Les
rites et le petit déjeuner suivent comme chaque matin les cailloux du Petit
Poucet pour retrouver avec joie le chemin de la matinée. Lors de ma présence
sur le balcon, le soleil brille et des nuées se promènent lentement dans le
ciel bleu. Un monsieur et un jeune garçon entrent des matériaux dans la
chapelle. Tout comme mes yeux, les dix heures se baignent dans le poudroiement
de la lumière solaire. Je consulte les messageries et les blogs de Patrick. Un
site de paiement en ligne me demande de confirmer mon numéro de téléphone pour
sécuriser mon compte. Je poursuis la narration de la journée d’hier.
Après
midi trente, nous sortons pour aller déjeuner une dernière fois à Garachico où
nous garderons un excellent souvenir gustatif des trois restaurants où nous
sommes allés durant l’hiver. Depuis l’aurore, le ciel s’est progressivement
couvert. Comme une araignée gourmande, les nuées grises poudrées de houppettes
blanches tissent leur toile qui se propage sur la voûte céleste. Une quinzaine
de minutes plus tard, Patrick stationne la voiture dans le parking dérobé aux
regards des touristes. Dans les minutes suivantes, nous nous installons à la
terrasse du restaurant « La Cofradía del Mar », situé sur l’avenida República
de Venezuela, où nous déjeunâmes le samedi 23 février 2019. Carolina prend la
commande et dispose avec les couverts deux napperons lavande devant nous ; ils étaient blancs
lors de notre précédente venue. Andrés, qui nous reconnaît, apporte de l’eau
gazeuse San Borondón et une manzanilla espagnole de la marque Serhos. Le vent,
plus chaud qu’à Icod, souffle agréablement. Je fais un petit montage photo sur
la table avec les deux menus et la lanterne crème décorative. Deux chats
rêvassent à l’angle de la terrasse, derrière la table inoccupée à ma gauche. Le
matou blanc a posé sa tête sur l’échine du minet au pelage noir, roux et blanc.
Leur harmonie paisible charme nos regards. Une jeune fille à la longue
chevelure noire, aux vêtements colorés, pianote sur son smartphone en marchant
devant le restaurant, absente au mouvement de la vie. Une coquette midinette,
en pantalon à pattes d'éléphant et veste jaunes, vient la rejoindre un instant plus tard. Les
vagues se succèdent sur le littoral et viennent expirer sur les récifs dans des
dentelles d’écume qui festonnent le rivage.
Une trentaine de minutes s’écoulent
agréablement durant la préparation de la paella végétarienne, déposée sur la
table par Carolina. Magnifiquement présentée dans un grand poêlon rond, elle
dévoile une décoration différente de la fois précédente. Les rondelles d’orange
sont absentes. Les quartiers de citron se dressent telles de petites lanternes
de phares. La rosace centrale se présente aujourd’hui sous la forme d’une
grosse tomate coupée en dents de loup. Les moelleuses asperges de l’île coupées
cette fois en morceaux laissent toute la place aux « pimientos de Padrón »
répartis en étoile sur la préparation attrayante. Nous nous régalons. Le riz au
safran, bien cuit, fond dans la bouche. Les papilles apprécient les saveurs et
nous mangeons lentement plus qu’à satiété. Sur l’addition, les deux euros vingt-cinq
du pain et du mojo, déposés sur la table en début de repas, sont absents du
total. Ils ont seulement décoré le plateau en alu de la table carrée. Ce geste
est apprécié et le pourboire étoffé.
En
sortant du restaurant, je photographie le profil de la sculpture d’une
marchande de poisson exécutée par l'artiste Pascual González Regalado. L’œuvre,
réalisée en acier Corten à corrosion superficielle, fut inaugurée en septembre
2007. En retournant au parking, le long de la traversia Guía de Isora, j'attarde mon regard sur le pan coupé d’une bâtisse
aux murs ocre rouge à
l’angle de la calle Santa Ana. J’admire le ravissant chaînage d’angle en pierres grises.
