jeudi 21 mars 2019

Risco Bello…


    Lors de ma présence sur le balcon, le vent presque tiède s’essouffle. Les rayons du soleil baignent Icod sous un ciel d’azur. Les neuf heures trente sonnent au clocher de la chapelle. Je consulte les messageries et les blogs de Patrick. Je poursuis la narration de la journée d’hier. Dans la matinée, Patrick propose de déjeuner à Puerto de la Cruz et de visiter les jardins Risco Bello qui étaient fermés dimanche dernier. Le récit se termine juste avant de partir vers midi trente.

            Des nuées blanches se promènent dans le ciel bleu. Patrick prend le volant. La circulation est fluide. Dans le rond-point qui précède la descente vers l’hôtel Maritim, je ris intérieurement en voyant un panneau directionnel indiquant les mots « carretera de las Dehesas ». Mon esprit s’amuse à me renvoyer des images du film « L'As des as » avec Jean-Paul Belmondo. La voiture est stationnée sur le parking gratuit vers le phare. Nous allons déjeuner au restaurant indien « Jai Mata Di » sur la calle de Zamora. Nous prenons place sans consulter la carte, sûrs d’entrer dans un restaurant végétarien. Toutefois, les mets carnés au menu indiquent le contraire. Notre interprétation des mots « vegan food » sur l’enseigne était inexacte. Bien que l’idée me trotte dans la tête, quitter maintenant le restaurant constituerait un manque de délicatesse et d’empathie, en dehors du fait que se rendre dans un autre établissement nécessite du temps. Contre toute attente, les samosas et les dhals sont absents du menu. Devant ces perturbations, je me dis que la nourriture doit être excellente. Nous optons de concert pour un Chana Aloo, un curry de pois chiches aux pommes de terre, et pour du riz blanc aux champignons et aux légumes. Deux éléphanteaux peints sur deux murs colorés participent à la décoration assez sommaire. Les mets s’avèrent effectivement délicieux. Patrick les accompagne d’eau gazeuse Fonteide. Le chef s’absente un instant de la cuisine avant de préparer la commande des quatre jeunes filles qui viennent de s’installer à la table derrière Patrick. Il nous demande avant de sortir si nous sommes satisfaits. Un sourire et un signe de tête le lui confirment. Une dizaine de repas sont servis pendant notre présence.

            Après le déjeuner, nous grimpons la carretera Taoro pour atteindre le site de Risco Bello, distant d’environ un kilomètre, qui surplombe la vieille ville. Je donne un coup d’œil à la coquette maison de plain-pied. Dès notre arrivée, le jardin aquatique s’excuse d’être en renaissance et nous invite à nous asseoir en terrasse pour un temps de détente au bord de l’étang proche de la maison. Il nous propose de revenir une autre fois, après les embellissements et les rénovations en cours, pour découvrir sa collection riche d’une multitude de plantes exotiques et tropicales, réparties en terrasses sur environ deux hectares. Il nous motive en évoquant la présence de ponts suspendus, de cascades, de grottes et de fontaines blottis dans la végétation luxuriante. Un murmure s’élève et nous raconte une histoire.

            Le petit paradis « Risco Bello », protégé des assauts du vent, naquit d’une histoire d'amour. Le fondateur du jardin, René de Radiguès, cherchait de par le monde un lieu paisible avec une belle propriété pour sa femme malade Ana María, dans le dessein de lui offrir un cadre de vie merveilleux pour terminer son parcours terrestre. Il trouva son bonheur à Puerto de la Cruz. Partis de la Belgique, René et Ana María arrivèrent en 1969 sur l’île de Tenerife. Ils s’installèrent dans la casa Risco Bello, achetée à Pedro Fernández et Magdalena Ritzen. René, le cœur déchiré d’amour, se mit à l’œuvre pour embellir la propriété et créer un jardin de rêve pour son épouse. Il fit apporter de divers pays du monde des essences rares exotiques et tropicales pour agrémenter et colorer la végétation locale. Cinq années plus tard, sa femme toujours vivante, il acheta à la famille anglaise Reid une propriété mitoyenne, la Casa Caledonia, de style colonial anglais, riche de plus de soixante ans d'histoire. Fort de son amour pour l’élue de son cœur, il continua son œuvre et finit par réaliser l'un des plus beaux jardins de l’île. Pendant bien des années encore, son épouse, guérie de ses affections grâce au climat et au paradis d’amour créé par son mari, put vivre une vie heureuse, baignée de beauté et de joie, l’ouïe caressée par les chants des oiseaux enchantés de gazouiller dans une telle exubérance. Une vingtaine d’années passèrent sous la tonnelle du bonheur. René et Ana María sont morts aujourd'hui. Leur fille Bernadette s'occupe du domaine en prolongeant la poésie aquatique initiée par son père…

