lundi 11 mars 2019

Vipérines rouges à Vilaflor…


   Telle une routine bienfaisante, les rites matinaux et le petit déjeuner se succèdent agréablement. Lors du yoga des yeux sur le balcon, le soleil brille dans le ciel bleu. Un léger vent tiède souffle. Deux jardiniers œuvrent dans le parc de la chapelle. Les neuf heures quarante se signalent sur l’iPhone. Nietzsche parle de Shakespeare. Les messageries sont consultées. Un message de Daniel se dévoile. Je consulte les blogs de Patrick. Je reprends la narration de la journée d’hier. La lecture du récit s’achève à onze heures dix. Les bagages sont préparés pour une escapade.

            Une quarantaine de minutes plus tard, nous roulons sur les hauteurs de Icod pour nous rendre dans le village le plus élevé de Tenerife, situé à quelque mille cinq cents mètres d'altitude. Patrick est au volant. Nous passons par le « Puerto de Erjos », nous traversons le village de Santiago del Teide avant de rouler sur la TF 1. Au niveau de la playa de Las Américas, je remarque au bord de l’autoroute la présence de résidences blanches en enfilade, coquettes et originales, coiffées de belvédères. Nous parvenons au village de Vilaflor vers treize heures. Nous déjeunons au restaurant « Fuente Hermano Pedro » sur la calle Fransisco-Ortuño. Toutes les tables de la terrasse, baignées de soleil sur la plaza Obispo Pérez Cáceres, étant occupées, nous descendons une volée de marches pour manger à l’intérieur. Nous prenons place dans l’angle de la salle située devant le bar. Le sol au carrelage flammée et les murs ocre jaunes, décorés de petits tableaux, procurent une atmosphère chaleureuse. Patrick entend prononcer le mot « cuentita » qui signifie petite addition. L’eau gazeuse « Fuentealta » servie par Maria provient des neiges et des pluies tombées sur le Teide. La terre libère la source à Vilaflor après avoir filtré l’eau pendant une trentaine d’années. Maria apporte deux assiettes pour « compartir » [partager] les mets déposés sur la table dans les minutes suivantes. Des asperges moelleuses, des pommes de terre ridées et leurs mojos, des cèpes dorés au sel dévoilent leur saveur de l’île. Des « macarrones » [macaronis], agrémentés de morceaux de poivron vert, servis avec du fromage râpé, complètent notre sélection.

            Nous sortons du restaurant vers quatorze heures trente, après un remerciement à Maria qui apprécie d’avoir été appelée en cuisine suite à notre demande. Nous nous promenons alentour. La place Obispo cascade en terrasses depuis l’église San Pedro Apóstol. Patrick s’enchante et se réjouit de découvrir de spectaculaires vipérines rouges, citées dans les livres achetés sur l’île, visibles uniquement dans les cañadas du Teide. La floraison se déroule très progressivement et, durant la seconde année, elle arbore alors lentement ses bannières pyramidales aux myriades de petites fleurs. La chance nous offre aujourd’hui d’admirer les magnifiques inflorescences coniques, aux corolles rouge corail, qui s’érigent lentement vers le ciel ; certaines de ces hampes florales phénoménales, aux épis disposés en spirale, peuvent atteindre trois mètres de hauteur. Sur l’esplanade autour de l’église, d’autres vipérines séduisent les regards. Réunies dans un faisceau poétique évasé, elles sont butinées par une nuée d’abeilles, excellentes pollinisatrices, qui bourdonnent insensiblement à cœur joie. La plante mellifère, très appréciée, regarde les abeilles qui récoltent allègrement les minuscules grains de pollen en volant d’une fleur à l’autre. Patrick aux premières loges admire le ballet et immortalise sur la pellicule toute cette beauté éphémère.

