mercredi 20 mars 2019

Punta de Teno…


    Les rites matinaux et le petit déjeuner apportent du bien-être pour la journée. Lors de ma présence sur le balcon, le vent souffle toujours avec énergie. Le ciel s’annonce en bleu et les nuées se volatilisent discrètement sous les regards approbateurs des trois palmiers. En frappant une seule note pour les neuf heures trente, la cloche de la chapelle émet un son net et sonore. Je consulte les messageries et les blogs de Patrick. J’envoie un mail à Daniel et un second à Monique et Émile pour les remercier tous les trois pour leur carte virtuelle d’anniversaire. Je poursuis la narration de la journée de dimanche. Patrick qui a publié un tweet de mécontentement suite à une intervention à l’extérieur du dôme en notre absence est surpris de recevoir une réponse d’un employé qui l’invite à un échange en privé. J’actualise la page d’hier sur le blog avant midi trente. J’écris une carte postale pour Chantal et Gilles.

            Nous la postons au bas de la rue en sortant. Le ciel a changé d'avis et se décline en nuances de gris. Le vent froid nous taquine. Nous rejoignons la voiture stationnée vers les avocatiers. Nous arrivons à Garachico un peu avant treize heures. Patrick gare la voiture sur le parking gratuit à l’entrée du village. Nous marchons le long des murs du terrain de football pour joindre le restaurant. Le trottoir en face au bord du littoral est en travaux. Des ouvriers travaillent à garnir d’enrobé bitumineux l’intérieur des bordurettes posées récemment lors de la réfection de l’accotement. Au restaurant « Tasca del Vino », nous nous installons à la droite de l’entrée, à l’angle du mur en pierres volcaniques où une grosse gousse d’ail se trouve à l’étroit entre deux grosses pierres saillantes. La vue depuis la table diffère de celle au bout du bar, occupée deux fois précédemment. Je suis séduit par la façade du comptoir peinte en bleu turquoise. Une tablée de sept Asiatiques, dont deux enfants, occupe le fond de la salle. La fillette guide son petit frère qui commence à marcher. Elle l’aide à franchir le seuil surélevé pour rejoindre son papy sorti fumer une cigarette. Une bien belle famille ! Nous passons la commande à une sympathique jeune femme à la chevelure noire et au visage chaussé de lunettes à grosse monture. Elle feint finement et avec humour la désapprobation, car elle s’est rendu compte de sa présence sur une de mes photos. Les mets arrivent l’un après l’autre sans interruption. Nous nous partageons un assortiment de champignons en sauce servi avec des morceaux de poivrons, des asperges blanches de l’île à la sauce au roquefort, une belle tortilla ronde et épaisse, des pois chiches aux légumes. De l’eau gazeuse « AquaBona », d'origine souterraine provenant de quatre sources, et la coutumière manzanilla accompagnent le repas. Je souris de temps à autre à la dame venue apporter les plats. Les convives vont et viennent. Certains regardent le menu sans se décider. D’autres reviennent après être allés voir ailleurs. Quoi qu’il en soit, les tables libérées restent vacantes un court instant. Dans les toilettes pour hommes situées à côté de la cuisine, un gros rocher, venu avec la dernière éruption volcanique, dévoile sa présence insolite. Quand nous sortons du restaurant à quatorze heures, après une petite heure de bien-être gourmand, toutes les tables sont occupées.

            Sur le parking gratuit, les chauffeurs des cars de tourisme attendent le retour des vacanciers. Patrick remarque derrière un pare-brise la présence d’un panonceau marqué « Tui » avec l’emblème du sourire rouge facilement reconnaissable. En sortant de Garachico, nous roulons devant une belle plantation de bananes dont la superbe hacienda me séduit à chacun de nos passages. La vaste « Hacienda Platanera » se visite ; trouverons-nous le temps de lever son voile ? Nous prenons la direction de l’objectif du dimanche 13 janvier, non atteint ce jour-là après Buenavista del Norte, la « carretera » TF 445 étant « cortada » [coupée] quatre jours par semaine du jeudi au dimanche. Cette fois la route nous emmène vers les sommets. Après le « Mirador Punta del Fraile », nous traversons des tunnels sur la carretera Punta de Teno. Ils sont privés d’éclairage car l’électricité leur est inconnue sur cette partie de l’île. La plus longue galerie souterraine, voûtée et étroite, taillée grossièrement dans la roche volcanique, nous plonge dans la nuit noire et profonde. La lumière blafarde des deux phares de la voiture peine à éclairer la chaussée. Patrick me dira au retour que les personnes claustrophobes seraient grandement perturbées. Une fois de l’autre côté de la montagne, la beauté répand son enchantement. Je prends des photos des parois rocheuses abruptes et déchiquetées qui s’élancent vers le ciel. Quand je vois à distance la minuscule sortie du dernier tunnel, je réalise la taille impressionnante de la muraille rocheuse dont le sommet échappe à mon regard depuis l’habitacle. Nous effectuons un arrêt sur l’accotement dès que c’est possible. Nous admirons le paysage et le littoral en contrebas de la route. La silhouette du phare de Buenavista, devenue lilliputienne, se laisse deviner au loin. Les pales des éoliennes tournent sans discontinuer vers le rivage à côté d’immenses serres, plates et rectangulaires, qui protègent les plantations du vent incessant. De grosses bornes beiges en béton, bombées sur le dessus, espacées d’une quarantaine de centimètres, bordent en continu la chaussée à l’enrobé impeccable tout au long de la descente qui nous emporte vers le phare de la Punta de Teno, le point d'aboutissement de la route. Patrick, qui manœuvre adroitement le volant, roule parfois au bord du vide dans une sensation de vertige proche d’une légère ivresse. Nous arrivons à destination après une quarantaine de minutes d’émerveillement.

