mercredi 27 mars 2019

Paella à Garachico…


   Les rites et le petit déjeuner suivent comme chaque matin les cailloux du Petit Poucet pour retrouver avec joie le chemin de la matinée. Lors de ma présence sur le balcon, le soleil brille et des nuées se promènent lentement dans le ciel bleu. Un monsieur et un jeune garçon entrent des matériaux dans la chapelle. Tout comme mes yeux, les dix heures se baignent dans le poudroiement de la lumière solaire. Je consulte les messageries et les blogs de Patrick. Un site de paiement en ligne me demande de confirmer mon numéro de téléphone pour sécuriser mon compte. Je poursuis la narration de la journée d’hier.



   Après midi trente, nous sortons pour aller déjeuner une dernière fois à Garachico où nous garderons un excellent souvenir gustatif des trois restaurants où nous sommes allés durant l’hiver. Depuis l’aurore, le ciel s’est progressivement couvert. Comme une araignée gourmande, les nuées grises poudrées de houppettes blanches tissent leur toile qui se propage sur la voûte céleste. Une quinzaine de minutes plus tard, Patrick stationne la voiture dans le parking dérobé aux regards des touristes. Dans les minutes suivantes, nous nous installons à la terrasse du restaurant « La Cofradía del Mar », situé sur l’avenida República de Venezuela, où nous déjeunâmes le samedi 23 février 2019. Carolina prend la commande et dispose avec les couverts deux napperons lavande devant nous ; ils étaient blancs lors de notre précédente venue. Andrés, qui nous reconnaît, apporte de l’eau gazeuse San Borondón et une manzanilla espagnole de la marque Serhos. Le vent, plus chaud qu’à Icod, souffle agréablement. Je fais un petit montage photo sur la table avec les deux menus et la lanterne crème décorative. Deux chats rêvassent à l’angle de la terrasse, derrière la table inoccupée à ma gauche. Le matou blanc a posé sa tête sur l’échine du minet au pelage noir, roux et blanc. Leur harmonie paisible charme nos regards. Une jeune fille à la longue chevelure noire, aux vêtements colorés, pianote sur son smartphone en marchant devant le restaurant, absente au mouvement de la vie. Une coquette midinette, en pantalon à pattes d'éléphant et veste jaunes, vient la rejoindre un instant plus tard. Les vagues se succèdent sur le littoral et viennent expirer sur les récifs dans des dentelles d’écume qui festonnent le rivage.

   Une trentaine de minutes s’écoulent agréablement durant la préparation de la paella végétarienne, déposée sur la table par Carolina. Magnifiquement présentée dans un grand poêlon rond, elle dévoile une décoration différente de la fois précédente. Les rondelles d’orange sont absentes. Les quartiers de citron se dressent telles de petites lanternes de phares. La rosace centrale se présente aujourd’hui sous la forme d’une grosse tomate coupée en dents de loup. Les moelleuses asperges de l’île coupées cette fois en morceaux laissent toute la place aux « pimientos de Padrón » répartis en étoile sur la préparation attrayante. Nous nous régalons. Le riz au safran, bien cuit, fond dans la bouche. Les papilles apprécient les saveurs et nous mangeons lentement plus qu’à satiété. Sur l’addition, les deux euros vingt-cinq du pain et du mojo, déposés sur la table en début de repas, sont absents du total. Ils ont seulement décoré le plateau en alu de la table carrée. Ce geste est apprécié et le pourboire étoffé.