            En contrebas de l’esplanade, nous découvrons au bout de la calle El Cubo, joliment pavée de roches volcaniques, les vestiges d’un vieux moulin à eau, construit en pierre du temps des Guanches, et inactif depuis une centaine d’années. Deux arches en pierre blanche baignées de ciel bleu surplombent les anciennes installations. Le regard peut discerner l’emplacement où les grains étaient torréfiés. Au niveau inférieur, Patrick aperçoit les meules. Au début de la rue, une petite faïence murale représente le premier saint des Canaries. Vilaflor de Chasna vit naître en 1626 Pierre de Betancur, appelé plus tard « Hermano Pedro » [frère Pedro], qui évangélisa le Guatemala. Très dévoué à la Vierge de la Candelaria, patronne des îles Canaries, il fut canonisé par Jean-Paul II. Une sculpture le représente en soutane sur la place Obispo. Plus bas, sur la calle Dolores, nous admirons des glycines, à la floraison généreuse et odorante, dont les nombreuses ramifications grimpent à l’angle d’un mur blanc jusqu’à la toiture plate. Plus bas, sur la calle Santo Domingo, je m’attarde devant une coquette maison blanche située à proximité d’un terrain vague où d’anciennes tonnelles dégradées sont délaissées. Un vieil escalier en pierre s’arrête sans crier gare. De superbes inflorescences rouges dépassent d’un mur aux pierres disjointes où je vois détaler un lézard. Je pénètre dans une charmante venelle où mon regard rencontre un vieux canapé oublié sur une vieille loggia en décrépitude. La structure fatiguée et la toiture délabrée s’ouvrent sur le ciel bleu habitué aux contrastes dans les villages de l’île. Nous retournons tranquillement vers le parking. La rue grimpe. Sur le camino del Muro en perpendiculaire, je remarque des petites plantations dont la forme des encadrements en bois me fait penser à d’anciennes tombes. Une imposante bâtisse à l’abandon sur l’adret du chemin, à la façade altérée par les années, attire l’attention. Envahie par la végétation, elle regrette sa splendeur passée. Nous grimpons la calle Castaños où j’admire la façade du restaurant Casa Pana, au mur rouge corail décoré de pierres apparentes gris clair.

            Vers quinze heures trente, nous sortons du parking gratuit et nous prenons à gauche pour quitter le village. Nous attendons qu’un long semi-remorque manœuvre pour reculer dans un vaste entrepôt de la société Fuentealta qui commercialise la source de Vitaflor. Une quinzaine de minutes plus tard, nous nous arrêtons à La Escalona devant le magasin « L’Aloe Vera Fresca » repéré en arrivant. La jeune Gonaria nous accueille et nous explique en français la culture et l’utilisation de l’aloe vera qui vient exclusivement de l’île de Fuerteventura, où Annick et Laurent sont allés en vacances. Nous achetons un gel et un jus de cette plante connue depuis l’Antiquité pour ses pouvoirs curatifs et régénérants. Cléopâtre et Néfertiti l’utilisèrent pour son pouvoir cicatrisant, embellissant et immunitaire. Nous remercions notre hôtesse et nous reprenons la route après seize heures.

     Nous arrivons une demi-heure plus tard à l’hôtel Palm Beach Tenerife, sur l’avenida V Centenario à Adeje. Luiz nous accueille. Piotr, qui parle français, s’occupe de l’enregistrement. L’appartement 510 nous est attribué. La vue depuis le balcon sur la droite embrasse le littoral. Une fois installés, nous effectuons des courses au supermarché Transurf, situé à quelques pas de l’hôtel, où Olga Maria nous accueille à la caisse. Nous allons ensuite nous promener le long du littoral de Las Américas. Nous marchons dans le sable gris de la playa de Troya où nos ombres allongées se reflètent devant nous quand nous regardons l'hôtel. Nous traversons un pont arqué où une œuvre en sable représentant le Christ allongé dans les bras de Marie-Madeleine, les genoux posés sur une croix, se dévoile en contrebas. Je lance une pièce après la prise d’une photo. Nous rebroussons chemin quand nous atteignons la partie du littoral découverte précédemment. L’astre solaire s’approche de l’horizon. Il nimbe d’or et d’argent les flots en légères ondulations. Les palmiers au bord du chemin offrent une vision paradisiaque. Les rayons horizontaux du soleil filtrent au travers de leur généreuse ramure ébouriffée.

            Les dix-neuf heures approchent quand nous sommes de retour dans l’appartement. Les photos sont chargées et la narration de la journée commence. En parallèle, je tente d’actualiser la page d’hier sur le blog. La connexion, lente et irrégulière, diffère l’opération. Nous dînons dans la chambre. Je croque une pomme. Je savoure avec des rondelles de banane un petit pain aux raisins, acheté au supermarché. J’œuvre sur l’ordinateur durant la soirée. Je parviens à actualiser le blog avec de la persévérance. Morphée nous accueille pour la nuit quand les vingt-trois heures arrivent à pas feutrés…

















 



 

 

















                                Second appareil photo :





 








  




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