dimanche 17 mars 2019

Parque Sortija, Parque Taoro et Jardín Sitio Litre…


     Dans les rêves, à un moment donné… je vais à une soirée avec Patrick où je porte un long fourreau, en soie verte à reflets, avec des chaussures à talons vert brillant. Les rites et le petit déjeuner se déroulent agréablement. Patrick me montre sur l’écran de l’iPad, deux courtes vidéos où Francette et Jean me souhaitent un bon anniversaire et une bonne fête à Patrick. Une petite carte escorte leurs vœux ; je suis touché et ému. Lors du yoga des yeux sur le balcon, les fidèles arrivent à la chapelle. Le soleil brille et les nuées s’amusent à le dissimuler. Les dix heures s’éloignent. Je consulte les messageries et les blogs de Patrick. Sur sa carte publiée pour mon anniversaire, je deviens Merlin l’enchanteur pour la journée. J’envoie une réponse au mail de Thérèse qui illustre ses vœux d’un superbe paon aux plumes bleues. Nous remercions vivement les parents de Patrick et sa famille sur le blog. La narration de la journée de jeudi se poursuit. Sa lecture et le choix des photos précèdent l’actualisation du blog vers onze heures trente. Le récit de la journée d’hier commence pour s’interrompre à midi quinze.

            À treize heures, nous cheminons sur la calle de Santo Domingo à Puerto de la Cruz. La voiture attend notre retour sur le vaste parking gratuit à quelques pas de la playa del Muelle. Nous passons devant la Casa Miranda où le Starbucks coffee vit dans la plénitude de sa superbe demeure. Nous approchons du restaurant indien végétarien « Jai Mata Di » sur la calle de Zamora qui, contre toute attente, est fermé le dimanche. Amusé, Patrick aperçoit en face, de l’autre côté de la plaza de la Constitución, le restaurant « Indian Express ». Après un regard sur le menu, nous entrons et nous prenons place dans la salle basse devant le bar où un écran plat diffuse une comédie musicale indienne. Satpal, le fils du patron, s’occupe du service. Patrick opte pour un biryani aux légumes. Je choisis un dhal makhani et un aloo gobi korma. Je prends quelques photos de la salle décorée de nuances d’ocre jaune, de beige et de brun. Nous dégustons chacun un samosa aux légumes. La manzanilla est servie dans une petite chope. Une eau gazeuse Firgas accompagne le repas de Patrick. Les mets sont savoureux.

            Vers quatorze heures trente, une fois l’addition réglée, le patron, un monsieur âgé au visage typiquement indien, m’invite à devenir Maharajah d’un jour en plaçant un turban coloré sur ma tête. Patrick prend une photo. Un autre turban avec des pierreries en nuances de bordeaux enjolive le bar. Avant de partir, je me mets de dos pour que notre hôte puisse retirer la coiffe orientale. Il m’explique que la coutume interdit de toucher le turban une fois posé sur la tête, c’est à moi de le retirer. Je le remercie. Je réponds à son wai en joignant les mains dans un autre wai.

            Nous prenons à droite en sortant du restaurant. Sur la calle de Valois, une affiche attrayante du carnaval 2019 évoque une soirée habillée « Robin des bois ». Je pense au jeune garçon déguisé en habits de ce héros légendaire quand nous avons déjeuné à Santa Cruz le jour de la parade. Nous grimpons par la route sinueuse pour joindre le Parque Sortija. Les fleurs orange d’un arbuste inconnu charment les regards. La vue sur la ville et le littoral s’élargit lors de notre progression. La silhouette du phare rapetisse. Je remarque la présence d’une coquette villa de plain-pied entourée d’un jardin, à la pelouse et aux abords bien entretenus, planté d’arbres et bordé de végétation. Nous passons devant le légendaire « El Gran Hotel Taoro » inanimé aujourd’hui après les fastes d’antan. Un bel exemple de l’impermanence sur terre.