   En sortant du restaurant, je photographie le profil de la sculpture d’une marchande de poisson exécutée par l'artiste Pascual González Regalado. L’œuvre, réalisée en acier Corten à corrosion superficielle, fut inaugurée en septembre 2007. En retournant au parking, le long de la traversia Guía de Isora, j'attarde mon regard sur le pan coupé d’une bâtisse aux murs ocre rouge à l’angle de la calle Santa Ana. J’admire le ravissant chaînage d’angle en pierres grises. Nous retournons à Icod. Quand nous traversons le túnel Las Aguas, je demande à Patrick de prendre quelques photos. Je prends plaisir à suivre le slalom des courbes de l’impressionnant tunnel flanqué d’une enfilade de cercles ouverts sur le littoral où entre la lumière naturelle qui donne une visibilité parfaite. Une fois à Icod, la chance nous offre de stationner la voiture à quelques pas de chez nous, à l’emplacement quitté ce matin. La voiture stationnée s’en va juste quand nous arrivons. Le chargement des bagages vendredi matin sera ainsi grandement facilité.



  À quinze heures, je retourne dans l’univers des mots où les vingt-quatre lettres de l’alphabet sont déjà à l’origine de millions de phrases. Une trentaine de minutes plus tard, Patrick s’exclame. Nous avons échappé à la pluie qui tombe dru sur Icod. Après la pause-détente, nous sortons pour une promenade. Patrick remonte chercher les parapluies. Je vois que la "Peluquería Chuchu", dont l'entrée est contiguë à la nôtre, est ouverte. En haut de la volée de marches, dans le hall, un canapé permet aux clientes d'attendre confortablement leur tour. Des gouttes de pluie nous escortent le long des deux rues commerçantes du centre-ville. Sur la place Andrés, je remarque à distance la partie arrière cubique du restaurant Agustín Y Rosa dont la couleur ocre rouge des façades contraste avec le blanc environnant. La végétation se mire par endroits dans les petites flaques de pluie des pavés mouillés. La prise de photos est aléatoire car je tiens le parapluie ouvert pour protéger les verres de lunettes. En quittant la place, nous entrons chez Lekkery où trois douceurs sont achetées à une jeune vendeuse qui me gratifie d’un beau sourire. Nombre de tables sont occupées à l’intérieur ; le temps pluvieux incite les clients à éviter la terrasse. Nous effectuons les ultimes emplettes chez Alteza ; un lait de riz et deux boîtes de barres El Almendro. Nous rejoignons la calle San Agustín en traversant la calle Infanta Isabel où l’enseigne du commerce « Brujas » attire mon attention. Le mot au pluriel signifie sorcières. Je repense à la série « Siempre Bruja » [L'éternelle sorcière] dont nous avons apprécié les aventures temporelles. Plus avant sur la rue, nous croisons la dame qui nous a vendu le ticket de loterie. Elle avance sur l’autre trottoir. Je lui fais un signe. Une écharpe bleu clair complète la même tenue. Elle nous reconnaît et son visage s’illumine d’un sourire timide.



  De retour dans l’appartement, je reprends le récit de la journée d’hier. Lors du dîner, une fois les quartiers de pomme croqués, je savoure le millefeuille à la vanille avec un smoothie banane et yaourt de brebis. J’enlève les feuilles de la surface noyées sous le sucre glace. Après le repas, je continue la lecture de l’extrait du livre « Souvenirs de l’Au-Delà » de Michael Newton, envoyé précédemment sur le kindle. Deux épisodes originaux de la série « The Good Place » enjolivent agréablement la suite de la soirée. Les quatre humains recherchés par les démons sont cachés par l’automate Janet dans son vide blanc atemporel où, contre toute attente, ils prennent tous l’apparence de Janet. Toutefois, leur personnalité se reconnaît immédiatement, notamment celle de Jason, toujours aussi fougueux et spontané. Avant de rejoindre Morphée pour la nuit, je photographie le séduisant coussin à motifs brodés, que je glisse chaque soir sous mes genoux au salon, et le nouveau réveil allumé en frappant des mains, positionné devant la superbe lampe de la table de chevet de Patrick. Ma mémoire me renvoie un souvenir d’enfance où mon frère Daniel avait inventé un système similaire pour allumer la lumière de sa chambre. Il suffisait aussi de frapper des mains pour l’activer…



 
























                            





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