lundi 25 mars 2019

Évangile secret de Marc…


    Dans les rêves… lors d’une soirée, les deux battants d’une porte d’ascenseur s’ouvrent devant moi. Je vois nettement, assis sur un siège confortable, Christian Lepape, élégamment habillé, qui me regarde en souriant. Dans les années quatre-vingt-dix, j’ai accompagné Christian durant quelques années, pour lui venir en aide dans le cadre de l’association. Je l’ai connu lors du premier réveillon de Noël offert aux personnes seules. Le garçon venu avec lui ce jeudi 24 décembre 1992 au soir s’est suicidé dans les jours suivants…

            Les rites matinaux et le petit déjeuner répètent leur partition. Lors de ma présence sur le balcon, la pluie tombe lentement. Le vent s’est éclipsé. Le manteau nuageux limite la clarté. Durant la séance de yoga des yeux, le ciel et l’océan se confondent. Les minutes à dix heures ricochent sur le sol mouillé. Je consulte les messageries et les blogs de Patrick. Aidé de Google traduction, je compose et je remanie un texte de remerciement en espagnol pour Monsieur Virce et pour les deux dames de la boulangerie. Je l’écris ensuite sur la première page des trois livres du Petit Prince que nous allons offrir avant de quitter Icod.

            « Le ofrecemos este libro de un escritor francés para agradecerle su cálida bienvenida durante los últimos tres meses que pasamos este invierno en Icod de los Vinos. Regresaremos a Francia el viernes 29 de marzo. Apreciamos en mucho sus atenciones con nosotros y su amabilidad. Guardaremos un hermoso recuerdo de su personalidad entrañable. André y Patrick » [Nous vous offrons ce livre d'un écrivain français pour vous remercier de votre accueil chaleureux au cours des trois derniers mois passés à Icod de los Vinos cet hiver. Nous reviendrons en France le vendredi 29 mars. Nous avons apprécié grandement votre attention et votre gentillesse. Nous garderons un beau souvenir de votre personnalité attachante. André et Patrick].

            Je commence la narration de la journée d’hier quand les onze heures trente s’annoncent. Une heure plus tard, nous marchons sur la calle San Agustín. Des gouttes de pluie s’échappent encore des nuages. J’ouvre le parapluie pour protéger les verres des lunettes. À l’angle de la calle el Sol, un monsieur pressé nous laisse traverser devant lui d’un geste hâtif. Il vient de sortir de sa voiture à la carrosserie couleur vert canard qu’il laisse avec naturel au  milieu de la rue pour aller probablement effectuer une course... rapide. Nous nous amusons de cette situation déjà connue au centre-ville. Un peu plus loin, nous nous amusons cette fois de la forme d’une voiture promotionnelle du Loro Parque, stationnée au bord du trottoir, qui s’apparente à une orque avec un aileron dorsal noir sur la toiture et une nageoire caudale, noire et blanche, large et arrondie, sur le hayon du coffre. Nous entrons vers treize heures au restaurant « Casa de comidas La Parada », en contrebas de la plaza Andrés. Nous préférons déjeuner à l’intérieur devant la froidure de l’air. La salle ressemble à celle de certains restaurants savoyards avec les poutres au plafond et le bois foncé qui participe à la l’agencement. Nous prenons place à une table pour quatre personnes à l’angle de la pièce, à la droite de la porte d’entrée. Des cadres suspendus au mur blanc dévoilent d’anciennes photos en noir et blanc du centre d’Icod. Patrick reconnaît une vue plongeante de la calle San Sebastián qui donne sur la place Andrés. Trois voitures anciennes se remarquent. Un autre cliché offre de voir de profile la pergola de la place, le Drago milenario et le volcan Teide. Une photo prise depuis la place de la mairie montre le début de la calle San Agustín où une fillette et une jeune femme coiffée d’un élégant chapeau regardent l’objectif. Les grands absents des photos sont les commerces. Melania et un jeune homme costaud et barbu s’occupent de nous. Nous optons aujourd’hui pour des papas arrugadas, une crème de légumes variés et pour deux « Revueltos de champiñones ». Du beurre est apporté pour remplacer les amuse-bouches carnés. Il fond sur les pommes de terre ridées que j’agrémente de mojo à la coriandre. Patrick boit de l’eau gazeuse Fonteide. Il fait fondre du beurre dans l’onctueuse crème de légumes très chaude. Je savoure la mienne avec la petite cuillère de la manzanilla. La salle se remplit et seule une table reste inoccupée. Les champignons, poêlés avec des œufs brouillés, surprennent agréablement les regards et se révèlent excellents et goûteux.

            Durant le repas, Patrick me parle de l’évangile secret de Marc et me narre un étrange passage tiré de cet évangile. L'épisode se déroule dans le Jardin de Gethsémani pendant la Passion du Christ : « Marc 14 […]50Alors tous l'abandonnèrent, et prirent la fuite. 51Un jeune homme le suivait, n'ayant sur le corps qu'un drap. On se saisit de lui ; 52mais il lâcha son vêtement, et se sauva tout nu. ». Il m’apprend aussi que dans cet évangile, outre Lazare, le Christ ressuscita d’autres personnes dont un jeune homme : [Jésus s’approcha et fit rouler la pierre qui fermait le tombeau. Il entra aussitôt là où était le jeune homme, tendit la main et l’éveilla en lui saisissant la main. Le jeune homme l’aima du premier regard et se mit à le supplier de vivre avec lui. Sortant du tombeau, ils allèrent à la maison du jeune homme, car il était riche. Le sixième jour, Jésus lui donna un ordre : le soir venu, le jeune homme vient auprès de lui, nu sous un simple drap ; et il demeura avec lui durant cette nuit-là, car Jésus lui enseignait le mystère du Royaume de Dieu.] Ces informations m’apportent du baume au cœur quand je repense aux souffrances de mon enfance.

            Le repas se termine la joie au cœur. En sortant après quatorze heures, nous constatons que les tables de la terrasse sont toutes occupées. Nos pas nous conduisent vers la place Andrés. Avant de flâner, nous achetons d’ultimes cartes postales chez Arte Ycodem. La pluie a cessé et des amaryllis rouges, ruisselantes de gouttes d’eau, demandent à être photographiées. Vers le kiosque, une fleur rose se dresse fièrement sur une longue tige vert clair. Des perles de pluie sur les pétales nervurés de blanc rehaussent sa beauté. Un groupe de touristes russes, rassemblé devant le vénérable banian, écoute distraitement les propos de la guide. Je prends en photo le bâtiment blanc, cubique et original, où s’est installé le magasin « La Parada del Drago ». En mai 2013, la caméra de Google map dévoilait à sa place le magasin « Bazar Souvenirs Gloria ». Impermanence ! Patrick s’approche d’une affichette posée sur la porte de l’église fermée. Je cherche sur l’iPhone la traduction des morts « Cerrado por defunción » [Fermé pour décès]. En sortant du parc, très animé aujourd’hui malgré le temps pluvieux, nous entrons chez Ale-Hop pour toucher la texture des sacs de plage, colorés et attrayants, exposés en vitrine. Patrick remarque alors la présence de réveils originaux dont les diodes électroluminescentes des chiffres rouges transparaissent à la surface de cubes aux arêtes arrondies de différentes couleurs. Nous sommes séduits. Nous optons pour un modèle que mes yeux voient de couleur gris-bleu. Samuel, un beau gars barbu à la chevelure noire de jais, un piercing en forme d’anneau sous le lobule du nez, encaisse avec un séduisant sourire les quinze euros de la « Reloj led de madera » [horloge led en bois]. La vache à l’extérieur du magasin se protège des gouttes d’eau sous un parapluie à la bordure bleu clair. Les mots « Sonrie cada dia » [Sourire tous les jours] se lisent sur la toile transparente. Sur le chemin du retour, derrière une grille du restaurant « Agustín Y Rosa » fermé aujourd’hui, je photographie une séduisante causeuse, en bois cérusé beige, garnie de coussins blancs colorés.

            De retour dans l’appartement, je poursuis le récit de la journée d’hier avec des escapades sur la toile Internet dont les méandres sont riches de ricochets parfois très intéressants et instructifs. La pause-détente ponctue le plaisant ouvrage. Patrick se détend avec le dernier épisode de la série « Everything Sucks ! ». Le blog est actualisé avant le dîner. Je croque une pomme. Je savoure avec des rondelles de banane le restant de gâteau à la citrouille. Une barre El Almendro termine mon repas. Durant la soirée au salon, confortablement assis à côté de Patrick, les jambes allongées sur le grand pouf rond, je retourne au pays des mille et une nuits. Je lis dans le conte de Shéhérazade et de Shahryar que la bonne santé est une question d’harmonie, que les maladies s’expliquent par une dissonance, et que guérir consiste à accorder l’individu comme un instrument pour qu’il joue juste et se remette à l’unisson du monde… Nous regardons le dernier épisode de la plaisante série « Carmen, l’Éternelle sorcière ». Aldemar se désagrège une fois son ombre noire envolée à jamais. Ses pouvoirs revenus, Carmen peut guérir ses deux amoureux, Esteban et Cristóbal. Ce dernier apparaît du passé grâce à Jhony Ki qui, pour changer le destin de ses parents décédés, se trompe de siècle dans son voyage temporel et finit enchaîné sur une galère barbaresque…






























                               Second appareil photo :









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