mercredi 13 mars 2019

Puerto Colón Playa de la Américas…


    Un peu avant huit heures, des oiseaux planent sur le littoral endormi. Lors de la pratique des cinq Tibétains, je reçois la visite d’une tourterelle venue roucouler pour mon plaisir. Un peu avant neuf heures, nous descendons prendre le petit déjeuner. Un magnifique ciel bleu sert d’écrin au soleil radieux. José Antonio veille au bon déroulement de la collation dont la partition est similaire à celle d’hier. Je renonce toutefois aux dattes un peu trop collantes. La famille présente hier à la table voisine, arrivée avant nous ce matin, quitte le restaurant par la rampe inclinée semi-circulaire bordée d’un séduisant massif arboré où une brouette d’enfant contenant de petits galets crème participe à l’harmonie. Une trentaine de minutes plus tard, nous remontons dans la chambre.

            Le yoga des yeux sur le balcon se déroule avec la mélodie des vagues. Des voiliers glissent sur l’eau. Le soleil inonde mes yeux de ses rayons bienfaisants. Les blogs de Patrick et les messageries sont consultés. J’envoie une réponse au mail de Daniel. Je reprends la narration de la journée d’hier. Durant l’ouvrage plaisant, j’entends monter de joyeuses clameurs ; des activités sont organisées autour de la piscine. L'air retentit de la musique diffusée depuis la plage de l'hôtel. Des vacanciers jouent aux boules sur la terrasse du restaurant. Dans la crique, des vacanciers font trempette en étrennant les vagues. Je sirote une manzanilla.

            À treize heures, nous marchons sur le sable, nous traversons le pont arqué où, en contrebas, un homme asperge d’eau avec une pompe les sculptures en sable noir pour éviter le dessèchement. Une dizaine de minutes plus tard, nous nous installons au bord de l’avenue Santiago Puig. Nous déjeunons au restaurant libanais « Ilili » où nous régalâmes le samedi 26 janvier. Deux jeunes filles en couple terminent leur repas à la table voisine. Le serveur pose devant nous une jolie assiette en porcelaine colorée où les motifs s’inspirent des moucharabiehs. Les plats garnissent en chœur la table d’une abondance colorée. Nous savourons les tranches d’une galette Manakeesh au za’atar tartinées d’houmous. Je récidive avec un tabouleh que j’agrémente de bouchées de deux falafels. Patrick les accompagne de riz aux ramillons de nouilles. Les vacanciers, en petite tenue, se croisent sur le trottoir durant le repas.

            Après quatorze heures trente, nous marchons le long du littoral en direction du Puerto Colón. Un merle chante gaiement dans la ramure d'un haut palmier. Le chemin, agréablement aménagé par l’homme, grimpe progressivement, surplombe de petites criques prolongées par des jetées naturelles de roches noires incurvées qui se succèdent jusqu’au port. Certaines bénéficient d’une plage de sable où les touristes profitent des rayons solaires. À un endroit donné, je remarque la présence de bancs ingénieux, en enfilade, protégés du soleil par une haute toiture plate aux lames de bois légèrement ajourées. Chaque banc peut pivoter sur un axe, permettant ainsi aux promeneurs d’admirer alternativement l’océan ou les séduisantes constructions humaines qui rivalisent de créativité et d’originalité. Le chemin, souvent pavé, zigzague en s’élevant au-dessus du littoral, offrant une vue d’ensemble de la baie aménagée pour le tourisme. Un escalier circulaire, aux marches en pierre qui s’effritent, longe une petite rotonde coiffée d’une toiture en pierres disparates. Nous regardons à distance les "coursives" de la façade arrière de notre hôtel dont la haute silhouette se remarque aisément. Un chat roux se balade sans se préoccuper de la présence humaine. À un moment donné, nous voyons sur un commerce qu’une livre sterling vaut un euro treize. Lors d’un précédent voyage à Londres, la livre valait un euro cinquante. Plus haut, tel un balcon d’angle sur l'océan Atlantique, une terrasse haut perchée permet de prendre de belles photos dont celle de la ravissante hutte carrée blanche au toit de chaume de l’entrée du Beach club Las Rocas. La terrasse du restaurant avance en surplombant les récifs. Les clichés pris par Patrick montrent une vision paradisiaque. Les huttes du restaurant s’octroient le meilleur emplacement du littoral. La terrasse défie la falaise et les récifs en offrant une vue insolente sur l’île de la Gomera. La promenade, dont la pente continue de monter, passe devant l’entrée du restaurant. J’entre pour prendre une photo des récifs depuis les rondins entrecroisés à l’angle de la hutte. Sur les flots, j’aperçois quelqu’un qui goûte au plaisir du parachute ascensionnel. À quelques pas, de superbes massifs de bougainvilliers fuchsias servent de cadre aux photos des touristes. Je prends la pose. Plus avant, depuis une placette ovale munie de bancs, nous voyons à distance un séduisant petit château blanc dont les tourelles s’élèvent dans le ciel. L’espace d’un instant je crois me trouver au Maroc.

