samedi 23 mars 2019

Restaurant El Mortero à Icod…


     La routine matinale bénéfique, essentielle pour une bonne journée, se déroule et s’évanouit simplement et paisiblement. Je pense à ce que je fais avec plaisir. Lors de ma présence sur le balcon, Borée pirouette dans les banchages des arbres tandis que Favonius caresse de son souffle doux et chaud les fleurs écloses. Le feuillage de l’arbre solitaire au bas du parc de la chapelle, qui ressemble à un micocoulier, frétille joyeusement sous ces souffles antagonistes qui s'expriment dans des tourbillons baignés de faisceaux de lumière solaire. Une sensation nouvelle se fraie un chemin de bien-être sur ma peau. Les dix heures s’éloignent, portées par cette symbiose aérienne. Je commence la lecture des paragraphes du livre trois du « Gai savoir » de Nietzsche. Je consulte les messageries et les blogs de Patrick. J’œuvre sur l’ordinateur avec mon mari dans des activités personnelles. Les onze heures pianotent sur la trame du temps quand l'ouvrage en commun se termine. Je poursuis le message pour Sonia que j’envoie par mail avant midi. Je commence la narration de la journée d’hier.

            À treize heures, nous marchons dans la calle San Sebastián. Des stands se dévoilent dans la rue dont celui où nous avons acheté des douceurs le jour de la feria del descuento. Les gâteaux remportent un franc succès. Nombre de parts déjà vendues vont faire des heureux dans les foyers. Nous attendons que les personnes avant nous soient servies. Le jeune vendeur barbu à lunettes nous reconnaît. Nous optons pour quatre douceurs : une part de gâteau carotte et noix de coco, une part de « Pastaflora » à la goyave, une part de gâteau à la citrouille et une part de gâteau pomme et raisins secs. Chaque portion revient à un euro trente. Une fois les gâteaux emballés avec soin, nous procédons au règlement et nous reprenons notre chemin. Quelques minutes plus tard, nous entrons chez El Mortero. Outre des papas des îles, des œufs sont à vendre sur des plateaux superposés dans le stand en face du restaurant. Comme souvent dans nos voyages, nous remarquons qu’ils sont à l’air libre et non réfrigérés comme souvent en France. C’est à Bangkok que je fus le plus étonné au regard de la température ambiante de plus de trente degrés dans les rues. La première salle à l’intérieur est comble ; nous prenons place à la seule table encore libre. Un jeune et séduisant serveur barbu, à la chevelure châtaine partiellement colorée en blond, aux bras tatoués par endroits, s’occupe de nous. Son prénom « Yoli », la version masculine du prénom Yolanda, signifie « celui qui apporte le bonheur ». Nous optons en entrée pour une « Tabla de quesos canarios con mojos » et pour des « Berenjenas y tomate deshidratado con aceite de ajo y permesano ». Nous choisissons ensuite de nous régaler à nouveau avec des « raviolis relleno de cremoso de setas, boletus y rucula con salsa de queso ahumado ». La manzanilla est servie dans une théière indienne. Durant la préparation des mets, nous regardons les anciennes réclames qui couvrent toute la surface des sets de table à l’aspect vieilli. Outre un entrefilet vantant le fameux cacao Van Houten, je photographie l’encart de la « Brooks Manufacturing Company » située en son temps dans la ville de Saginaw, dans l’état du Michigan aux États-Unis, à une centaine de miles au nord de l'actuelle ville sinistrée de Detroit. Ce magasin de meubles très renommé, fut fondé sur Rust avenue au début du siècle passé par Clifford Brooks, une cinquantaine d’années avant celui de Claudius, également très renommé. Des amuse-bouches sucrés salés au fromage onctueux précèdent la valse des fromages canariens et les tranches d’aubergines, aux tomates séchées et à l’huile d'ail, parsemées de brisures de parmesan. Patrick accompagne la dégustation du fromage avec de l’eau gazeuse. L’huile d’ail donne un goût légèrement piquant aux délicieuses tranches d’aubergines. La suite du repas arrive. Deux fleurs décorent les raviolis ; une pensée et une fleur inconnue. Je teste leur saveur, nouvelles pour le palais. Les raviolis farcis de champignons crémeux, de bolets et de brisures de roquette, à la sauce au fromage fumé, se révèlent toujours aussi délectables. Les papilles chantent. La tablée voisine, composée d’une huitaine de personnes, termine son repas et un silence paisible revient dans la salle. À la fin du repas, un charmant couple italien se propose de faire de la monnaie sur un billet de dix pour nous permettre de donner un pourboire à Yoli. Nous bavardons un instant. La dame s’intéresse à la traduction des mots « vent » et « vin », similaires dans la langue italienne avec un « o » à la fin.

