Dans
les rêves, à un moment donné… je vais à
une soirée avec Patrick où je porte un long fourreau, en soie verte à reflets, avec des chaussures à talons
vert brillant. Les rites et le petit déjeuner se déroulent agréablement.
Patrick me montre sur l’écran de l’iPad, deux courtes vidéos où Francette et
Jean me souhaitent un bon anniversaire et une bonne fête à Patrick. Une petite
carte escorte leurs vœux ; je suis touché et ému. Lors du yoga des yeux sur le
balcon, les fidèles arrivent à la chapelle.
Le soleil brille et les nuées s’amusent à le dissimuler. Les dix heures
s’éloignent. Je consulte les messageries et les blogs de Patrick. Sur sa carte
publiée pour mon anniversaire, je deviens Merlin l’enchanteur pour la journée.
J’envoie une réponse au mail de Thérèse qui illustre ses vœux d’un superbe paon
aux plumes bleues. Nous remercions vivement les parents de Patrick et sa
famille sur le blog. La narration de la journée de jeudi se poursuit. Sa
lecture et le choix des photos précèdent l’actualisation du blog vers onze
heures trente. Le récit de la journée d’hier commence pour s’interrompre à midi
quinze.
À
treize heures, nous cheminons sur la calle de Santo Domingo à Puerto de la
Cruz. La voiture attend notre retour sur le vaste parking gratuit à quelques
pas de la playa del Muelle. Nous passons devant la Casa Miranda où le Starbucks
coffee vit dans la plénitude de sa superbe demeure. Nous approchons du
restaurant indien végétarien « Jai Mata Di » sur la calle de Zamora qui, contre
toute attente, est fermé le dimanche. Amusé, Patrick aperçoit en face, de
l’autre côté de la plaza de la Constitución, le restaurant « Indian Express ».
Après un regard sur le menu, nous entrons et nous prenons place dans la salle
basse devant le bar où un écran plat diffuse une comédie musicale indienne.
Satpal, le fils du patron, s’occupe du service. Patrick opte pour un biryani
aux légumes. Je choisis un dhal makhani et un aloo gobi korma. Je prends
quelques photos de la salle décorée de nuances d’ocre jaune, de beige et de
brun. Nous dégustons chacun un samosa aux légumes. La manzanilla est servie
dans une petite chope. Une eau gazeuse Firgas accompagne le repas de
Patrick. Les mets sont savoureux.
Vers
quatorze heures trente, une fois l’addition réglée, le patron, un monsieur âgé
au visage typiquement indien, m’invite à devenir Maharajah d’un jour en plaçant
un turban coloré sur ma tête. Patrick prend une photo. Un autre turban avec des
pierreries en nuances de bordeaux enjolive le bar. Avant de partir, je me mets
de dos pour que notre hôte puisse retirer la coiffe orientale. Il m’explique
que la coutume interdit de toucher le turban une fois posé sur la tête, c’est à
moi de le retirer. Je le remercie. Je réponds à son wai en joignant les mains
dans un autre wai.
Nous
prenons à droite en sortant du restaurant. Sur la calle de Valois, une affiche
attrayante du carnaval 2019 évoque une soirée habillée « Robin des bois ». Je
pense au jeune garçon déguisé en habits de ce héros légendaire quand nous avons déjeuné à
Santa Cruz le jour de la parade. Nous grimpons par la route sinueuse pour
joindre le Parque Sortija. Les fleurs orange d’un arbuste inconnu charment les
regards. La vue sur la ville et le littoral s’élargit lors de notre
progression. La silhouette du phare rapetisse. Je remarque la présence d’une
coquette villa de plain-pied entourée d’un jardin, à la pelouse et aux abords
bien entretenus, planté d’arbres et bordé de végétation. Nous passons devant le
légendaire « El Gran Hotel Taoro » inanimé aujourd’hui après les fastes
d’antan. Un bel exemple de l’impermanence sur terre.
