Les
rites matinaux et le petit déjeuner apportent du bien-être pour la journée.
Lors de ma présence sur le balcon, le vent souffle toujours avec énergie. Le
ciel s’annonce en bleu et les nuées se volatilisent discrètement sous les
regards approbateurs des trois palmiers. En frappant une seule note pour les
neuf heures trente, la cloche de la chapelle émet un son net et sonore. Je
consulte les messageries et les blogs de Patrick. J’envoie un mail à Daniel et
un second à Monique et Émile pour les remercier tous les trois pour leur carte virtuelle
d’anniversaire. Je poursuis la narration de la journée de dimanche. Patrick qui a publié un
tweet de mécontentement suite à une intervention à l’extérieur du dôme en notre
absence est surpris de recevoir une réponse d’un employé qui l’invite à un
échange en privé. J’actualise la page d’hier sur le blog avant midi trente.
J’écris une carte postale pour Chantal et Gilles.
Nous
la postons au bas de la rue en sortant. Le ciel a changé d'avis et se décline en nuances de gris.
Le vent froid nous taquine. Nous rejoignons la voiture stationnée vers les
avocatiers. Nous arrivons à Garachico un peu avant treize heures. Patrick gare
la voiture sur le parking gratuit à l’entrée du village. Nous marchons le long
des murs du terrain de football pour joindre le restaurant. Le trottoir en face au bord
du littoral est en travaux. Des ouvriers travaillent à garnir d’enrobé
bitumineux l’intérieur des bordurettes posées récemment lors de la réfection de
l’accotement. Au restaurant « Tasca del Vino », nous nous installons à la
droite de l’entrée, à l’angle du mur en pierres volcaniques où une grosse
gousse d’ail se trouve à l’étroit entre deux grosses pierres saillantes. La vue
depuis la table diffère de celle au bout du bar, occupée deux fois
précédemment. Je suis séduit par la façade du comptoir peinte en bleu
turquoise. Une tablée de sept Asiatiques, dont deux enfants, occupe le fond de
la salle. La fillette guide son petit frère qui commence à marcher. Elle l’aide
à franchir le seuil surélevé pour rejoindre son papy sorti fumer une cigarette.
Une bien belle famille ! Nous passons la commande à une sympathique jeune femme
à la chevelure noire et au visage chaussé de lunettes à grosse monture. Elle feint finement et avec humour la
désapprobation, car elle s’est rendu compte de sa présence sur une de mes
photos. Les mets arrivent l’un après l’autre sans interruption. Nous nous
partageons un assortiment de champignons en sauce servi avec des morceaux de
poivrons, des asperges blanches de l’île à la sauce au roquefort, une belle
tortilla ronde et épaisse, des pois chiches aux légumes. De l’eau gazeuse «
AquaBona », d'origine souterraine provenant de quatre sources, et la coutumière
manzanilla accompagnent le repas. Je souris de temps à autre à la dame venue
apporter les plats. Les convives vont et viennent. Certains regardent le menu
sans se décider. D’autres reviennent après être allés voir ailleurs. Quoi qu’il
en soit, les tables libérées restent vacantes un court instant. Dans les
toilettes pour hommes situées à côté de la cuisine, un gros rocher, venu avec
la dernière éruption volcanique, dévoile sa présence insolite. Quand nous
sortons du restaurant à quatorze heures, après une petite heure de bien-être
gourmand, toutes les tables sont occupées.
Sur
le parking gratuit, les chauffeurs des cars de tourisme attendent le retour des
vacanciers. Patrick remarque derrière un pare-brise la présence d’un panonceau marqué
« Tui » avec l’emblème du sourire rouge facilement reconnaissable. En sortant
de Garachico, nous roulons devant une belle plantation de bananes dont la
superbe hacienda me séduit à chacun de nos passages. La vaste « Hacienda
Platanera » se visite ; trouverons-nous le temps de lever son voile ?