Nous retournons à Icod. Quand nous traversons le túnel Las Aguas, je demande à
Patrick de prendre quelques photos. Je prends plaisir à suivre le slalom des
courbes de l’impressionnant tunnel flanqué d’une enfilade de cercles ouverts
sur le littoral où entre la lumière naturelle qui donne une visibilité
parfaite. Une fois à Icod, la chance nous offre de stationner la voiture à
quelques pas de chez nous, à l’emplacement quitté ce matin. La voiture
stationnée s’en va juste quand nous arrivons. Le chargement des bagages vendredi
matin sera ainsi grandement facilité.
À
quinze heures, je retourne dans l’univers des mots où les vingt-quatre lettres
de l’alphabet sont déjà à l’origine de millions de phrases. Une trentaine de
minutes plus tard, Patrick s’exclame. Nous avons échappé à la pluie qui tombe
dru sur Icod. Après la pause-détente, nous sortons pour une promenade. Patrick remonte chercher les parapluies. Je vois que la "Peluquería Chuchu", dont l'entrée est contiguë à la nôtre, est ouverte. En haut de la volée de marches, dans le hall, un canapé permet aux clientes d'attendre confortablement leur tour. Des
gouttes de pluie nous escortent le long des deux rues commerçantes du
centre-ville. Sur la place Andrés, je remarque à distance la partie arrière
cubique du restaurant Agustín Y Rosa dont la couleur ocre rouge des façades
contraste avec le blanc environnant. La végétation se mire par endroits dans
les petites flaques de pluie des pavés mouillés. La prise de photos est
aléatoire car je tiens le parapluie ouvert pour protéger les verres de
lunettes. En quittant la place, nous entrons chez Lekkery où trois douceurs
sont achetées à une jeune vendeuse qui me gratifie d’un beau sourire. Nombre de
tables sont occupées à l’intérieur ; le temps pluvieux incite les clients à éviter
la terrasse. Nous effectuons les ultimes emplettes chez Alteza ; un lait de riz
et deux boîtes de barres El Almendro. Nous rejoignons la calle San Agustín en
traversant la calle Infanta Isabel où l’enseigne du commerce « Brujas » attire
mon attention. Le mot au pluriel signifie sorcières. Je repense à la série «
Siempre Bruja » [L'éternelle sorcière] dont nous avons apprécié les aventures
temporelles. Plus avant sur la rue, nous croisons la dame qui nous a vendu le
ticket de loterie. Elle avance sur l’autre trottoir. Je lui fais un signe. Une
écharpe bleu clair complète la même tenue. Elle nous reconnaît et son visage
s’illumine d’un sourire timide.
De
retour dans l’appartement, je reprends le récit de la journée d’hier. Lors du
dîner, une fois les quartiers de pomme croqués, je savoure le millefeuille à la
vanille avec un smoothie banane et yaourt de brebis. J’enlève les feuilles de
la surface noyées sous le sucre glace. Après le repas, je continue la lecture
de l’extrait du livre « Souvenirs de l’Au-Delà » de Michael Newton, envoyé
précédemment sur le kindle. Deux épisodes originaux de la série « The Good
Place » enjolivent agréablement la suite de la soirée. Les quatre humains
recherchés par les démons sont cachés par l’automate Janet dans son vide blanc atemporel
où, contre toute attente, ils prennent tous l’apparence de Janet. Toutefois,
leur personnalité se reconnaît immédiatement, notamment celle de Jason,
toujours aussi fougueux et spontané. Avant de rejoindre Morphée pour la nuit,
je photographie le séduisant coussin à motifs brodés, que je glisse chaque soir sous
mes genoux au salon, et le nouveau réveil allumé en frappant des
mains,
positionné devant la superbe lampe de la table de chevet de Patrick. Ma mémoire
me renvoie un souvenir d’enfance où mon frère Daniel avait inventé un système
similaire pour allumer la lumière de sa chambre. Il suffisait aussi de frapper des
mains pour l’activer…
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