mardi 26 mars 2019

Littoral de Los Silos…


    Durant la nuit, Patrick fait involontairement du bruit avec le réveil. Je sors brusquement d’un rêve… où j’arrive dans l’ancien magasin. Arlette est présente. Je vois que deux stores en façade du magasin sont tombés et cachent les vitrines… Durant les rites matinaux, je bois la dernière ampoule d’aubier de tilleul sauvage. Après le petit déjeuner, lors de ma présence sur le balcon, le soleil brille à nouveau et le ciel est grand bleu. Les contrastes sont nets et la beauté du paysage devient source de joie. Je prends quelques photos pour me souvenir de la vue depuis le balcon. Les dix heures s'évanouissent sur l’océan paisible. Je consulte les messageries et les blogs de Patrick. Les photos d’hier sont chargées. Patrick se boit un thé Earl Grey. J’écris le récit de la journée d’hier. Sa lecture est interrompue à midi quarante-cinq.

            En sortant de l’appartement, nous constatons que l’ampoule du plafonnier devant l’ascenseur au rez-de-chaussée a été changée. La lumière fonctionne pour la première fois depuis que nous sommes arrivés à Icod. Monsieur Virce, fidèle à lui-même, arrondit la somme due en notre faveur. Tamara nous accueille à la boulangerie. Un pain de seigle est glissé dans notre « bolsa » [sac] par la jeune femme. Nous déjeunons dans l’appartement. Les champignons frais révèlent leur saveur.

            Après le repas, nous partons pour nous rendre à Masca. Je m’installe au volant. À la dernière minute, nous décidons de changer notre destination. Patrick sort le plan de l’île. Je propose d’aller marcher le long du littoral depuis Los Silos en direction du phare de Buenavista. Patrick valide spontanément ce dessein. Nous traversons le village de Garachico, noir de monde. Au niveau de La Caleta de Interián, un village qui chevauche le territoire des communes de Garachico et de Los Solos, nous prenons à droite sur la calle Arauz où un supermarché Alteza se remarque au début de la rue inclinée. La voiture semble partie pour plonger dans l’océan avec la perspective visuelle. Nous prenons à gauche et nous suivons le « camino de Los Silos a la caleta por la ribera del mar » [chemin de Los Silos vers la crique au bord de la mer]. Nous nous arrêtons pour admirer le « Charco el Inglés », un bassin naturel aux récifs et aux rochers escarpés. Le charco doit son nom aux baignades fréquentes de familles anglaises qui vécurent et travaillèrent à la fin du dix-neuvième siècle dans la « Máquina del Azúcar » [usine sucrière] dont l’ancienne cheminée « troncopiramidale » composée de deux types de pierre volcanique s’élance encore aujourd'hui dans le ciel. Je grimpe sur des rochers, j’admire les vagues infatigables qui viennent trépasser tapageusement en contrebas sur la plage de galets et de sédiments déposés inlassablement par les eaux sous l’œil de la cheminée impavide.

            Érigée sur de vieilles salines autour de l’année 1890 par la firme britannique Lathbury & Co de Manchester, à côté du quai de Daute construit pour l’acheminement du sucre, l’usine sucrière fonctionna une trentaine d’années avant que les bananiers ne viennent remplacer définitivement la canne à sucre quand la concurrence cubaine et marocaine se fit trop sentir. Les machines à vapeur furent alors déplacées au Portugal et l’usine vivota en servant à l’emballage des bananes avant d’être progressivement abandonnée à son sort.

            Au centre de la crique, les flots s’amusent à submerger, à grand renfort d’écume, les récifs acérés qui émergent à la surface. Après une dizaine de minutes d’un spectacle fascinant dont la parade se renouvelle diversement, sans cesse, dans toute sa force et sa fraîcheur, nous reprenons la route. Nous garons la voiture en face d‘un coquet immeuble résidentiel baptisé « Edificio Daute » [je découvrirai ultérieurement sur Internet une prose écrite par un résident], à proximité des « Hornos de la Cal ». Lors de leur fonctionnement, les fours à chaux, édifiés en brique et en pierre, furent utilisés pour amender les terres agricoles et pour fabriquer des matériaux de construction. Durant la calcination, les ouvriers profitaient de la chaleur des fours pour faire cuire les papas arrugadas et le poisson de leurs repas. Le four le plus ancien date du dix-neuvième siècle et l'autre des années trente. Les pierres de calcaire utilisées était transportées sur le voilier Evelia et sur le bateau à vapeur Gando depuis le port de Gran Tarajal sur l’île de Fuerteventura. À proximité, nous voyons un bâtiment de stockage en ruine dont la toiture a disparu. À la fin des années soixante, quand le ciment fut utilisé pour la première fois comme élément principal de la construction, les fours à chaux cessèrent de fonctionner.