            Nous retournons tranquillement à l’appartement. Dans la rue, à l’angle de la calle el Sol, un petit chien marron aux oreilles baladeuses aboie depuis le balcon du premier étage d’une maison aux murs ocre rouge. Je lui fais des signes en agitant la main. Ses yeux s’animent dans mon regard. Quand je reviens sur mes pas pour le prendre en photo, il se sauve prestement, probablement effarouché par mon approche. Devant un magasin encore ouvert, un nourrisson inanimé avec un chapeau jaune, aux vêtements  bleu marine à bandes jaunes, est assis les bras ouverts sur une chaise sur le bord du trottoir. Quand je le photographie, les commerçants me sourient amicalement et lèvent le pouce. Vers chez nous, je reprends en photo la bâtisse délabrée à l’angle de la calle Domingo Leon Padilla dont les palmiers du jardin dépassent largement la toiture plate où la végétation s’infiltre inexorablement. La décrépitude de la masure s’accentue insensiblement et irrésistiblement.

            Nous arrivons chez nous un peu avant quinze heures. J’œuvre sur l’ordinateur. Patrick se détend avec le film « The Cloverfield Paradox ». Le blog est actualisé avant la pause-détente.

            Vers dix-huit heures, nous sortons de l’appartement. Je photographie la montée d’escalier, et l’ascenseur quand Patrick ouvre la porte. Une promenade au centre-ville nous offre de flâner sur la place Andrés. Je prends en photo un angle de la place, à la balustrade blanche arrondie, avec en arrière-plan une bâtisse blanche, cubique et originale, où le « Bazar Souvenirs Goria » occupe une partie du rez-de-chaussée. Un jeune homme asiatique fait d’un bon pas plusieurs fois le tour de la place en baladant son bébé dans une poussette. Il nous dépassera après la mairie quand nous serons sur le chemin du retour. J’observe le Drago, les lauriers indiens, le campanile de l’église, les larges escaliers qui montent à la place de la Pila. En revenant sur nos pas, nous voyons avec étonnement sur la place de la mairie une maman qui pilote à distance avec une télécommande la voiturette rouge de son fils. Il roule sans pouvoir maîtriser lui-même son véhicule. Patrick observe un édifice de caractère en lente décrépitude aux numéros 26/28 sur la calle San Agustín. La façade blanche à la peinture défraîchie et écaillée, aux fenêtres cintrées et en ogive, au balcon du premier étage en équilibre sur la trame de son devenir incertain, interpelle les regards éblouis et surpris. L’édifice, qui se souvient de sa riche histoire passée, se demande s’il retrouvera un jour toute sa prestance. Quand nous grimpons la calle del calvario, un bus vert Titsa des transports interurbain de Tenerife me frôle. L’adresse et l’habileté  du conducteur dans les rues étroites de la ville sont fascinantes. Dès notre arrivée chez nous, je prépare un smoothie fraise banane. Les photos du jour sont chargées. La narration de la journée commence.

            Lors du dîner, je croque une pomme et je savoure le gâteau pomme raisins secs avec des rondelles de banane. Patrick déguste la part de « Pastaflora » à la goyave après une pomme et une banane. Lors de la soirée au salon, dans le Chemin de rocailles, le mariage de Sophie et Claude approche rapidement, tout comme la fin du livre. Le couple va se rendre à Bizerte en Tunisie où Claude doit réintégrer son régiment. Je commence en parallèle la lecture du livre « Les mille et une nuits - ou le conte de Shéhérazade et de Shahryar » de Jacques Cassabois.

            Shahryar, le roi de Perse, blessé dans son âme par la conduite déloyale de son épouse, persuadé que toutes les femmes sont incapables de fidélité, décide d’épouser chaque soir une jeune fille qu’il tuera le matin suivant après la nuit de noces. Pour tenter de mettre un terme à cette folie, la courageuse Shéhérazade devient la nouvelle épouse de Shahryar. Pendant mille et une nuits, elle va entraîner le roi dans d’extraordinaires récits, peuplés d’étonnants personnages, tels Ali Baba et les quarante voleurs. Émerveillé par son talent de conteuse, chaque matin, Shahryar lui accorde un sursis. Captivé, il la laisse provisoirement en vie pour écouter la suite de ses récits. Graduellement, insensiblement, guidé par la douceur et la patience de son épouse, le roi voit ses tourments s’apaiser peu à peu et son amour renaître pour le cœur de Shahryar…

            La soirée se termine à bord du vaisseau Discovery où nous vivons une aventure passionnante dans l’univers mycélium pour aller sauver Tilly. Philippa Georgiou, étincelante comme à son habitude, se montre imprévisible et déterminée quand Michael est en danger. Nous avons la surprise et la joie, grâce à la magie du cinéma et à l’imagination des scénaristes, de voir revenir à la vie, avec émotion, le docteur Hugh Culber, le mari du lieutenant Paul Stamets…
































Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire