Lors
de ma présence sur le balcon, le vent presque tiède s’essouffle. Les rayons du
soleil baignent Icod sous un ciel d’azur. Les neuf heures trente sonnent au
clocher de la chapelle. Je consulte les messageries et les blogs de Patrick. Je
poursuis la narration de la journée d’hier. Dans la matinée, Patrick propose de
déjeuner à Puerto de la Cruz et de visiter les jardins Risco Bello qui étaient fermés
dimanche dernier. Le récit se termine juste avant de partir vers midi
trente.
Des
nuées blanches se promènent dans le ciel bleu. Patrick prend le volant. La
circulation est fluide. Dans le rond-point qui précède la descente vers l’hôtel
Maritim, je ris intérieurement en voyant un panneau directionnel indiquant les mots
« carretera de las Dehesas ». Mon esprit s’amuse à me renvoyer des images
du film « L'As des as » avec Jean-Paul Belmondo. La voiture est stationnée
sur le parking gratuit vers le phare. Nous allons déjeuner au restaurant indien
« Jai Mata Di » sur la calle de Zamora. Nous prenons place sans consulter la
carte, sûrs d’entrer dans un restaurant végétarien. Toutefois, les mets carnés
au menu indiquent le contraire. Notre interprétation des mots « vegan food »
sur l’enseigne était inexacte. Bien que l’idée me trotte dans la tête, quitter
maintenant le restaurant constituerait un manque de délicatesse et d’empathie,
en dehors du fait que se rendre dans un autre établissement nécessite du temps.
Contre toute attente, les samosas et les dhals sont absents du menu. Devant ces
perturbations, je me dis que la nourriture doit être excellente. Nous optons de
concert pour un Chana Aloo, un curry de pois chiches aux pommes de terre, et
pour du riz blanc aux champignons et aux légumes. Deux éléphanteaux peints sur deux murs colorés participent à la décoration assez sommaire. Les mets s’avèrent effectivement
délicieux. Patrick les accompagne d’eau gazeuse Fonteide. Le chef s’absente un instant de la cuisine avant de préparer la commande des quatre
jeunes filles qui viennent de s’installer à la table derrière Patrick. Il nous
demande avant de sortir si nous sommes satisfaits. Un sourire et un signe de tête le
lui confirment. Une dizaine de repas sont servis pendant notre présence.
Après
le déjeuner, nous grimpons la carretera Taoro pour atteindre le site de Risco
Bello, distant d’environ un kilomètre, qui surplombe la vieille ville. Je donne
un coup d’œil à la coquette maison de plain-pied. Dès notre arrivée, le jardin
aquatique s’excuse d’être en renaissance et nous invite à nous asseoir en terrasse
pour un temps de détente au bord de l’étang proche de la maison. Il nous
propose de revenir une autre fois, après les embellissements et les rénovations
en cours, pour découvrir sa collection riche d’une multitude de plantes
exotiques et tropicales, réparties en terrasses sur environ deux hectares. Il
nous motive en évoquant la présence de ponts suspendus, de cascades, de grottes
et de fontaines blottis dans la végétation luxuriante. Un murmure s’élève et
nous raconte une histoire.
Le
petit paradis « Risco Bello », protégé des assauts du vent, naquit d’une
histoire d'amour. Le fondateur du jardin, René de Radiguès, cherchait de par le
monde un lieu paisible avec une belle propriété pour sa femme malade Ana María,
dans le dessein de lui offrir un cadre de vie merveilleux pour terminer son
parcours terrestre. Il trouva son bonheur à Puerto de la Cruz. Partis de la
Belgique, René et Ana María arrivèrent en 1969 sur l’île de Tenerife. Ils
s’installèrent dans la casa Risco Bello, achetée à Pedro Fernández et Magdalena
Ritzen. René, le cœur déchiré d’amour, se mit à l’œuvre pour embellir la
propriété et créer un jardin de rêve pour son épouse. Il fit apporter de divers
pays du monde des essences rares exotiques et tropicales pour agrémenter et
colorer la végétation locale. Cinq années plus tard, sa femme toujours vivante,
il acheta à la famille anglaise Reid une propriété mitoyenne, la Casa
Caledonia, de style colonial anglais, riche de plus de soixante ans d'histoire.