            Une dizaine de minutes plus tard, nous atteignons le Puerto Colón. Nous cheminons sur la digue en béton de forme courbe qui offre au port de plaisance d’abriter au mouillage nombre d’embarcations. Des bateaux sont en cale sèche dont un gros yacht vert et blanc à la coque rouillée et défraîchie qui s’offre un rajeunissement. Au bout de la digue, une volée de marches permet d’accéder au port. Le catamaran Freebird se montre au premier plan devant le nom du port présent au-dessus d’une digue empierrée. Je prends une photo. Nous marchons vers l’entrée du port en suivant un passage protégé de la route qui mène à un portique de levage et à une station service Disa où le catamaran se recharge en énergie électrique. Le passage permet d’accéder aux divers pontons où bien des bateaux de plaisance amarrés à quai frétillent d’enthousiasme pour prendre la mer. Les minutes décèlent dans l’air marin une animation latente qui peut s’exprimer à tout moment. Nous rencontrons fortuitement l’irrévérencieux capitaine Jack Sparrow bien connu sur les mers et les océans pour son audace et son don de l’arnaque. Le « Black Pearl », le navire du pirate, fait escale à Las Américas. Avant la sortie, dans le port même, je suis surpris par la présence d’un complexe résidentiel en terrasses. Les appartements servent peut-être d’alternative aux navigateurs désireux de profiter des plages de Las Américas. De retour sur la promenade côtière, nous voyons un panneau sur la partie haute d’une double arche bleue ajourée où se lisent les mots « Centro comercial de Puerto Colón ». Voici fort longtemps, Christopher Culumbus fit escale à cet endroit, bien avant la naissance du complexe et de la marina dont la construction commença en 1984.

            Le mercredi 3 août 1492, les caravelles Santa María, Pinta et Niña firent voile depuis Palos de la Frontera à destination des îles Canaries, leur dernière escale avant de partir à la découverte d’une route alternative vers les Indes. Une semaine plus tard, elles atteignirent l'île de Tenerife. Après les derniers chargements, des marins canariens, connus pour leur habileté et leur connaissance de la mer, furent recrutés. Finalement, le jeudi 6 septembre, l'expédition de Christophe Colomb, après une ultime escale sur l’île de La Gomera, s'embarqua pour la côte est de l'Asie. Plusieurs semaines plus tard, la tension monta parmi les membres de l’équipage et l’agitation faillit mener à une mutinerie. Le mercredi 12 octobre 1492 , après plus de trente jours en mer, le marin Rodrigo de Triana cria du nid-de-pie de la Pinta : « Tierra, tierra en vista ». Christophe Colomb venait de changer le cours de l'histoire. Depuis lors, des habitants des îles Canaries prirent la mer et fondèrent des villes, comme Buenos Aires en 1535, ou bien encore, Santa Marta, Caracas, Montevideo ou La Havane…

            En revenant sur nos pas, je vois à l’arrière d’un bus la publicité de la société Fuentealta qui commercialise la source de Vitaflor. Après seize heures, nous sommes de retour à la playa de Troya où je regarde le monument des dauphins aériens en bronze qui trône vers l’hôtel. Une pause est appréciée sur le balcon après la forte chaleur. Alors que je sirote un cacao au lait de riz, une tourterelle vient nous rendre visite sur la rambarde. Elle s’approche et reste quelques instants près de nous avant de s’envoler. Patrick me parle d’un article lu sur le Times of London à propos du Brexit qui provoque une belle pagaille. Après ce temps de détente, je m’installe devant l’ordinateur. Les sonorités d’une musique rythmée traversent le vitrage de la porte-fenêtre, fermée devant l’arrivée d’un vent frais. Patrick s’amuse à estimer la longueur de la façade brisée de l’hôtel qui ressemble à un paquebot. Elle comporte trente-sept appartements en enfilade à l’orientation décalée pour permettre aux touristes les plus éloignés de voir le littoral depuis leur balcon. Il arrive à une dimension de plus de cent cinquante mètres.

            Nous sortons à dix-neuf heures pour admirer le coucher de soleil sur le sable. Patrick aide une dame à fermer un cadenas sur une chaîne qui lie un empilement de chaises longues. L’astre solaire disparaît progressivement en nimbant l’horizon de nuances isabelle. Je me promène sur le sable, je profite du spectacle tout en prenant des photos. Les flots ondoient sous le vent frais et se parent de reflets scintillants. Deux filles sur le rivage se tiennent la main de temps à autre tout en marchant dans l’eau. Une fois le disque éclipsé discrètement, nous nous promenons alentour avant le dîner. Les lumières des candélabres et celles des commerces illuminent la nuit naissante. Nous entrons dans la supérette Dialprix où nous achetons à Christian pour le dîner un yaourt bio coco-piña [ananas], des grains salés de maïs frits, un roulé aux figues et aux brisures d’amandes entouré de graines de sésame. En revenant à l’hôtel, Patrick remarque le lion de Singapour sur la devanture du restaurant Oriental Merlion. Je prends les dernières photos de la journée, dont une d’un palmier qui veille sur les huttes de plage baignées de lumière artificielle, et une autre d’une horloge digitale qui indique dix-neuf heures cinquante-trois. De la musique d’ambiance est jouée sur un synthétiseur par un pianiste dans le hall de l’hôtel.

            Lors du dîner, je croque une pomme épluchée avec des grains de maïs frits et je savoure trois tranchettes du roulé figue-amande avec des rondelles de banane. Après le repas, Patrick, vêtu de son sweater, se détend sur le balcon avec l’iPad. J’actualise le blog vers vingt-deux heures. Les photos chargées sur l’ordinateur défilent sur l’écran. Un peu plus tard, Morphée nous accueille au pays des rêves…
















































                              Second appareil photo :


















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