Durant
la nuit, Patrick fait involontairement du bruit avec le réveil. Je sors
brusquement d’un rêve… où j’arrive dans
l’ancien magasin. Arlette est présente. Je vois que deux stores en façade du
magasin sont tombés et cachent les vitrines… Durant les rites matinaux, je bois
la dernière ampoule d’aubier de tilleul sauvage. Après le petit déjeuner, lors
de ma présence sur le balcon, le soleil brille à nouveau et le ciel est grand
bleu. Les contrastes sont nets et la beauté du paysage devient source de joie.
Je prends quelques photos pour me souvenir de la vue depuis le balcon. Les dix
heures s'évanouissent sur l’océan paisible. Je consulte les messageries et les
blogs de Patrick. Les photos d’hier sont chargées. Patrick se boit un thé Earl
Grey. J’écris le récit de la journée d’hier. Sa lecture est interrompue à midi
quarante-cinq.
En
sortant de l’appartement, nous constatons que l’ampoule du plafonnier devant
l’ascenseur au rez-de-chaussée a été changée. La lumière fonctionne pour la première
fois depuis que nous sommes arrivés à Icod. Monsieur Virce, fidèle à lui-même,
arrondit la somme due en notre faveur. Tamara nous accueille à la boulangerie.
Un pain de seigle est glissé dans notre « bolsa » [sac] par la jeune femme.
Nous déjeunons dans l’appartement. Les champignons frais révèlent leur saveur.
Après
le repas, nous partons pour nous rendre à Masca. Je m’installe au volant. À la
dernière minute, nous décidons de changer notre destination. Patrick sort le
plan de l’île. Je propose d’aller marcher le long du littoral depuis Los Silos
en direction du phare de Buenavista. Patrick valide spontanément ce dessein.
Nous traversons le village de Garachico, noir de monde. Au niveau de La Caleta
de Interián, un village qui chevauche le territoire des communes de Garachico
et de Los Solos, nous prenons à droite sur la calle Arauz où un supermarché
Alteza se remarque au début de la rue inclinée. La voiture semble partie pour
plonger dans l’océan avec la perspective visuelle. Nous prenons à gauche et
nous suivons le « camino de Los Silos a la caleta por la ribera del mar »
[chemin de Los Silos vers la crique au bord de la mer]. Nous nous arrêtons pour
admirer le « Charco el Inglés », un bassin naturel aux récifs et aux rochers
escarpés. Le charco doit son nom aux baignades fréquentes de familles anglaises
qui vécurent et travaillèrent à la fin du dix-neuvième siècle dans la « Máquina
del Azúcar » [usine sucrière] dont l’ancienne cheminée « troncopiramidale »
composée de deux types de pierre volcanique s’élance encore aujourd'hui dans le
ciel. Je grimpe sur des rochers, j’admire les vagues infatigables qui viennent
trépasser tapageusement en contrebas sur la plage de galets et de sédiments déposés
inlassablement par les eaux sous l’œil de la cheminée impavide.
Érigée
sur de vieilles salines autour de l’année 1890 par la firme britannique
Lathbury & Co de Manchester, à côté du quai de Daute construit pour
l’acheminement du sucre, l’usine sucrière fonctionna une trentaine d’années
avant que les bananiers ne viennent remplacer définitivement la canne à sucre
quand la concurrence cubaine et marocaine se fit trop sentir. Les machines à
vapeur furent alors déplacées au Portugal et l’usine vivota en servant à
l’emballage des bananes avant d’être progressivement abandonnée à son sort.
Au
centre de la crique, les flots s’amusent à submerger, à grand renfort d’écume,
les récifs acérés qui émergent à la surface. Après une dizaine de minutes d’un
spectacle fascinant dont la parade se renouvelle diversement, sans cesse, dans
toute sa force et sa fraîcheur, nous reprenons la route. Nous garons la voiture
en face d‘un coquet immeuble résidentiel baptisé « Edificio Daute » [je découvrirai ultérieurement sur Internet
une prose écrite par un résident], à proximité des « Hornos de la Cal
». Lors de leur fonctionnement, les fours à chaux, édifiés en brique et en
pierre, furent utilisés pour amender les terres agricoles et pour fabriquer des
matériaux de construction. Durant la calcination, les ouvriers profitaient de
la chaleur des fours pour faire cuire les papas arrugadas et le poisson de
leurs repas. Le four le plus ancien date du dix-neuvième siècle et l'autre des
années trente. Les pierres de calcaire utilisées était transportées sur le
voilier Evelia et sur le bateau à vapeur Gando depuis le port de Gran Tarajal
sur l’île de Fuerteventura. À proximité, nous voyons un bâtiment de stockage en
ruine dont la toiture a disparu. À la fin des années soixante, quand le ciment
fut utilisé pour la première fois comme élément principal de la construction,
les fours à chaux cessèrent de fonctionner.
Comme
à la Punto de Teno, Favonius nous gratifie de son souffle doux et chaud, bien
agréable après ces derniers jours de froidure. Nous nous dirigeons vers le
littoral. Nous saluons la vieille barque verte et blanche en face des fours.
Nous faisons un crochet par El Puertito, un petit quai de pêcheurs. Je marche devant
le Club Puertito de Daute pour avoir une vue d’ensemble d’une large crique où
la silhouette de la cheminée de l’usine sucrière se dessine au loin au bout de
la Punta del Risco de Daute. Plus près, les bâtiments groupés de différentes
hauteurs des « Apartamentos Los Silos », qui s’apparentent dans mon esprit
aux tuyaux circulaires d’une flute de pan, se dressent à distance au bord des
récifs. Plus avant, proche des bassins vides de la piscine municipale, nous
admirons un immense guirre coloré, connu sous le nom de vautour d’Égypte, créé
à partir de déchets et de matériaux de récupération. Cette œuvre de l’artiste
portugais Artur Bordalo, dit Bordalo II, fut inaugurée en septembre 2017. Le
dernier couple de guirres de l’île s’est éteint en 1986 dans le Parque rural de
Teno. Nous longeons la playa Charco de la Araña [araignée] où une agréable
promenade a été aménagée le long de la crique. Je m’arrête sous une ravissante
pergola contemporaine à la toiture plate en bois clair ajouré d’où je prends
quelques photos. Nous atteignons une esplanade en terrasses où un
impressionnant squelette de baleine flotte dans les airs depuis le mois d’août
2008. Le rorqual serait venu trépasser de mort naturelle sur le rivage au sud
de l’île de la Grande Canarie. Le squelette fut restauré en grande partie grâce
aux fonds réunis par la municipalité et les entreprises de Los Silos qui
perçurent une opportunité touristique idéale. Un peu plus loin, le Charco de
los Chochos, dont le nom provient de la légumineuse « chocho » [lupin] »
que les paysans venaient tremper dans l'eau salée afin d’en retirer l'amertume,
dévoile ses récifs volcaniques aux formes fantasmagoriques et capricieuses.
Quatre garçons se baignent dans un bassin naturel d'eau salée accessible par
des marches en pierre. Nous nous approchons des récifs en crapahutant sur les
roches pour admirer les découpes acérées où les flots sautent à l'abordage en
écumant d’impétuosité.
Plus
loin, la magie des formes volcaniques nous offre de découvrir un canyon où les
flots prisonniers bouillonnent contre les parois verticales. Le vent active son
souffle et s’engouffre dans le sweater rose jeté sur mes épaules pour en
couvrir ma tête quand je suis au bord de la gorge. Patrick me prend en photo
quand j’éclate de rire alors qu’un nuage d’écume s’élance dans le ciel. Je
pense aux Hauts de Hurle-Vent balayés par les vents du nord devant ces roches
verticales qui, telles des cathédrales, s’apparentent aux tuyaux des orgues. Quelques
minutes plus tard, nous arrivons à El Bufadero, un gouffre souterrain où les
flots déchaînés, telle une bête féroce rugissante, grondent en profondeur sous
nos pieds dans les anfractuosités de cavernes labyrinthiques. Ils respirent
dans un rythme assourdissant et doivent parfois parvenir à jaillir en geyser
quand la mer est démontée. La promenade se poursuit, les minutes semblent
ralentir pour participer à notre émerveillement. Un nouveau site se dévoile. Le
Charco Don Gabino, qui tient son nom de Gabino Dorta, un célèbre possesseur
temporel de maintes exploitations bananières, dévoile sa piscine de roche
volcanique dont le ruissellement cristallin de l’onde se mêle au chant des
vagues. Elles escaladent ses abords qui se voulaient infranchissables. De
discrets bassins naturels, où l’eau apportée par les vagues se repose,
attendent distraitement de nouveaux assauts. Des marches en pierre descendent à
une ravissante esplanade pavée par l’homme, où des cadres en billots de bois
agrémentent l’espace. Nous nous éloignons de cet écrin protégé, où un puits
rectangulaire naturel offre une vue plongeante sur l’eau cristalline réfugiée
sous les rochers, et nous continuons d’arpenter le littoral dont la topographie
relève d’un merveilleux architecte immatériel qui façonne les récifs selon sa
fantaisie. Une petite corniche, où des totems en troncs d’arbres arrondis
surprennent par leur présence élancée, surplombe une crique où une digue
naturelle protège partiellement une petite anse des vagues intrusives.