            Comme à la Punto de Teno, Favonius nous gratifie de son souffle doux et chaud, bien agréable après ces derniers jours de froidure. Nous nous dirigeons vers le littoral. Nous saluons la vieille barque verte et blanche en face des fours. Nous faisons un crochet par El Puertito, un petit quai de pêcheurs. Je marche devant le Club Puertito de Daute pour avoir une vue d’ensemble d’une large crique où la silhouette de la cheminée de l’usine sucrière se dessine au loin au bout de la Punta del Risco de Daute. Plus près, les bâtiments groupés de différentes hauteurs des « Apartamentos Los Silos », qui s’apparentent dans mon esprit aux tuyaux circulaires d’une flute de pan, se dressent à distance au bord des récifs. Plus avant, proche des bassins vides de la piscine municipale, nous admirons un immense guirre coloré, connu sous le nom de vautour d’Égypte, créé à partir de déchets et de matériaux de récupération. Cette œuvre de l’artiste portugais Artur Bordalo, dit Bordalo II, fut inaugurée en septembre 2017. Le dernier couple de guirres de l’île s’est éteint en 1986 dans le Parque rural de Teno. Nous longeons la playa Charco de la Araña [araignée] où une agréable promenade a été aménagée le long de la crique. Je m’arrête sous une ravissante pergola contemporaine à la toiture plate en bois clair ajouré d’où je prends quelques photos. Nous atteignons une esplanade en terrasses où un impressionnant squelette de baleine flotte dans les airs depuis le mois d’août 2008. Le rorqual serait venu trépasser de mort naturelle sur le rivage au sud de l’île de la Grande Canarie. Le squelette fut restauré en grande partie grâce aux fonds réunis par la municipalité et les entreprises de Los Silos qui perçurent une opportunité touristique idéale. Un peu plus loin, le Charco de los Chochos, dont le nom provient de la légumineuse « chocho » [lupin] » que les paysans venaient tremper dans l'eau salée afin d’en retirer l'amertume, dévoile ses récifs volcaniques aux formes fantasmagoriques et capricieuses. Quatre garçons se baignent dans un bassin naturel d'eau salée accessible par des marches en pierre. Nous nous approchons des récifs en crapahutant sur les roches pour admirer les découpes acérées où les flots sautent à l'abordage en écumant d’impétuosité.

            Plus loin, la magie des formes volcaniques nous offre de découvrir un canyon où les flots prisonniers bouillonnent contre les parois verticales. Le vent active son souffle et s’engouffre dans le sweater rose jeté sur mes épaules pour en couvrir ma tête quand je suis au bord de la gorge. Patrick me prend en photo quand j’éclate de rire alors qu’un nuage d’écume s’élance dans le ciel. Je pense aux Hauts de Hurle-Vent balayés par les vents du nord devant ces roches verticales qui, telles des cathédrales, s’apparentent aux tuyaux des orgues. Quelques minutes plus tard, nous arrivons à El Bufadero, un gouffre souterrain où les flots déchaînés, telle une bête féroce rugissante, grondent en profondeur sous nos pieds dans les anfractuosités de cavernes labyrinthiques. Ils respirent dans un rythme assourdissant et doivent parfois parvenir à jaillir en geyser quand la mer est démontée. La promenade se poursuit, les minutes semblent ralentir pour participer à notre émerveillement. Un nouveau site se dévoile. Le Charco Don Gabino, qui tient son nom de Gabino Dorta, un célèbre possesseur temporel de maintes exploitations bananières, dévoile sa piscine de roche volcanique dont le ruissellement cristallin de l’onde se mêle au chant des vagues. Elles escaladent ses abords qui se voulaient infranchissables. De discrets bassins naturels, où l’eau apportée par les vagues se repose, attendent distraitement de nouveaux assauts. Des marches en pierre descendent à une ravissante esplanade pavée par l’homme, où des cadres en billots de bois agrémentent l’espace. Nous nous éloignons de cet écrin protégé, où un puits rectangulaire naturel offre une vue plongeante sur l’eau cristalline réfugiée sous les rochers, et nous continuons d’arpenter le littoral dont la topographie relève d’un merveilleux architecte immatériel qui façonne les récifs selon sa fantaisie. Une petite corniche, où des totems en troncs d’arbres arrondis surprennent par leur présence élancée, surplombe une crique où une digue naturelle protège partiellement une petite anse des vagues intrusives.