            Nous prenons place sur l’herbe à une petite table ronde entourée de quatre chaises en fer peint en vert sapin. Un monsieur en jeans et tee-shirt vient prendre la commande. Patrick m’indique que des coussins pour chaise de jardin sont disponibles vers l’entrée de la villa. Je vais en chercher un. En chemin, je salue un magnifique canard au plumage nuagé de noir et de beige. Je fais la causette à un chat noir et blanc en repos vers la pile des coussins. À mon retour, les douceurs enjolivent la table. Nous les savourons lentement avec une boisson. Je sirote de la manzanilla Lord Nelson. Patrick trempe ses lèvres dans un café dont la ravissante petite tasse turquoise apporte une note de couleur au service en porcelaine blanche. Avec du recul sur l‘épisode du déjeuner, je vois une parfaite concordance. Le repas relativement frugal nous permet de vivre ces instants gourmands dans un cadre idyllique. Nous profitons de la présence des cygnes noirs, des oies, des canards et des tortues, vert et jaune, qui barbotent dans l’étang où des statues romantiques en marbre blanc, les pieds dans l’eau, se souviennent de la splendeur d’autrefois. Un angelot joue au violon. Mon ombre se reflète sur l'onde quand je le photographie. Depuis la table, en me retournant sur la chaise, je contemple des glycines grimpantes à la floraison généreuse qui s’épanouissent sur les toitures, sur la façade rose pâle et le long du balcon défraîchi de la villa. Les lianes profitent d’un certain laisser-aller pour se faufiler entre les balustres. La rénovation entreprise s’annonce la bienvenue. Une vieille dame coiffé d'un chapeau en paille de couleur crème, escortée d’une jeune femme tenant une chaise, avance avec une canne pour venir s’asseoir vers l’étang. Sa silhouette évoque en moi la culture créole.

            Après ces instants de détente et de rêverie, nous nous promenons autour de la villa où une pergola et sa fontaine octogonale en mosaïques au ton gris-bleu dominant, surmontée d’un angelot, se prélassent sous une tonnelle. Des oiseaux du paradis participent à la beauté du lieu. Le chat noir et blanc s’est installé vers la fontaine. Je le caresse derrière l’oreille et il me donne un léger coup de patte. Un canard plongeur noir au bec rouge semble s’étonner au bord de l’eau saumâtre. Au bout de l’étang, devant une maison cubique originale aux murs rose pâle, de séduisantes jarres en terre cuite de tailles différentes me rappellent Morgiane qui, il y a mille et une nuits, se débarrassa de quarante voleurs en versant de l’huile bouillante dans les jarres où ils s’étaient cachés. Elle endormit la vigilance de leur chef qui s’apprêtait à trucider Ali Baba. Les oiseaux chantent dans les arbres. Un volatile se laisse prendre en photo par Patrick. Des fleurs rouges, des bougainvilliers fuchsias, un vénérable palmier qui domine la propriété, des bas-reliefs d’angelots, des cactus et bien d’autres végétaux participent à la beauté de ce merveilleux environnement.

            Nous quittons un peu avant seize heures l’éden de René et d’Ana María. Nous retournons tranquillement au parking. Le vent se manifeste à nouveau le long de la carretera Taoro. Sur la calle de Cólogan, je m’attarde devant un totem qui indique sur des flèches les distances des autres îles des Canaries depuis Tenerife. À l’angle de la calle Quintana et de la plaza del Charco, j’entre un instant dans le "Centro comercial Columbus Plaza" où une statue de Christophe Colomb se dévoile dans un attrayant patio entouré de balcons. Le peintre Portuense Bonín, dont la renommée s’est envolée avec les années, vécut dans l’une des résidences qui constituent aujourd’hui le centre commercial. Nous partons de Puerto de la Cruz après seize heures quinze. Je prends le volant pour retourner à Icod. Une trentaine de minutes plus tard, la chance opère et je peux garer la voiture derrière la chapelle à quelques pas de chez nous. Des nuages gris menaçants ont remplacé les nuées blanches de la matinée.
           


       À dix-sept heures, je commence la lecture du récit d’hier. La pause-détente m’offre d’apprécier un cacao au lait de riz en suçant du chocolat Tirma à 85% de cacao. Patrick sirote de l’eau gazeuse avant d’aller se détendre avec la série « Everything Sucks ! ». Le blog est actualisé une quinzaine de minutes avant vingt heures. Les photos de la journée sont chargées sur l’ordinateur et regardées avec Patrick. Je lance les sauvegardes. Lors du dîner, je croque une petite pomme et je savoure des rondelles de banane avec une part de gâteau La Granja. Une barre El Almendro termine mon repas. Des jeux sur l’iPad, la lecture et le cinéma s’offrent à nous détendre durant la soirée au salon. Pendant les grandes vacances, Sophie vient aider son amie Marcelle qui a mis au monde une petite Simone. Les protagonistes de la série « The Good place » se déchaînent et se laissent emporter par des comportements irréfléchis et provocateurs…













































                                 Second appareil photo :



















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