            El Gran Hotel Taoro ouvre ses portes le samedi 22 novembre 1890. Son charisme sans pareil à cette époque attire nombre de célébrités en catapultant les îles Canaries sur la scène internationale. Le climat doux toute l’année, un emplacement exceptionnel dans un parc magnifique, des terrasses et des jets d’eau qui cascadent magistralement vers le littoral, en font la destination favorite de nombre de souverains et d'une grande partie de la haute société européenne au début du vingtième siècle. Durant une quarantaine d’années, il ne cesse de faire parler de lui et surfe sur la vague du succès en répondant pleinement aux aspirations de sa clientèle. À l’apogée de sa gloire, un terrible incendie dévaste l’hôtel dans la nuit du mercredi 8 mai au jeudi 9 mai 1929, en le détruisant partiellement. Depuis ce jour sinistre, il continua de vivoter, pénalisé par la guerre civile espagnole et la seconde guerre mondiale, sans jamais retrouver son succès passé. Il ferme ses portes dans les années 1970 avant d’être acheté par le Cabildo, une entité administrative au service du peuple de Tenerife…

            Nous entrons dans la partie haute du parc Taoro où le buste de la poétesse cubaine Maria Loynaz, fille adoptive de la ville, se dévoile sur l’esplanade circulaire dont le garde-corps semble donner directement sur les flots avec la perspective du recul. La façade de l’ancien hôtel semble se cacher derrière les palmiers et la végétation luxuriante. Plus haut, nous prenons à gauche pour aller visiter le jardin aquatique « Risco Bello », fermé les dimanches et les lundis. Les minutes suivantes nous voient entrer dans le parc par le camino de la Sortija. Il se dévoile sur un malpais, un terrain accidenté formé dans la phase de refroidissement d’un courant de lave. Il se souvient de sa magnificence du temps de l’ancien hôtel et regrette l’édification de nombre de constructions sur ses flancs. Nous flânons. Nous admirons les quelques fleurs, très rares dans le parc. Dans la partie la plus haute, qui surplombe une aire de jeux où des enfants s’amusent, je monte sur des roches pour photographier une maison rose, située en face d’une ample construction sphérique. Autre part dans le parc, je regarde des pandanus qui apprécient la présence colorée de bougainvilliers fuchsias. Nous foulons une esplanade surélevée arborée, ceinturée de murets en pierres disjointes. La végétation luxuriante et épanouie, très importante, peine à ombrager les allées tant la surface du parc est étendue. Des espaces caillouteux rappellent l’origine volcanique du sol. Un étang allongé, privé d’atours, tente vainement de séduire les visiteurs.

            Après une bonne trentaine de minutes à nous balader, nous retournons sur l’esplanade du parc Taoro. Sur une grosse roche noire, symbole du mirador « Dulce Maria Loynaz » d’où nous admirons les alentours, nous lisons une prose de la poétesse : « Les jours dans le port volent comme les pages d’une éphéméride effeuillée par le souffle du vent marin ». Nous descendons du plateau par les sentiers qui sinuent dans les terrasses en bordant les fontaines et les cascades dont les jets se reposent aujourd’hui. Des jardinets ombragés pour les amoureux se nichent sur les flancs où des escaliers, déprimés parfois par leur aspect négligé, complètent le cheminement. À mi-parcours, une seconde esplanade, plus large et moins profonde, se dévoile avec un bassin central à la fontaine provisoirement silencieuse. Ailleurs, un banian rappelle que le parc chevauche son troisième siècle depuis sa création. Des poissons ondulent dans le bassin empierré au bas des cascades où la surface de l’eau écume. Nous traversons la route, montée en arrivant, pour descendre des escaliers où se nichent d’autres bassins, décorés d’œuvres peintes qui montrent des saynètes de la vie passée des Guanches. Les seize heures s’annoncent joyeusement quand nous atteignons la carretera Botánico. Patrick propose d’aller découvrir le jardin des orchidées situé à environ cinq cents mètres.

            Une dizaine de minutes plus tard, nous entrons dans le « Jardín Sitio Litre ». Devant l’entrée, des jeunes filles vendent des parts de gâteau pour le financement d’un voyage d’études. Nous en achèterons en sortant. Nous réglons les neuf euros cinquante des deux tickets à une charmante vieille dame qui nous donne un plan avec un bref historique traduit en français. La demeure « Sitio Litre », construite au début des années trente au dix-huitième siècle, s’annonce comme l’une des plus anciennes de l’île. Avant d’être acquise par le marchand anglais Archibald Little, la demeure abrita un couvent pendant une quinzaine d’années. En 1856, Archibald vendit sa demeure et les terrains attenants à Charles Smith qui la  baptisa « Sitio Litre » du nom du précédent propriétaire. Aujourd’hui, le domaine appartient aux descendants de Charles qui, homme du monde et philanthrope, reçut chez lui en son temps de vie nombre de célébrités du monde artistique et culturel, dont William Wilde, le père d’Oscar, et Marianne North, peintre et botaniste. Il organisait des fêtes où furent conviées les personnes qui retenaient son attention, comme Sir Richard Francis Burton en voyage à Tenerife au début des années 1860. Premier Européen à être entré dans la ville sainte de La Mecque et premier Européen avec John Hanning Speke à apercevoir le lac Tanganika en 1858, Richard fut célèbre pour avoir traduit en anglais le Kâmasûtra et les contes des mille et une nuits. Un autre personnage, Alexander von Humboldt, explorateur et botaniste, fut convié à une fête organisée en son honneur. Toit comme nous, il fut conquis par les jardins, par la vallée de La Orotava et par le volcan Teide dont le pic, où flotte souvent un coussin de nuées, domine ce côté de l’île telle une sentinelle fidèle à la magnificence apaisante.