El
Gran Hotel Taoro ouvre ses portes le samedi 22 novembre 1890. Son charisme sans
pareil à cette époque attire nombre de célébrités en catapultant les îles
Canaries sur la scène internationale. Le climat doux toute l’année, un
emplacement exceptionnel dans un parc magnifique, des terrasses et des jets
d’eau qui cascadent magistralement vers le littoral, en font la destination
favorite de nombre de souverains et d'une grande partie de la haute société
européenne au début du vingtième siècle. Durant une quarantaine d’années, il ne
cesse de faire parler de lui et surfe sur la vague du succès en répondant
pleinement aux aspirations de sa clientèle. À l’apogée de sa gloire, un terrible
incendie dévaste l’hôtel dans la nuit du mercredi 8 mai au jeudi 9 mai 1929, en
le détruisant partiellement. Depuis ce jour sinistre, il continua de vivoter,
pénalisé par la guerre civile espagnole et la seconde guerre mondiale, sans
jamais retrouver son succès passé. Il ferme ses portes dans les années 1970
avant d’être acheté par le Cabildo, une entité administrative au service du
peuple de Tenerife…
Nous
entrons dans la partie haute du parc Taoro où le buste de la poétesse cubaine
Maria Loynaz, fille adoptive de la ville, se dévoile sur l’esplanade circulaire
dont le garde-corps semble donner directement sur les flots avec la perspective
du recul. La façade de l’ancien hôtel semble se cacher derrière les palmiers et
la végétation luxuriante. Plus haut, nous prenons à gauche pour aller visiter
le jardin aquatique « Risco Bello », fermé les dimanches et les lundis. Les
minutes suivantes nous voient entrer dans le parc par le camino de la Sortija. Il
se dévoile sur un malpais, un terrain accidenté formé dans la phase de
refroidissement d’un courant de lave. Il se souvient de sa magnificence du
temps de l’ancien hôtel et regrette l’édification de nombre de constructions
sur ses flancs. Nous flânons. Nous admirons les quelques fleurs, très rares
dans le parc. Dans la partie la plus haute, qui surplombe une aire de jeux où
des enfants s’amusent, je monte sur des roches pour photographier une maison
rose, située en face d’une ample construction sphérique. Autre part dans le
parc, je regarde des pandanus qui apprécient la présence colorée de
bougainvilliers fuchsias. Nous foulons une esplanade surélevée arborée,
ceinturée de murets en pierres disjointes. La végétation luxuriante et
épanouie, très importante, peine à ombrager les allées tant la surface du parc
est étendue. Des espaces caillouteux rappellent l’origine volcanique du sol. Un
étang allongé, privé d’atours, tente vainement de séduire les visiteurs.
Après
une bonne trentaine de minutes à nous balader, nous retournons sur l’esplanade
du parc Taoro. Sur une grosse roche noire, symbole du mirador « Dulce Maria
Loynaz » d’où nous admirons les alentours, nous lisons une prose de la poétesse
: « Les jours dans le port volent comme
les pages d’une éphéméride effeuillée par le souffle du vent marin ». Nous
descendons du plateau par les sentiers qui sinuent dans les terrasses en
bordant les fontaines et les cascades dont les jets se reposent aujourd’hui.
Des jardinets ombragés pour les amoureux se nichent sur les flancs où des
escaliers, déprimés parfois par leur aspect négligé, complètent le cheminement.
À mi-parcours, une seconde esplanade, plus large et moins profonde, se dévoile
avec un bassin central à la fontaine provisoirement silencieuse. Ailleurs, un
banian rappelle que le parc chevauche son troisième siècle depuis sa création.
Des poissons ondulent dans le bassin empierré au bas des cascades où la surface
de l’eau écume. Nous traversons la route, montée en arrivant, pour descendre
des escaliers où se nichent d’autres bassins, décorés d’œuvres peintes qui
montrent des saynètes de la vie passée des Guanches. Les seize heures
s’annoncent joyeusement quand nous atteignons la carretera Botánico. Patrick
propose d’aller découvrir le jardin des orchidées situé à environ cinq cents
mètres.
Une
dizaine de minutes plus tard, nous entrons dans le « Jardín Sitio Litre ».
Devant l’entrée, des jeunes filles vendent des parts de gâteau pour le financement
d’un voyage d’études. Nous en achèterons en sortant. Nous réglons les neuf euros cinquante des deux tickets à
une charmante vieille dame qui nous donne un plan avec un bref historique
traduit en français. La demeure « Sitio Litre », construite au début des années
trente au dix-huitième siècle, s’annonce comme l’une des plus anciennes de
l’île. Avant d’être acquise par le marchand anglais Archibald Little, la
demeure abrita un couvent pendant une quinzaine d’années. En 1856, Archibald
vendit sa demeure et les terrains attenants à Charles Smith qui la baptisa « Sitio Litre » du nom du
précédent propriétaire. Aujourd’hui, le domaine appartient aux descendants de
Charles qui, homme du monde et philanthrope, reçut chez lui en son temps de vie
nombre de célébrités du monde artistique et culturel, dont William Wilde, le
père d’Oscar, et Marianne North, peintre et botaniste. Il organisait des fêtes
où furent conviées les personnes qui retenaient son attention, comme Sir Richard
Francis Burton en voyage à Tenerife au début des années 1860. Premier Européen
à être entré dans la ville sainte de La Mecque et premier Européen avec John
Hanning Speke à apercevoir le lac Tanganika en 1858, Richard fut célèbre pour
avoir traduit en anglais le Kâmasûtra et les contes des mille et une nuits. Un
autre personnage, Alexander von Humboldt, explorateur et botaniste, fut convié
à une fête organisée en son honneur. Toit comme nous, il fut conquis par les
jardins, par la vallée de La Orotava et par le volcan Teide dont le pic, où
flotte souvent un coussin de nuées, domine ce côté de l’île telle une
sentinelle fidèle à la magnificence apaisante.