Nous prenons la direction de l’objectif du dimanche 13 janvier, non atteint ce jour-là
après Buenavista del Norte, la « carretera » TF 445 étant « cortada » [coupée]
quatre jours par semaine du jeudi au dimanche. Cette fois la route nous emmène
vers les sommets. Après le « Mirador Punta del Fraile », nous traversons
des tunnels sur la carretera Punta de Teno. Ils sont privés d’éclairage car
l’électricité leur est inconnue sur cette partie de l’île. La plus longue
galerie souterraine, voûtée et étroite, taillée grossièrement dans la roche
volcanique, nous plonge dans la nuit noire et profonde. La lumière blafarde des
deux phares de la voiture peine à éclairer la chaussée. Patrick me dira au
retour que les personnes claustrophobes seraient grandement perturbées. Une
fois de l’autre côté de la montagne, la beauté répand son enchantement. Je
prends des photos des parois rocheuses abruptes et déchiquetées qui s’élancent
vers le ciel. Quand je vois à distance la minuscule sortie du dernier tunnel,
je réalise la taille impressionnante de la muraille rocheuse dont le sommet
échappe à mon regard depuis l’habitacle. Nous effectuons un arrêt sur
l’accotement dès que c’est possible. Nous admirons le paysage et le littoral en
contrebas de la route. La silhouette du phare de Buenavista, devenue
lilliputienne, se laisse deviner au loin. Les pales des éoliennes tournent sans
discontinuer vers le rivage à côté d’immenses serres, plates et rectangulaires,
qui protègent les plantations du vent incessant. De grosses bornes beiges en
béton, bombées sur le dessus, espacées d’une quarantaine de centimètres,
bordent en continu la chaussée à l’enrobé impeccable tout au long de la
descente qui nous emporte vers le phare de la Punta de Teno, le point
d'aboutissement de la route. Patrick, qui manœuvre adroitement le volant, roule
parfois au bord du vide dans une sensation de vertige proche d’une légère
ivresse. Nous arrivons à destination après une quarantaine de minutes d’émerveillement.
La
voiture est stationnée au bord du vide, en haut d’une crique où une plage
animée se dévoile avec de charmantes barques colorées et des baigneurs dans l’eau
turquoise scintillante. Dès notre descente de l’habitacle, Favonius nous réchauffe de son souffle doux et chaud. Fougueux de fêter le printemps
aujourd’hui, le dieu du vent peine à retenir son souffle. Il se déplace avec agitation et
ardeur. Tout au long d’une grimpette pour nous approcher un peu des lointaines
falaises de Los Gigantes, il s’amuse avec mon écharpe qui virevolte. En marchant
ensuite vers le phare, je réunis les deux bouts sous mon sweater de Dubrovnik
pour éviter de la voir s’envoler. Des cheminements réalisés en pavés gris et en
grosses allumettes parallèles, en bois clair, offrent aux touristes d’arpenter
plaisamment les alentours du phare et d’accéder à une petite crique nichée dans
les rochers où des pêcheurs appâtent les poissons. Des jeunes filles, allongées
sur les pavés, profitent des rayons solaires à l’abri du vent. Nous nous
prenons en photo de temps à autre ; certains clichés montrent la taille grandiose
et imposante des roches grâce au contraste de nos silhouettes. Une petite
esplanade pavée avec deux bancs sommaires permet de s’asseoir et de contempler
le littoral et les falaises. Je m’assieds un instant. Nous grimpons ensuite le
plus près possible du phare dont l’entrée est interdite par deux grilles
trouées d’un charmant médaillon ovale, ajouré et structuré, qui permet de
glisser l’objectif pour des photos. Le phare, dont la lanterne signale sa
présence aux bateaux depuis 1978, se compose d'une tour cylindrique peinte en
blanc avec deux bandes rouges. Dans le lointain, au bas d’une falaise, une
vaste construction blanche, cubique et asymétrique, interpelle par sa présence
insolite. Patrick tente par diverses photos de faire ressortir le gigantisme
des falaises.