            Plus loin, je m’approche de récifs spectaculaires particulièrement chahutés par les flots. Je gravis sur des roches, en m'aidant parfois de mes mains, pour m’avancer le plus près possible du vide. Alors que je prends des photos, je suis aspergé par une vague audacieuse dont l’ampleur génère un impressionnant geyser d’écume. Patrick me prend en photo durant cet épisode vivifiant qui me coupe le souffle l’espace d’un instant. À l’horizon, un manteau nuageux, épais et sombre, couvre les montagnes. Nous avons été bien inspirés de changer de programme car le site de Masca doit être sous la pluie. Un monsieur casqué passe sur un scooter bleu. Nous continuons notre balade et nous parvenons au Charco Los Topos. Telles des amies du cœur, les vagues écumeuses et jaillissantes nous escortent dans notre cheminement. Une petite crique étroite bordée de récifs s’avance vers nous comme un appel à la baignade. Alors que nous sommes au bord des écueils où se brisent les vagues, un véhicule tout-terrain blanc s’arrête en haut de la petite crête qui nous surplombe. Le conducteur barbu semble regarder le paysage sans sortir du véhicule. Patrick me dira plus tard qu’il attendait peut-être notre départ pour laisser des déchets non dégradables comme nous en voyons par endroits de temps à autre. Mon mari remarque la présence d’un superbe héron blanc sur un rocher. Tout comme nous, il apprécie le cadre enchanteur, la mélodie des vagues qui se succèdent en terrasses, les chuchotements du vent et la caresse des embruns qui le rafraichissent. Les seize heures approchent et, après quelque deux kilomètres de plaisant cheminement, nous décidons de revenir sur nos pas. Nous jetons un dernier coup d’œil au Faro de Buenavista qui se dessine au loin.

            Dans la crique, vers les piscines municipales, quatre surfeurs en combinaison attendent « la » vague dans les flots du Charco de la Araña qui génèrent des rouleaux en continu. Les garçons sont ballottés par le va-et-vient incessant du ressac qui les couvre d’écume en les chahutant vigoureusement. Les jeunes gens persistent placidement dans leur dessein tout en échangeant quelques mots quand les vagues les rapprochent.

            Après seize trente, nous roulons sur le camino del Canape pour rejoindre la route TF 42. J’arrête par deux fois la voiture sur la chaussée. Je photographie des maisons colorées qui cascadent le long du camino et, plus avant, une superbe fresque dans une ruelle où des dauphins s'ébattent gaiement dans l’eau. Nous contournons la plaza de la Luz, nous passons devant la pâtisserie aux portes closes « El Armario De Los Dulces » sur la calle Olivo et nous arrivons au rond-point à l’entrée de Los Silos. Une fois à Icod, la chance nous offre de stationner la voiture à l’emplacement quitté ce matin, à quelques pas de chez nous. Les dix-sept heures surfent sur la vague du temps quand je reprends la lecture de la journée d’hier. Lors de la pause-détente, je sirote un délicieux cacao au lait de riz avec du chocolat noir espagnol. Le blog est actualisé un peu avant dix-huit heures. J’ajoute sur la dernière de couverture du roman la légende à propos de Winston Churchill. Les cinq dernières cartes postales sont écrites. Les dix-huit heures s’écrivent sur la trame du temps. Les photos du jour sont chargées. La narration commence…

            Durant le dîner, je croque une pomme et je savoure des rondelles de banane avec la dernière part de gâteau La Granja. Deux barres El Almendro, dont une chocolatée, terminent mon repas. Le début de soirée se déroule en lecture. Nous embarquons ensuite sur le vaisseau Discovery qui se rend sur la planète Kaminar, la terre natale de Saru. Les Ba’uls, l’espèce qui domine les Kelpiens, nous réserve un accueil glacial. Saru rencontre sa sœur Siranna devenue prêtre de leur village. Son regard me rappelle celui de Delenn, l'ambassadrice de la Fédération Minbarie…









































                                  Second appareil photo :






































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