Un
peu avant huit heures, des oiseaux planent sur le littoral endormi. Lors de la
pratique des cinq Tibétains, je reçois la visite d’une tourterelle venue roucouler
pour mon plaisir. Un peu avant neuf heures, nous descendons prendre le petit
déjeuner. Un magnifique ciel bleu sert d’écrin au soleil radieux. José Antonio
veille au bon déroulement de la collation dont la partition est similaire à
celle d’hier. Je renonce toutefois aux dattes un peu trop collantes. La famille
présente hier à la table voisine, arrivée avant nous ce matin, quitte le
restaurant par la rampe inclinée semi-circulaire bordée d’un séduisant massif
arboré où une brouette d’enfant contenant de petits galets crème participe à
l’harmonie. Une trentaine de minutes plus tard, nous remontons dans la chambre.
Le
yoga des yeux sur le balcon se déroule avec la mélodie des vagues. Des voiliers
glissent sur l’eau. Le soleil inonde mes yeux de ses rayons bienfaisants. Les
blogs de Patrick et les messageries sont consultés. J’envoie une réponse au
mail de Daniel. Je reprends la narration de la journée d’hier. Durant l’ouvrage
plaisant, j’entends monter de joyeuses clameurs ; des activités sont
organisées autour de la piscine. L'air retentit de la musique diffusée depuis la plage de l'hôtel. Des vacanciers jouent aux boules sur
la terrasse du restaurant. Dans la crique, des vacanciers font trempette en étrennant les
vagues. Je sirote une manzanilla.
À
treize heures, nous marchons sur le sable, nous traversons le pont arqué où, en
contrebas, un homme asperge d’eau avec une pompe les sculptures en sable noir
pour éviter le dessèchement. Une dizaine de minutes plus tard, nous nous
installons au bord de l’avenue Santiago Puig. Nous déjeunons au restaurant
libanais « Ilili » où nous régalâmes le samedi 26 janvier. Deux jeunes filles en
couple terminent leur repas à la table voisine. Le serveur pose devant nous une jolie assiette en porcelaine colorée où les motifs s’inspirent des
moucharabiehs. Les plats garnissent en chœur la table d’une abondance colorée.
Nous savourons les tranches d’une galette Manakeesh au za’atar tartinées
d’houmous. Je récidive avec un tabouleh que j’agrémente de bouchées de deux
falafels. Patrick les accompagne de riz aux ramillons de nouilles. Les
vacanciers, en petite tenue, se croisent sur le trottoir durant le repas.
Après
quatorze heures trente, nous marchons le long du littoral en direction du
Puerto Colón. Un merle chante gaiement dans la ramure d'un haut palmier. Le chemin, agréablement aménagé par l’homme, grimpe
progressivement, surplombe de petites criques prolongées par des jetées
naturelles de roches noires incurvées qui se succèdent jusqu’au port. Certaines
bénéficient d’une plage de sable où les touristes profitent des rayons
solaires. À un endroit donné, je remarque la présence de bancs ingénieux, en
enfilade, protégés du soleil par une haute toiture plate aux lames de bois
légèrement ajourées. Chaque banc peut pivoter sur un axe, permettant ainsi aux
promeneurs d’admirer alternativement l’océan ou les séduisantes constructions humaines
qui rivalisent de créativité et d’originalité. Le chemin, souvent pavé,
zigzague en s’élevant au-dessus du littoral, offrant une vue d’ensemble de la
baie aménagée pour le tourisme. Un escalier circulaire, aux marches en pierre
qui s’effritent, longe une petite rotonde coiffée d’une toiture en pierres
disparates. Nous regardons à distance les "coursives" de la façade arrière de notre hôtel dont la
haute silhouette se remarque aisément. Un chat roux se balade sans se
préoccuper de la présence humaine. À un moment donné, nous voyons sur un
commerce qu’une livre sterling vaut un euro treize. Lors d’un précédent voyage
à Londres, la livre valait un euro cinquante. Plus haut, tel un balcon d’angle
sur l'océan Atlantique, une terrasse haut perchée permet de prendre de belles
photos dont celle de la ravissante hutte carrée blanche au toit de chaume de
l’entrée du Beach club Las Rocas. La terrasse du restaurant avance en
surplombant les récifs. Les clichés pris par Patrick montrent une vision
paradisiaque. Les huttes du restaurant s’octroient le meilleur emplacement du
littoral. La terrasse défie la falaise et les récifs en offrant une vue
insolente sur l’île de la Gomera. La promenade, dont la pente continue de
monter, passe devant l’entrée du restaurant. J’entre pour prendre une photo des
récifs depuis les rondins entrecroisés à l’angle de la hutte. Sur les flots, j’aperçois
quelqu’un qui goûte au plaisir du parachute ascensionnel. À quelques pas, de
superbes massifs de bougainvilliers fuchsias servent de cadre aux photos des
touristes. Je prends la pose. Plus avant, depuis une placette ovale munie de
bancs, nous voyons à distance un séduisant petit château blanc dont les
tourelles s’élèvent dans le ciel. L’espace d’un instant je crois me trouver au
Maroc.
Une
dizaine de minutes plus tard, nous atteignons le Puerto Colón. Nous cheminons
sur la digue en béton de forme courbe qui offre au port de plaisance d’abriter
au mouillage nombre d’embarcations. Des bateaux sont en cale sèche dont un gros
yacht vert et blanc à la coque rouillée et défraîchie qui s’offre un
rajeunissement. Au bout de la digue, une volée de marches permet d’accéder au
port. Le catamaran Freebird se montre au premier plan devant le nom du port présent
au-dessus d’une digue empierrée. Je prends une photo. Nous marchons vers
l’entrée du port en suivant un passage protégé de la route qui mène à un
portique de levage et à une station service Disa où le catamaran se recharge en
énergie électrique. Le passage permet d’accéder aux divers pontons où bien des
bateaux de plaisance amarrés à quai frétillent d’enthousiasme pour prendre la
mer. Les minutes décèlent dans l’air marin une animation latente qui peut
s’exprimer à tout moment. Nous rencontrons fortuitement l’irrévérencieux
capitaine Jack Sparrow bien connu sur les mers et les océans pour son audace et
son don de l’arnaque. Le « Black Pearl », le navire du pirate, fait escale à
Las Américas. Avant la sortie, dans le port même, je suis surpris par la
présence d’un complexe résidentiel en terrasses. Les appartements servent
peut-être d’alternative aux navigateurs désireux de profiter des plages de Las
Américas. De retour sur la promenade côtière, nous voyons un panneau sur la
partie haute d’une double arche bleue ajourée où se lisent les mots « Centro
comercial de Puerto Colón ». Voici fort longtemps, Christopher Culumbus
fit escale à cet endroit, bien avant la naissance du complexe et de la marina
dont la construction commença en 1984.
Le
mercredi 3 août 1492, les caravelles Santa María, Pinta et Niña firent voile
depuis Palos de la Frontera à destination des îles Canaries, leur dernière
escale avant de partir à la découverte d’une route alternative vers les Indes.
Une semaine plus tard, elles atteignirent l'île de Tenerife. Après les derniers
chargements, des marins canariens, connus pour leur habileté et leur
connaissance de la mer, furent recrutés. Finalement, le jeudi 6 septembre,
l'expédition de Christophe Colomb, après une ultime escale sur l’île de La
Gomera, s'embarqua pour la côte est de l'Asie. Plusieurs semaines plus tard, la
tension monta parmi les membres de l’équipage et l’agitation faillit mener à
une mutinerie. Le mercredi 12 octobre 1492 , après plus de trente jours en mer,
le marin Rodrigo de Triana cria du nid-de-pie de la Pinta : « Tierra, tierra en
vista ». Christophe Colomb venait de changer le cours de l'histoire. Depuis
lors, des habitants des îles Canaries prirent la mer et fondèrent des villes,
comme Buenos Aires en 1535, ou bien encore, Santa Marta, Caracas, Montevideo ou
La Havane…
En
revenant sur nos pas, je vois à l’arrière d’un bus la publicité de la société
Fuentealta qui commercialise la source de Vitaflor. Après seize heures, nous
sommes de retour à la playa de Troya où je regarde le monument des dauphins aériens
en bronze qui trône vers l’hôtel. Une pause est appréciée sur le balcon après
la forte chaleur. Alors que je sirote un cacao au lait de riz, une tourterelle
vient nous rendre visite sur la rambarde. Elle s’approche et reste quelques
instants près de nous avant de s’envoler. Patrick me parle d’un article lu sur
le Times of London à propos du Brexit qui provoque une belle pagaille. Après ce
temps de détente, je m’installe devant l’ordinateur. Les sonorités d’une
musique rythmée traversent le vitrage de la porte-fenêtre, fermée devant
l’arrivée d’un vent frais. Patrick s’amuse à estimer la longueur de la façade brisée
de l’hôtel qui ressemble à un paquebot. Elle comporte trente-sept appartements
en enfilade à l’orientation décalée pour permettre aux touristes les plus
éloignés de voir le littoral depuis leur balcon. Il arrive à une dimension de
plus de cent cinquante mètres.
Nous
sortons à dix-neuf heures pour admirer le coucher de soleil sur le sable.
Patrick aide une dame à fermer un cadenas sur une chaîne qui lie un empilement
de chaises longues. L’astre solaire disparaît progressivement en nimbant
l’horizon de nuances isabelle. Je me promène sur le sable, je profite du
spectacle tout en prenant des photos. Les flots ondoient sous le vent frais et
se parent de reflets scintillants. Deux filles sur le rivage se tiennent la
main de temps à autre tout en marchant dans l’eau. Une fois le disque éclipsé
discrètement, nous nous promenons alentour avant le dîner. Les lumières des
candélabres et celles des commerces illuminent la nuit naissante. Nous entrons
dans la supérette Dialprix où nous achetons à Christian pour le dîner un yaourt
bio coco-piña [ananas], des grains salés de maïs frits, un roulé aux figues et
aux brisures d’amandes entouré de graines de sésame. En revenant à l’hôtel,
Patrick remarque le lion de Singapour sur la devanture du restaurant Oriental
Merlion. Je prends les dernières photos de la journée, dont une d’un palmier
qui veille sur les huttes de plage baignées de lumière artificielle, et une
autre d’une horloge digitale qui indique dix-neuf heures cinquante-trois. De la
musique d’ambiance est jouée sur un synthétiseur par un pianiste dans le hall
de l’hôtel.
Lors
du dîner, je croque une pomme épluchée avec des grains de maïs frits et je
savoure trois tranchettes du roulé figue-amande avec des rondelles de banane. Après
le repas, Patrick, vêtu de son sweater, se détend sur le balcon avec l’iPad.
J’actualise le blog vers vingt-deux heures. Les photos chargées sur l’ordinateur
défilent sur l’écran. Un peu plus tard, Morphée nous accueille au pays des
rêves…
Second appareil photo :


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