Plus
loin, je m’approche de récifs spectaculaires particulièrement chahutés par les
flots. Je gravis sur des roches, en m'aidant parfois de mes mains, pour
m’avancer le plus près possible du vide. Alors que je prends des photos, je
suis aspergé par une vague audacieuse dont l’ampleur génère un impressionnant
geyser d’écume. Patrick me prend en photo durant cet épisode vivifiant qui me
coupe le souffle l’espace d’un instant. À l’horizon, un manteau nuageux, épais
et sombre, couvre les montagnes. Nous avons été bien inspirés de changer de
programme car le site de Masca doit être sous la pluie. Un monsieur casqué passe
sur un scooter bleu. Nous continuons notre balade et nous parvenons au Charco
Los Topos. Telles des amies du cœur, les vagues écumeuses et jaillissantes nous
escortent dans notre cheminement. Une petite crique étroite bordée de récifs
s’avance vers nous comme un appel à la baignade. Alors que nous sommes au bord
des écueils où se brisent les vagues, un véhicule tout-terrain blanc s’arrête
en haut de la petite crête qui nous surplombe. Le conducteur barbu semble
regarder le paysage sans sortir du véhicule. Patrick me dira plus tard qu’il
attendait peut-être notre départ pour laisser des déchets non dégradables comme
nous en voyons par endroits de temps à autre. Mon mari remarque la présence
d’un superbe héron blanc sur un rocher. Tout comme nous, il apprécie le cadre
enchanteur, la mélodie des vagues qui se succèdent en terrasses, les chuchotements du vent et la
caresse des embruns qui le rafraichissent. Les seize heures approchent et,
après quelque deux kilomètres de plaisant cheminement, nous décidons de revenir
sur nos pas. Nous jetons un dernier coup d’œil au Faro de Buenavista qui se
dessine au loin.
Dans
la crique, vers les piscines municipales, quatre surfeurs en combinaison
attendent « la » vague dans les flots du Charco de la Araña qui génèrent des
rouleaux en continu. Les garçons sont ballottés par le va-et-vient incessant du ressac
qui les couvre d’écume en les chahutant vigoureusement. Les jeunes gens
persistent placidement dans leur dessein tout en échangeant quelques mots quand
les vagues les rapprochent.
Après
seize trente, nous roulons sur le camino del Canape pour rejoindre la route TF
42. J’arrête par deux fois la voiture sur la chaussée. Je photographie des
maisons colorées qui cascadent le long du camino et, plus avant, une superbe
fresque dans une ruelle où des dauphins s'ébattent gaiement dans l’eau. Nous
contournons la plaza de la Luz, nous passons devant la pâtisserie aux portes
closes « El Armario De Los Dulces » sur la calle Olivo et nous arrivons au
rond-point à l’entrée de Los Silos. Une fois à Icod, la chance nous offre de
stationner la voiture à l’emplacement quitté ce matin, à quelques pas de chez
nous. Les dix-sept heures surfent sur la vague du temps quand je reprends la
lecture de la journée d’hier. Lors de la pause-détente, je sirote un délicieux
cacao au lait de riz avec du chocolat noir espagnol. Le blog est actualisé un
peu avant dix-huit heures. J’ajoute sur la dernière de couverture du roman la légende à
propos de Winston Churchill. Les cinq dernières cartes postales sont écrites. Les
dix-huit heures s’écrivent sur la trame du temps. Les photos du jour sont
chargées. La narration commence…
Durant
le dîner, je croque une pomme et je savoure des rondelles de banane avec la
dernière part de gâteau La Granja. Deux barres El Almendro, dont une
chocolatée, terminent mon repas. Le début de soirée se déroule en lecture. Nous
embarquons ensuite sur le vaisseau Discovery qui se rend sur la planète Kaminar,
la terre natale de Saru. Les Ba’uls, l’espèce qui domine les Kelpiens, nous
réserve un accueil glacial. Saru rencontre sa sœur Siranna devenue prêtre de
leur village. Son regard me rappelle celui de Delenn, l'ambassadrice de la
Fédération Minbarie…
Second appareil photo :


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