Un
peu avant neuf heures, nous descendons prendre le petit déjeuner au premier
niveau, en prolongement de la piscine. La construction de l’hôtel épouse la
topographie du littoral. La réception se situe au troisième étage où l’entrée
de l’hôtel donne sur le parking. Le soleil brille dans le ciel d’azur. La
décoration du restaurant, minimaliste, se contente des nuances de blanc. Les
chaises rembourrées en skaï camel apportent un léger contraste. L’offre du
buffet se montre variée et abondante. Les différents îlots noirs à roulettes,
disposés au centre de la salle sur un carrelage en damiers gris et blanc,
proposent la nourriture chaude et celle réfrigérée. Les autres aliments se
répartissent alentour. Je sélectionne une banane, un kiwi mûr, des dattes et des
figues de l’île poudrées de farine de riz, un mélange d’amandes effilées et de
graines de courge, deux petits croissants aux graines et un morceau de baguette
à la farine complète que je tartine de beurre et de miel. Je me plais à observer à la dérobée une famille avec deux charmants bambins
assis côte à côte à la table voisine. La fillette reste tranquillement sur sa chaise. Le garçonnet
gigote, se lève pour ramasser un couvert tombé bruyamment au sol. Il passe sous
la table et quand il ressort à l’autre bout, sa mère lui crie dessus. Outre
cette légère anecdote, la collation familiale se déroule dans l’harmonie. Les
très jeunes parents sont aux petits soins pour leurs enfants. Une trentaine de
minutes plus tard, nous remontons dans la chambre.
Lors
du yoga des yeux sur le balcon, le soleil baigne agréablement mes yeux. Un
léger vent tiède se promène. Les vagues s’amusent à assaillir les petits récifs
en donnant naissance à des jets d’écume propice au photographe. Les dix heures
flirtent avec les palmiers dont certains apprécient d’être la cible de
l’appareil photo de Patrick. Des baigneurs s’ébattent dans l’eau salée. Un beau
jeune homme tente de surfer sur sa planche. Je consulte les blogs de Patrick.
Je reprends ensuite la narration de la journée d’hier. Une camomille est
sirotée en fin de matinée. La lecture du récit de la journée d’hier se termine
à midi quarante.
Une
quinzaine de minutes plus tard, nous sortons par le centre commercial intégré à
l’hôtel. Nous descendons une volée de marches qui côtoie une oasis de verdure
luxuriante dont les palmiers se sentent à l’étroit entre les trois niveaux de galeries qui les étouffent. Nous
sortons directement sur le bord de mer après un regard à la devanture d’une
boutique pour trouver, vainement, un journal en français. Nous allons déjeuner
dans un restaurant repéré fin janvier. Nous marchons le long du littoral pour prendre à gauche dans le paseo San Salvador bordé de palmiers géants. Nous
nous asseyons en terrasse chez « Spice of India » sur l’avenida Santiago Puig.
Patrick opte pour des champignons Bhaji avec du riz blanc aux légumes. Je
choisis un Dhal de lentilles corail et un Aloo gobi. Durant la préparation des
mets, mon regard se promène distraitement sur les vacanciers qui se croisent devant
le restaurant. Soudain, je vois passer un petit train blanc profilé de bronze
doré dont les passagers sont conduits directement au Starbucks Coffee du centre
commercial Parque Santiago 6 sur l’avenue de Chayofita. L’adresse et le sigle
reconnaissable entre mille du célèbre café s’affichent sur un double bandeau
fixé latéralement sur le centre de la toiture de chacun des deux wagonnets.
Cette astucieuse méthode pour générer de la clientèle me rappelle les
ingénieuses trouvailles de mon père Claudius quand il a ouvert à Borly la
grande surface de l’entreprise familiale. Je me souviens d’un camion de
livraison où la phrase pointée vers la Lune, peinte sur les côtés par l’artisan
Menneret, annonçait : « Vuargnoz vous livre jusque dans le cosmos »... Nous savourons
chacun un samosa aux légumes. La manzanilla est absente de l’offre. De l’eau
gazeuse de la source de Vilaflor accompagne les mets. Durant le repas, Patrick
confirme son ressenti concernant le côté factice de toutes ces réalisations
destinées au tourisme de masse. Sans les avions, toutes ces infrastructures
deviendraient vite inexploitables et tomberaient probablement rapidement en
désuétude.