Nous
nous promenons dans le jardin. Un étang dévoile une myriade de nénuphars aux
fleurs à venir qui se blottissent en tapissant la surface. Un parfum d’Agatha
Christie flotte parmi les orchidées. Accompagnée de sa fille Rosalind âgée de
12 ans, et de sa secrétaire Charlotte Fisher, Agatha arriva sur l'île par
bateau à vapeur le vendredi 4 février 1927, loin de l'attention de la presse
omniprésente depuis son énigmatique disparition deux mois auparavant. Elle
séjourna une vingtaine de nuits au Gran Hotel Taoro lors de son séjour sur
l’île. Émerveillée et inspirée par la splendeur des jardins, Agatha poursuit l’écriture
de son livre « Le mystérieux Mr Quinn ». Deux protagonistes de ce recueil de
nouvelles, immortalisés en habit de cire, animent une petite gloriette nichée
dans la végétation. Autre part dans le jardin, un terrain de croquet interpelle
par sa présence insolite. Des volées de marches, des rampes inclinées, des
charmilles fleuries et ombragées, des bancs en pierre et des tables garnies de
pots de fleurs, offrent de descendre progressivement au bas du jardin où le
café Orquidea sert le thé de l’après-midi. Un monsieur, « so british »,
boit quant à lui un café crème en lisant un journal. La demeure des
propriétaires, à la façade pêche pourvue d’une véranda au premier niveau,
interdite d’accès, montre un séduisant belvédère octogonal sur le toit
terrasse. Un vénérable drago ouvre l’accès à une longue tonnelle ombragée
réservée aux seules orchidées qui rivalisent de beauté. Elle aboutit à une
volière où des Inséparables pépient en voletant. Au cœur du jardin, une
fontaine surplombée d’un massif de bougainvilliers fuchsias murmure dans un
bassin circulaire blotti dans la végétation luxuriante. Autre part dans cette
enclave de beauté à l’atmosphère paradisiaque, une superbe plante à la tige
orange, que j’apparente à une vipérine, arbore une florescence aux nuances de
bleu et de rouge. De gros poissons rouges, nourris exagérément par deux
touristes, nagent fébrilement dans un bassin. Un papayer élancé nous montre ses
gros fruits sous son houppier étalé au large feuillage.
Après
une petite heure dans ce paradis végétal, nous retournons au parking. Les
étudiantes sont parties. Nous descendons le camino Sitio Litre qui arrive sur
la calle de Valois. Une vingtaine de minutes plus tard, nous roulons en
direction d’Icod où nous arrivons avant dix-huit heures. J’apprécie la
pause-détente. Du chocolat Valor accompagne le cacao au lait de riz. Les
dix-huit heures se sont éloignées sur la trame temporelle quand je reprends la
narration de la journée d’hier. Un mail de Faina se dévoile de la Floride pour
la fête de Patrick et pour mon anniversaire qui tombent le même jour. Elle
écrit : « L'amour, la musique et les
voyages ont toujours été ma devise et je souhaite que vous ne cessiez jamais de
les vivre. Il n'y a pas de plus grand but dans la vie que de l'apprécier et de
partager la joie. Tout le meilleur avec amour. » Après dix-neuf heures,
j’envoie une réponse du cœur à Faina. Patrick me montre sur son compte Facebook
une photo de Lucienne et de Thérèse qui souhaitent mon anniversaire. Je
suspends la narration d’hier pour le dîner où je savoure, avec des rondelles de
banane, la douceur aux noix achetée hier. Un temps de lecture et une aventure
sur le vaisseau Discovery terminent agréablement cette fabuleuse journée riche
en surprises et en émotions…
Second appareil photo :


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