Fort de son amour pour l’élue de son cœur, il continua son œuvre et finit par
réaliser l'un des plus beaux jardins de l’île. Pendant bien des années encore,
son épouse, guérie de ses affections grâce au climat et au paradis d’amour créé
par son mari, put vivre une vie heureuse, baignée de beauté et de joie, l’ouïe
caressée par les chants des oiseaux enchantés de gazouiller dans une telle
exubérance. Une vingtaine d’années passèrent sous la tonnelle du bonheur. René
et Ana María sont morts aujourd'hui. Leur fille Bernadette s'occupe du domaine en
prolongeant la poésie aquatique initiée par son père…
Nous
prenons place sur l’herbe à une petite table ronde entourée de quatre chaises
en fer peint en vert sapin. Un monsieur en jeans et tee-shirt vient prendre la
commande. Patrick m’indique que des coussins pour chaise de jardin sont
disponibles vers l’entrée de la villa. Je vais en chercher un. En chemin, je
salue un magnifique canard au plumage nuagé de noir et de beige. Je fais la
causette à un chat noir et blanc en repos vers la pile des coussins. À mon
retour, les douceurs enjolivent la table. Nous les savourons lentement avec une
boisson. Je sirote de la manzanilla Lord Nelson. Patrick trempe ses lèvres dans
un café dont la ravissante petite tasse turquoise apporte une note de couleur
au service en porcelaine blanche. Avec du recul sur l‘épisode du déjeuner, je
vois une parfaite concordance. Le repas relativement frugal nous permet de
vivre ces instants gourmands dans un cadre idyllique. Nous profitons de la
présence des cygnes noirs, des oies, des canards et des tortues, vert et
jaune, qui barbotent dans l’étang où des statues romantiques en marbre blanc,
les pieds dans l’eau, se souviennent de la splendeur d’autrefois. Un angelot
joue au violon. Mon ombre se reflète sur l'onde quand je le photographie. Depuis la table, en me retournant sur la chaise, je contemple des glycines grimpantes à la floraison généreuse
qui s’épanouissent sur les toitures, sur la façade rose pâle et le long du balcon
défraîchi de la villa. Les lianes profitent d’un certain laisser-aller pour se
faufiler entre les balustres. La rénovation entreprise s’annonce la bienvenue.
Une vieille dame coiffé d'un chapeau en paille de couleur crème, escortée d’une jeune femme tenant une chaise,
avance avec une canne pour venir s’asseoir vers l’étang. Sa silhouette évoque
en moi la culture créole.
Après
ces instants de détente et de rêverie, nous nous promenons autour de la villa où une pergola et sa fontaine octogonale en mosaïques au ton gris-bleu dominant,
surmontée d’un angelot, se prélassent sous une tonnelle. Des oiseaux du paradis
participent à la beauté du lieu. Le chat noir et blanc s’est installé vers la
fontaine. Je le caresse derrière l’oreille et il me donne un léger coup de
patte. Un canard plongeur noir au bec rouge semble s’étonner au bord de l’eau
saumâtre. Au bout de l’étang, devant une maison cubique originale aux murs rose
pâle, de séduisantes jarres en terre cuite de tailles différentes me rappellent
Morgiane qui, il y a mille et une nuits, se débarrassa de quarante voleurs en
versant de l’huile bouillante dans les jarres où ils s’étaient cachés. Elle
endormit la vigilance de leur chef qui s’apprêtait à trucider Ali Baba. Les
oiseaux chantent dans les arbres. Un volatile se laisse prendre en photo par
Patrick. Des fleurs rouges, des bougainvilliers fuchsias, un vénérable palmier
qui domine la propriété, des bas-reliefs d’angelots, des cactus et bien d’autres
végétaux participent à la beauté de ce merveilleux environnement.
Nous
quittons un peu avant seize heures l’éden de René et d’Ana María. Nous
retournons tranquillement au parking. Le vent se manifeste à nouveau le long de
la carretera Taoro. Sur la calle de Cólogan, je m’attarde devant un totem qui
indique sur des flèches les distances des autres îles des Canaries depuis
Tenerife. À l’angle de la calle Quintana et de la plaza del Charco, j’entre un
instant dans le "Centro comercial Columbus Plaza" où une statue de Christophe
Colomb se dévoile dans un attrayant patio entouré de balcons. Le peintre
Portuense Bonín, dont la renommée s’est envolée avec les années, vécut dans
l’une des résidences qui constituent aujourd’hui le centre commercial. Nous
partons de Puerto de la Cruz après seize heures quinze. Je prends le volant
pour retourner à Icod. Une trentaine de minutes plus tard, la chance opère et
je peux garer la voiture derrière la chapelle à quelques pas de chez nous. Des
nuages gris menaçants ont remplacé les nuées blanches de la matinée.
À dix-sept heures, je commence la lecture
du récit d’hier. La pause-détente m’offre d’apprécier un cacao au lait de riz
en suçant du chocolat Tirma à 85% de cacao. Patrick sirote de l’eau gazeuse
avant d’aller se détendre avec la série « Everything Sucks ! ». Le blog
est actualisé une quinzaine de minutes avant vingt heures. Les photos de la
journée sont chargées sur l’ordinateur et regardées avec Patrick. Je lance les
sauvegardes. Lors du dîner, je croque une petite pomme et je savoure des
rondelles de banane avec une part de gâteau La Granja. Une barre El Almendro
termine mon repas. Des jeux sur l’iPad, la lecture et le cinéma s’offrent à
nous détendre durant la soirée au salon. Pendant les grandes vacances, Sophie
vient aider son amie Marcelle qui a mis au monde une petite Simone.
Les protagonistes de la série « The Good place » se déchaînent et se laissent
emporter par des comportements irréfléchis et provocateurs…
Second appareil photo :

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