Quand
nous quittons le restaurant, les quatorze heures quinze se promènent sur le
train Starbucks qui continue de tourner en boucle. Nous retournons à l’hôtel
par l’avenida Rafael Puig Lluvina pour se laver les dents avant une escapade en
voiture. Devant le coût exorbitant de plus de trente-trois euros pour le
stationnement depuis notre arrivée, nous achetons au caissier, suite aux
indications reçues de Piotr à la réception, un forfait pour trois jours à
trente-cinq euros. Les quinze heures s’éloignent devant la recherche de profit
à tout va. Patrick, au volant, prend la direction de l’autoroute TF 1. Le long
du trajet, d’impressionnants pylônes rouge et blanc se succèdent en enfilade
sur fond d’éoliennes gigantesques par endroits, aux pales de plusieurs dizaines
de mètres de longueur. Un panneau indique une distance de cinquante-quatre
kilomètres pour joindre Santa Cruz. Nous passons sous un pont au design
singulier. Une large pointe acérée noire s’élance dans le ciel, peut-être pour
percer les nuages téméraires qui viendraient sur ce paysage désertique.
Une
trentaine de minutes plus tard, nous arrivons au village de San Miguel de Tajao
célèbre pour son « Barranco [ravin] de Vijigua ». Nous marchons en direction du
littoral entre des formations rocheuses étonnantes, escarpées par le souffle
d’Éole qui se plaît à les sculpter selon sa fantaisie. Elles entaillent le sol
et serpentent jusqu’à l’océan. Dans un paysage désertique à la végétation aride,
nous évoluons parmi les roches et les galets entre des falaises abruptes ou en
strates, caverneuses pour certaines. Les flots brillent à l’horizon. Une
vingtaine de minutes plus tard, les vagues sont à portée de main. Mon rythme
cardiaque s’accélère devant une vision grandiose et majestueuse. Une immense
crique, d’impressionnants rochers et de fascinantes parois volcaniques
s’enthousiasment tout comme moi de contempler les récifs sculptés qui rampent
vers le large. Ils murmurent sans repos sous le continuel va-et-vient des
vagues capricieuses. Un vif engouement s’empare de moi. J’escalade un
promontoire, je pénètre dans un univers de cavités volcaniques façonnées par le
vent, j’avance sur des roches alvéolées comme la pierre ponce qui facilitent ma
progression. J’entends le bouillonnement d’écume en continuelle effervescence.
Ma témérité me vaut d’être aspergé par les embruns. Une plateforme pétrolière
se dessine au large. Les flots argentés brillent de mille reflets. Je frôle une
falaise impressionnante dont la pointe ressemble à la proue d’un navire de croisière.
Les vagues, au scintillement éblouissant, submergent de petites cavernes
mystérieuses. Patrick, sur mes pas, participe à la magie du site. J’oublie le
temps qui s’écoule devant tant de beauté. Je me sens bien au milieu de ce
déferlement de vie.
Nous
revenons sur la plage où des rouleaux de pierre accueillent les vagues et où
d’énormes galets se dorent au soleil. Nous regardons sur l’iPhone où se situe le
site objet de notre venue. Nous nous sommes éloignés sans le savoir de notre
objectif mais le jeu en valait vraiment la chandelle. Nous grimpons une colline
et, après un dernier regard au fabuleux paysage côtier, nous suivons un chemin
dessiné de pierres qui sinuent au bord d’un ravin stupéfiant. Nous nous
approchons du vide. Patrick caracole dans les rochers et me dit en en riant : «
On se croirait dans un western, on attend les Indiens ». Au loin, les éoliennes
se profilent devant les montagnes. Nous atteignons « La Cantería en Arico »,
une vaste carrière où les roches furent taillées en dalles et moulurées pour édifier des maisons et autres constructions. Des pierres
concassées tapissent encore les crevasses nées des excavations humaines. Les
regards se perdent dans le captivant ravin, bordé par endroits d’énormes
cavités, qui sinue vers l’océan. Plus avant, nos regards sont captivés par
d’étranges arbustes aux nombreux troncs noueux et évasés, aux formes créatives,
qui s’apparentent à de charmants buissons dépouillés de végétation. Les plus
élaborés ressemblent à des récifs de coraux. Une information, encastrée dans un
petit tumulus cubique artificiel en « tumita » [roche grisâtre
volcanique poreuse et rugueuse], titre avec le terme « Tabaibarril ». Je
pense avec amusement à Tabatha, la fille de Samantha Stevens, en tentant de
prononcer le mot « Tabaiba ». Ces arbustes, constamment soumis au souffle du
vent et aux rayons solaires, se sont adaptés pour survivre. Ils pratiquent la
succulence, une rétention d'eau rendue possible par l’épaississement de leurs
rameaux et « neurones » qui accumulent le précieux liquide de vie composé
d’eau et de nutriments essentiels à leur survie. En faisant une incision à la
base du tronc, la tabaiba libère son « sangrado » [sang].
Nous
continuons de grimper et, soudain, une vision nous coupe le souffle dans le
fascinant paysage aride. Une saisissante arche de pierre érodée semble surgir
de nulle part. L’érosion atmosphérique durant des milliers d'années et le
ruissellement dans le chenal du ravin a permis de sculpter et de façonner cette
œuvre naturelle magnifique à la taille impressionnante. Nous grimpons dans les
cavités sous l’arche pour se prendre en photo et pour nous rappeler l’extraordinaire
envergure de cette réalisation au regard de notre taille. Des cactus cherchent
à attirer l’attention en s’élancent dans le ciel sur les coteaux environnants
la voûte de pierre qui se prend parfois pour le squelette d’une baleine. Après
ces instants admiratifs, nous retournons tranquillement à la voiture en
grimpant sur le plateau qui borde le point culminant de la route. Nous
cheminons à côté d’une éminence circulaire qui me fait penser à la base du
château Saint-Ange à Rome. Nous descendons vers le parking en longeant le
bas-côté de la chaussée. Nous arrivons à la voiture quand les dix-sept heures
s’éloignent, après une fascinante balade d’un peu moins de cinq kilomètres en
terrain accidenté. Nous saluons en pensée l'arche de Bijagua et nous retournons
à l’hôtel où la carte du parking fonctionne efficacement.
La
pause-détente s’offre à nous sur le balcon. Le cacao au lait de riz est siroté
en laissant fondre en bouche du chocolat Lacasa. Un léger vent tamise la forte
chaleur. La porte-fenêtre ouverte, la température dans la chambre oscille
autour de 26%. Une tourterelle se pose sur la rambarde du balcon à dix-huit
heures quinze alors que je sélectionne les photos d’hier à publier sur le blog.
Une musique entraînante monte depuis la piscine. Je charge les photos de la
journée durant la très lente actualisation du blog. Elle nécessite de la patience,
de la détermination et de la disponibilité au détriment d’autres activités
comme une courte échappée pour voir le coucher de soleil. La narration de la
journée commence avant le dîner. Je croque une pomme verte. Les dernières
dattes et figues du petit déjeuner sont savourées avec des rondelles de banane.
Après le repas, Patrick se détend sur le balcon où la connexion Internet de
l’iPad s’avère sensiblement meilleure. Il enfile son sweater bleu car l’air est
devenu frais après le coucher de l’astre de vie. Je reprends la narration du
jour. Nous regardons les photos prises au canyon avant d’éteindre l’ordinateur
et de rejoindre Morphée pour la nuit…
Second fichier de photos publié avant le premier :
Premier fichier de photos :
Second appareil photo:

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