            La voiture est stationnée au bord du vide, en haut d’une crique où une plage animée se dévoile avec de charmantes barques colorées et des baigneurs dans l’eau turquoise scintillante. Dès notre descente de l’habitacle, Favonius nous réchauffe de son souffle doux et chaud. Fougueux de fêter le printemps aujourd’hui, le dieu du vent peine à retenir son souffle. Il se déplace avec agitation et ardeur. Tout au long d’une grimpette pour nous approcher un peu des lointaines falaises de Los Gigantes, il s’amuse avec mon écharpe qui virevolte. En marchant ensuite vers le phare, je réunis les deux bouts sous mon sweater de Dubrovnik pour éviter de la voir s’envoler. Des cheminements réalisés en pavés gris et en grosses allumettes parallèles, en bois clair, offrent aux touristes d’arpenter plaisamment les alentours du phare et d’accéder à une petite crique nichée dans les rochers où des pêcheurs appâtent les poissons. Des jeunes filles, allongées sur les pavés, profitent des rayons solaires à l’abri du vent. Nous nous prenons en photo de temps à autre ; certains clichés montrent la taille grandiose et imposante des roches grâce au contraste de nos silhouettes. Une petite esplanade pavée avec deux bancs sommaires permet de s’asseoir et de contempler le littoral et les falaises. Je m’assieds un instant. Nous grimpons ensuite le plus près possible du phare dont l’entrée est interdite par deux grilles trouées d’un charmant médaillon ovale, ajouré et structuré, qui permet de glisser l’objectif pour des photos. Le phare, dont la lanterne signale sa présence aux bateaux depuis 1978, se compose d'une tour cylindrique peinte en blanc avec deux bandes rouges. Dans le lointain, au bas d’une falaise, une vaste construction blanche, cubique et asymétrique, interpelle par sa présence insolite. Patrick tente par diverses photos de faire ressortir le gigantisme des falaises.

            Une dizaine de minutes plus tard, après avoir répondu à un appel des vagues, nous crapahutons  au bord du littoral pour nous approcher du rivage chaque fois que c’est réalisable. Nous croisons quatre hommes chargés d'un lourd matériel de pêche. Plus avant, une dame qui revient sur ses pas me fait un signe de la main après un beau sourire. Nous cheminons dans un univers désertique où les cactus, géants pour certains, dont des figuiers de Barbarie, règnent en maîtres. Par endroits, nous suivons les vestiges d’un sentier créé par l’homme, bordé de morceaux de lave acérés. D’anciennes terrasses empierrées, oubliées de leurs constructeurs, servent de plateforme pour s’enivrer de la beauté du rivage où les récifs rivalisent de créativité et de magnificence. Une jetée naturelle, escarpée et très difficilement atteignable, nous offre de contempler de grandioses arches creusées par les vagues fougueuses, épaulées du souffle incessant du vent. La surface de l’océan ondule et scintille sous les ardents rayons du soleil. Le phare s’éloigne dans le champ de vision au fur et à mesure de notre progression. Parfois, je m’approche avec précaution du bord extrême des rochers pour plonger mon regard dans le vide vertigineux et tenter de déceler la magie des anfractuosités morcelées, où des cavités creusées par les vagues se dissimulent. Quand Favonius me déséquilibre, je m’accroupis et je m’agrippe aux roches avec quelques accélérations cardiaques. De petits îlots subissent le continuel assaut des vagues. Les criques et les lagons aux eaux turquoise se succèdent sans fin et, après une petite heure de découverte enivrante, nous décidons de revenir sur nos pas. Le retour vers le phare se déroule comme un songe devant tant de beauté prodiguée sans retenue. Cette longue balade à pied le long des magnifiques anfractuosités des rochers du littoral enchante notre âme rêveuse.

            Nous quittons le site, où les touristes arrivent et partent sans discontinuer. Les seize heures se sont déjà esquivées. Les voitures garées sur l’accotement rétrécissent le passage. Une voiture arrive sans possibilité de la croiser. Les véhicules derrière nous m’empêchent de reculer. Finalement, après un long temps d’hésitation, le conducteur recule pour que je puisse me rapprocher au maximum des voitures les mieux stationnées. Nous parvenons à nous croiser. Le trajet vers Icod se déroule agréablement, l’esprit encore sous le charme de la beauté grandiose de la Punta de Teno.

            De retour vers l’appartement, au bas de la ruelle derrière la chapelle, deux jeunes hommes traversent au passage piétons. Je prends à droite pour aller stationner la voiture et je les laisse traverser une seconde fois. Le garçon, qui ressemble à Florian, nous gratifie d’un beau sourire en levant le pouce. Les places vers les avocatiers étant toutes occupées, je stationne la voiture beaucoup plus haut sur la rue à la pente vraiment raide. Une dame un peu forte s’essouffle en parvenant à son véhicule garé devant le nôtre.

            Une fois dans l’appartement les photos sont chargées et regardées avec Patrick. La pause-détente m’offre d’apprécier un cacao au lait de riz en suçant du chocolat. Patrick sirote de l’eau gazeuse avant d’aller se détendre dans l’État côtier de l’Oregon avec les protagonistes de la série « Everything Sucks ! ». J’œuvre sur l’ordinateur. Plus tard, devant une certaine irritation, Patrick me rappelle que l’écriture est une création de longue haleine. Lors du dîner, je croque une petite pomme et je savoure un smoothie myrtilles et banane avec une part de gâteau La Granja. Une barre El Almendro termine mon repas. Un temps de lecture avec Sophie et Melvin, dont je termine la lecture du livre « Le Contact Divin », précède une aventure colorée sur le vaisseau Discovery prisonnier d’une magnifique entité galactique vieille de cent mille ans…









































                                Second appareil photo :






























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