qui se brisent avec éclat. Nous arrivons à la voiture presque seule sur son emplacement. Je prends le volant et nous retournons à Icod. Les seize heures trente font écho au mugissement des vagues. Une trentaine de minutes plus tard, la chance nous offre de garer la voiture derrière la petite chapelle. Le portillon, souvent fermé, est ouvert. Nous traversons le parc. Je vais saluer l’arbre que j’admire lors du yoga des yeux.

            La Pause-détente est appréciée. Nous nous partageons le dernier carreau de chocolat Lacasa. J’œuvre sur l’ordinateur avant le repas. Lors du dîner, Patrick me parle avec animation du jeu « Domination » auquel il s’adonne régulièrement. Les fondateurs résident à Séoul en Corée du Sud. Un temps de lecture avec Sophie, qui assiste au mariage d’Anaïs, précède une aventure avec Carmen, la Sorcière éternelle, qui sauve son amie Mayte. Quand nous entrons au pays des rêves, des chants et de la musique se font entendre. Des membres de notre voisinage font la fête…























































                                Second appareil photo :

















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