            Nous nous promenons dans le jardin. Un étang dévoile une myriade de nénuphars aux fleurs à venir qui se blottissent en tapissant la surface. Un parfum d’Agatha Christie flotte parmi les orchidées. Accompagnée de sa fille Rosalind âgée de 12 ans, et de sa secrétaire Charlotte Fisher, Agatha arriva sur l'île par bateau à vapeur le vendredi 4 février 1927, loin de l'attention de la presse omniprésente depuis son énigmatique disparition deux mois auparavant. Elle séjourna une vingtaine de nuits au Gran Hotel Taoro lors de son séjour sur l’île. Émerveillée et inspirée par la splendeur des jardins, Agatha poursuit l’écriture de son livre « Le mystérieux Mr Quinn ». Deux protagonistes de ce recueil de nouvelles, immortalisés en habit de cire, animent une petite gloriette nichée dans la végétation. Autre part dans le jardin, un terrain de croquet interpelle par sa présence insolite. Des volées de marches, des rampes inclinées, des charmilles fleuries et ombragées, des bancs en pierre et des tables garnies de pots de fleurs, offrent de descendre progressivement au bas du jardin où le café Orquidea sert le thé de l’après-midi. Un monsieur, « so british », boit quant à lui un café crème en lisant un journal. La demeure des propriétaires, à la façade pêche pourvue d’une véranda au premier niveau, interdite d’accès, montre un séduisant belvédère octogonal sur le toit terrasse. Un vénérable drago ouvre l’accès à une longue tonnelle ombragée réservée aux seules orchidées qui rivalisent de beauté. Elle aboutit à une volière où des Inséparables pépient en voletant. Au cœur du jardin, une fontaine surplombée d’un massif de bougainvilliers fuchsias murmure dans un bassin circulaire blotti dans la végétation luxuriante. Autre part dans cette enclave de beauté à l’atmosphère paradisiaque, une superbe plante à la tige orange, que j’apparente à une vipérine, arbore une florescence aux nuances de bleu et de rouge. De gros poissons rouges, nourris exagérément par deux touristes, nagent fébrilement dans un bassin. Un papayer élancé nous montre ses gros fruits sous son houppier étalé au large feuillage.

            Après une petite heure dans ce paradis végétal, nous retournons au parking. Les étudiantes sont parties. Nous descendons le camino Sitio Litre qui arrive sur la calle de Valois. Une vingtaine de minutes plus tard, nous roulons en direction d’Icod où nous arrivons avant dix-huit heures. J’apprécie la pause-détente. Du chocolat Valor accompagne le cacao au lait de riz. Les dix-huit heures se sont éloignées sur la trame temporelle quand je reprends la narration de la journée d’hier. Un mail de Faina se dévoile de la Floride pour la fête de Patrick et pour mon anniversaire qui tombent le même jour. Elle écrit : « L'amour, la musique et les voyages ont toujours été ma devise et je souhaite que vous ne cessiez jamais de les vivre. Il n'y a pas de plus grand but dans la vie que de l'apprécier et de partager la joie. Tout le meilleur avec amour. » Après dix-neuf heures, j’envoie une réponse du cœur à Faina. Patrick me montre sur son compte Facebook une photo de Lucienne et de Thérèse qui souhaitent mon anniversaire. Je suspends la narration d’hier pour le dîner où je savoure, avec des rondelles de banane, la douceur aux noix achetée hier. Un temps de lecture et une aventure sur le vaisseau Discovery terminent agréablement cette fabuleuse journée riche en surprises et en émotions…
















































                                  Second appareil photo :

















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