Une
dizaine de minutes plus tard, après avoir répondu à un appel des vagues, nous
crapahutons au bord du littoral pour
nous approcher du rivage chaque fois que c’est réalisable. Nous croisons quatre
hommes chargés d'un lourd matériel de pêche. Plus avant, une dame qui
revient sur ses pas me fait un signe de la main après un beau sourire. Nous
cheminons dans un univers désertique où les cactus, géants pour certains, dont
des figuiers de Barbarie, règnent en maîtres. Par endroits, nous suivons les vestiges
d’un sentier créé par l’homme, bordé de morceaux de lave acérés. D’anciennes
terrasses empierrées, oubliées de leurs constructeurs, servent de plateforme
pour s’enivrer de la beauté du rivage où les récifs rivalisent de créativité et
de magnificence. Une jetée naturelle, escarpée et très difficilement atteignable,
nous offre de contempler de grandioses arches creusées par les vagues
fougueuses, épaulées du souffle incessant du vent. La surface de l’océan ondule
et scintille sous les ardents rayons du soleil. Le phare s’éloigne dans le
champ de vision au fur et à mesure de notre progression. Parfois, je m’approche
avec précaution du bord extrême des rochers pour plonger mon regard dans le
vide vertigineux et tenter de déceler la magie des anfractuosités morcelées, où
des cavités creusées par les vagues se dissimulent. Quand Favonius me déséquilibre,
je m’accroupis et je m’agrippe aux roches avec quelques accélérations
cardiaques. De petits îlots subissent le continuel assaut des vagues. Les
criques et les lagons aux eaux turquoise se succèdent sans fin et, après une
petite heure de découverte enivrante, nous décidons de revenir sur nos pas. Le
retour vers le phare se déroule comme un songe devant tant de beauté prodiguée
sans retenue. Cette longue balade à pied le long des magnifiques anfractuosités
des rochers du littoral enchante notre âme rêveuse.
Nous
quittons le site, où les touristes arrivent et partent sans discontinuer. Les
seize heures se sont déjà esquivées. Les voitures garées sur l’accotement
rétrécissent le passage. Une voiture arrive sans possibilité de la croiser. Les
véhicules derrière nous m’empêchent de reculer. Finalement, après un long temps
d’hésitation, le conducteur recule pour que je puisse me rapprocher au maximum
des voitures les mieux stationnées. Nous parvenons à nous croiser. Le trajet
vers Icod se déroule agréablement, l’esprit encore sous le charme de la beauté
grandiose de la Punta de Teno.
De
retour vers l’appartement, au bas de la ruelle derrière la chapelle, deux
jeunes hommes traversent au passage piétons. Je prends à droite pour aller
stationner la voiture et je les laisse traverser une seconde fois. Le garçon,
qui ressemble à Florian, nous gratifie d’un beau sourire en levant le pouce.
Les places vers les avocatiers étant toutes occupées, je stationne la voiture
beaucoup plus haut sur la rue à la pente vraiment raide. Une dame un peu forte s’essouffle en parvenant à
son véhicule garé devant le nôtre.
Une
fois dans l’appartement les photos sont chargées et regardées avec Patrick. La
pause-détente m’offre d’apprécier un cacao au lait de riz en suçant du
chocolat. Patrick sirote de l’eau gazeuse avant d’aller se détendre dans l’État
côtier de l’Oregon avec les protagonistes de la série « Everything Sucks ! ».
J’œuvre sur l’ordinateur. Plus tard, devant une certaine irritation, Patrick me
rappelle que l’écriture est une création de longue haleine. Lors du dîner, je
croque une petite pomme et je savoure un smoothie myrtilles et banane avec une
part de gâteau La Granja. Une barre El Almendro termine mon repas. Un temps de
lecture avec Sophie et Melvin, dont je termine la lecture du livre « Le Contact
Divin », précède une aventure colorée sur le vaisseau Discovery prisonnier
d’une magnifique entité galactique vieille de cent mille ans…
Second appareil photo :



Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire