vendredi 22 mars 2019

Lotería La Primitiva…


    Lors des rites matinaux, pour le second exercice des cinq Tibétains, je m’allonge sur le dos sur la douce couverture rose, pliée sur la couverture verte, toutes deux en fibres de polyester. Le petit déjeuner surfe sur la partition du samedi 19 janvier. Aujourd’hui, outre les arachides grillées non salées croquées avec des dattes Medjool, je mastique des noisettes et des noix du Brésil avec les rondelles de banane. Lors de ma présence sur le balcon, Borée tourbillonne et anime énergiquement la ramure des arbres. Son souffle puissant décoiffe et les fleurs frémissent à son approche. L’astre solaire a disparu derrière les nuages amoncelés. La ville baigne dans une lumière blafarde qui éclabousse les murs en leur donnant une apparence morne et désolée. J’imagine qu’il s’agit d’un clin d’œil de la météo et d’un dernier soubresaut de l’hiver. Je remarque pour la première fois, grâce à une dame apparue en coup de vent, un balcon profond en contrebas de la rue. J’effectue le palming à l’intérieur. Les dix heures emmitouflées sonnent au clocher de la chapelle où les fidèles assistent à une messe. Je consulte les messageries et les blogs de Patrick. Nous répondons à un mail de Thérèse suite à un fait accompli sur notre propriété commune sans informations et accords préalables. Je commence la narration de la journée d’hier.

            Après treize heures trente, une fois quelques emplettes effectuées chez Monsieur Virce, nous marchons sur l’avenida 25 de Abril pour aller faire des courses chez Dino. Sur l’avenue, des ouvriers peignent en blanc des bordurettes et des murets dont la peinture initiale orangée, écaillée et défraîchie, tire sa révérence sous les coups de pinceau. De la « mermelada de melocotón » [confiture de pêche], du fromage de Brie, du « queso de leche de cabraet El Faro » [fromage au lait de chèvre] fabriqué sur l’île de Lanzarote, du beurre crémeux des Asturies, des chips à l’huile d’olive Dino et un demi kilogramme de fraises Tarrina à un euro vingt-neuf composent notre sélection au supermarché. En remontant la calle Francisco Miranda, un pain noir est acheté à la boulangerie Horno de pan. Une dame se fait emballer quatre parts de gâteau à la crème. Nous voyons la mise en place du traditionnel et ingénieux arceau en carton disposé au-dessus des douceurs pour les protéger durant le transport. Nous déjeunons dans l’appartement. Les champignons frais et l’avocat moelleux à cœur de Monsieur Virce sont délicieux.

            Les quatorze heures sonnent au clocher de la chapelle. Je reprends tranquillement la narration de la journée d’hier tout en musardant de temps à autre sur la toile Internet. Patrick œuvre sur son ordinateur. Nous partons nous promener vers le centre-ville après la pause-détente. En chemin, je regarde de superbes verres à pied en cristal qui scintillent sur le graphisme de la publicité d’une camionnette de la société « Atilano House Hosteleria ». Un retrait d’espèces est effectué à la CaixaBank. Le manque de clarté sur la place Andrés et la présence d’un vent froid nous incitent pour la première fois à presser le pas. Je prends le kiosque en photo. Nous effectuons des courses chez Alteza où Guacimara nous accueille à la caisse. Sur la calle San Agustín, j’achète une boîte de cacao de l’Équateur et de Haïti à la boutique Mama Tierra.

            Plus avant sur la rue, une dame à la chevelure mi-longue de couleur châtain-roux, petite et un peu courbée, à l’âge avancé, chemine à notre encontre en s’aidant d’une béquille. Vêtue d’une jupe bleu foncé et d’un pull marin rayé assorti, elle marche lentement dans une démarche légèrement chaloupée. Son bras gauche fléchit imperceptiblement sous le poids d’un grand sac en cuir fauve. Elle s’arrête et nous adresse la parole. Souriante, le visage énigmatique, elle se lance dans un petit discours, ignorante de notre méconnaissance de sa langue. Le contenu de sa main parle pour elle. Elle nous propose d’acheter un billet de jeu de hasard. L’entête des feuilles en équilibre au creux de sa paume porte les mots « La Primitiva », un organisme officiel qui ressemble au jeu du loto en France. Sur le billet du dessus, six numéros apparaissent sous le mot « apuestas » [paris (enjeux)]. La dame parle beaucoup mais le contenu de ses propos nous échappe. Toutefois, nous imaginons qu’elle désire nous vendre un billet. Devant son charme, sa simplicité, son assurance et son aisance dans la parole, nous lui achetons le billet qu’elle nous tend. La mise imprimée se monte à un euro. Elle demande deux euros. Les pièces étant manquantes dans le porte-monnaie, je lui donne un billet de dix. En comptant à voix haute, elle me rend la monnaie avec cinq pièces de un euro, une pièce de deux euros… et une livre sterling. La pièce britannique plus lourde, à la tranche échancrée et rainurée, se remarque au premier coup d’œil. Amusés, nous sourions sans rien dire. Sur le « boleto », dont le tirage aura lieu demain, les mots « repita su apuesta con este resguardo » invitent le gagnant à présenter le reçu, étoffé d’un code QR. La dame poursuit son chemin et s’adresse à une jeune femme assise en travers au bout du banc derrière nous. Plus avant sur la rue, comme un écho à une pensée de sociabilité chez les  « chichareros » [canariens de Tenerife], je vois un tapis extérieur de seuil de porte dans une vitrine où se lisent les mots en anglais « Come in – Friends & Family welcome here… » [Entrez, amis et famille bienvenue ici].

            La « Lotería La Primitiva » naquit sous le règne de Carlos III suite à une proposition du marquis de Esquilache. Son objectif fut d'obtenir plus d'argent pour les caisses du royaume sans créer une nouvelle taxe. Le premier tirage au sort eut lieu le samedi 10 décembre 1763, avec un système très similaire à celui d’aujourd’hui. Les trois quarts des quelque deux cent mille réales collectés furent redistribués. À cette époque, cette loterie s'appelait simplement « Lotería por Números »…

            Quand nous montons la calle del calvario, les fidèles sortent de la chapelle. Je prépare un smoothie banane, kiwi et fraises. Les dix-neuf heures sonnent au clocher quand je lance la réduction du format des photos sélectionnées pour illustrer la journée d’hier sur le blog. Je l’actualise une trentaine de minutes plus tard. Je commence ensuite une lettre pour Sonia. Lors du dîner, je croque une petite pomme avant de déguster le smoothie. Deux barres El Almendro, dont une chocolatée, complètent mon repas. J’apprécie nos soirées au salon, assis à côté de Patrick. J’entre par la porte imaginaire du kindle dans l’univers de Sophie qui fait la connaissance de Claude, un capitaine en convalescence suite à une crise de paludisme. Ils décident de partager leur solitude dans l’amour. Nous entrons ensuite dans l’univers de « Siempre Brujal ». Jhony Ki se porte au secours de Carmen en 1646 en traversant courageusement la porte temporelle ouverte par son amie afro-colombienne suite à un envoûtement d’Aldemar qui lui volé ses pouvoirs de sorcière. Malgré les incohérences du scénario, je suis sous le charme de cette plaisante série colombienne...












 

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